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Site dédié à l'art chorégraphique.
 
 
Dans ces pages se trouvent quelques textes critiques
et l'analyse de certains spectacles, récents ou plus anciens,
que Jean-Marie Gourreau, journaliste spécialisé
dans l'art de Terpsichore depuis plus de 35 ans
a souhaité faire partager à ses lecteurs
.
Ils sont parfois accompagnés de photos du spectacle analysé,
réalisées en répétition, voire parfois, au cours de l'une des
représentations
.
Dans un autre volet de ce site
sont analysés les derniers ouvrages ou évènements sur la danse.

Uwe Scholz / Marco Goecke / Joëlle Bouvier /São Paulo Dance Company / Trois bijoux dans un même écrin

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Odisseia / J. Bouvier - Ph. Clarissa Lambert

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São Paulo Dance Company :

Trois bijoux dans un même écrin

 

Ines bogeaCréée en 2008, cette compagnie brésilienne, dirigée avec beaucoup de brio par Inês Bogéa, ex-danseuse de "Grupo Corpo", n’est pas une troupe inconnue en France : elle s’y est en effet produite à plusieurs reprises, notamment à la Maison de la danse à Lyon en mars-avril 2016 puis en avril 2018, ainsi qu’à la Maison des Arts de Créteil en mai 2018, dans des œuvres très éclectiques, signées Nacho Duato (Gnawa), Edouard Lock (The seasons), Uwe Scholz ou Marco Goecke. Cette fort belle troupe possède désormais un répertoire très vaste, - une quarantaine d’œuvres dont plus de 20 créations - qui s’étend du ballet classique aux pièces les plus contemporaines comme GEN de la brésilienne Cassi Abranches ou Ceu Cinzento de son compatriote Clébio Oliveira.

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L'oiseau de feu / Marco Goecke - Ph. Willian Aguiar

Uwe scholz 2Deux des oeuvres présentées à Paris, Suite pour deux pianos du chorégraphe allemand Uwe Scholz inspirée par quatre tableaux de Vassily Kandinsky, ainsi que L'Oiseau de feu de Marco Goecke, chorégraphe de même nationalité, lui aussi associé au Nederlands Dans Theater, ont d’ailleurs été présentées à la Maison de la Danse de Lyon en avril 2018. La première, écrite en 1987 et soutenue par la musique de Sergueï Rachmaninov, est une pièce d’une architecture remarquable, en harmonie parfaite avec quatre dessins de Kandinsky qui ont inspiré le chorégraphe : projetés en fond de scène, leurs lignes épurées pénètrent dans le corps des danseurs, les épousent et les nourrissent avant de rejaillir sur les spectateurs subjugués. La délicatesse de ces dessins, leur élégance, leur harmonie, leur volupté, leur grâce se révèlent en effet être l’âme du mouvement qui anime les danseurs, lesquels en soulignent et subliment la profondeur ; ceux-ci deviennent en fait le reflet de l’âme de leur auteur, en en démultipliant le mystère pour le prolonger à l’infini.

Marco goecke phote die arge lolaLa seconde œuvre du programme, un très court pas de deux de Marco Goecke sur la berceuse et le final de L’Oiseau de feu de Stravinsky, créé en 2010 pour le Scapino Ballet de Rotterdam lors du Holland Dance festival, est une œuvre à deux niveaux de lecture, alliant élégance, vitesse et virtuosité. Ce duo dont la chorégraphie aérienne, toute en courbes émaillées de saccades, exprime à merveille le courroux mais aussi la légèreté de l’oiseau incarné par Ana-Paula Camargo, laquelle parvient même à reproduire le frémissement de ses ailes par les tremblements fébriles et convulsifs de ses doigts. Un combat mi-humain, mi-animal qui se terminera dans une profonde étreinte. A d’autres moments, ce pas de deux peut aussi évoquer la violence du combat d’Ivan Tsarévitch avec le magicien Kachtcheï. La danse est précise et originale, sensuelle et violente tout à la fois, parfaitement représentative de l’argument évoqué par le conte, superbement interprétée par deux artistes de haut niveau, Ana-Paula Camargo et Nielson de Souza.

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Suite pour deux pianos / Uwe Scholz - Ph. Willian Aguiar

Joelle bouvierDernière œuvre de la soirée, la création en France de Odisseia de Joëlle Bouvier, commande de la São Paulo Dance Company à la chorégraphe. A l’instar de Faizal Zeghoudi (No land demain) ou de Rachid Ouramdane (Franchir la nuit), Joëlle Bouvier s’est émue du sort des migrants et des innombrables difficultés qui les attendent lors de leur odyssée, d’où le titre de cette œuvre, également inspirée du voyage d’Homère et de son héros, Ulysse. L’œuvre est bien sûr axée sur l’immigration, et nous montre une foultitude d’hommes harassés, de femmes et d’enfants craintifs et apeurés, tenaillés par la faim, animés d’une émouvante solidarité. Ils sont sur le départ et mus par un espoir communicatif. De temps à autre éclatent des disputes liées à la jalousie, donnant lieu à des corps à corps sauvages et violents. L’œuvre, supportée par des musiques empathiques d’Heitor Villa-Lobos, de Jean-Sébastien Bach et des chants brésiliens, est poignante du fait de la sensibilité exacerbée de la chorégraphe qui est parvenue à nous faire partager la détresse qu’elle a pu ressentir face à ces êtres qui ont tout perdu mais qui sont aussi animés d’un espoir et d’une foi inextinguibles qui les conduira sans aucun doute vers un monde meilleur. Mieux qu’aucun(e) autre chorégraphe, Joëlle Bouvier a su, avec une grande simplicité et beaucoup de délicatesse, rendre plausible tant leur détresse et leur isolement dans une mer sauvage et hostile que leur incommensurable espérance, par le truchement d’une chorégraphie imagée, chargée de compassion et d’empathie, desquelles sourd une fabuleuse émotion qui éclabousse les spectateurs envoûtés.

J.M. Gourreau

Suite pour deux pianos / Uwe Scholz, L’oiseau de feu / Marco Goecke & Odisseia / Joëlle Bouvier, São Paulo Dance Company, Théâtre National de la Danse Chaillot, du 18 au 20 avril 2019.

Odisseia a été créé le 15 septembre 2018 au Théâtre Alpha de São Paulo (Brésil).

Ben Duke / Goat / Un pari gagné haut la main

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Photos Hugo Glendinning

 

Ben Duke :

Un pari gagné haut la main

 

Ben dukeNina simoneSi la chanteuse, compositrice et pianiste américaine Nina Simone est connue dans le monde du jazz, du blues, de la soul, du folk, du gospel et de la pop music, tant pour ses compositions que pour ses interprétations, elle l’est beaucoup moins en revanche pour son engagement dans le mouvement de défense des droits civiques des noirs. Née en 1933 en Caroline du Nord dans une famille pauvre de huit enfants, Eunice Kathleen Waymon commence le piano dès l’âge de 3 ans. Ses dons lui permettent de parfaire ses études pianistiques à la Juilliard School of music de New York, études qu’elle paiera en jouant dans un bar d’Atlantic City sous le pseudonyme de Nina Simone. C’est également dans ce bar qu’elle s’initie au chant, sous la contrainte du tenancier des lieux, lequel menaçait de la renvoyer en cas de refus ! Dès le début, ses interprétations lui assurent un succès foudroyant. En 1957, elle enregistre I love you, Porgy, extraite de Porgy and Bess de George Gershwin. Succès qui la propulse à New York dans des cabarets de Greenwich Village qui tolèrent une certaine mixité raciale. C’est dans son premier album pour la firme Philips en 1964 qu’elle aborde ouvertement le problème de l’inégalité raciale avec les chansons très engagées Mississipi Goddam et Old Jim crow. Dès lors, et durant le restant de sa vie, elle ne cessera de s’impliquer dans la lutte pour la liberté de la femme afro-américaine et pour l’égalité des droits des noirs.

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Photos Hugo Glendinning

C’est après avoir assisté à un concert donné par Nina Simone en 1976 au Festival de Montreux que le chorégraphe britannique Ben Duke eut l’envie, trente ans plus tard, de lui consacrer un spectacle. Elle chantait alors une œuvre de sa composition, Feelings (Sentiments), qui bouleversa cet artiste, à cette date, jeune comédien. Or, l’hommage qu’il lui rend aujourd’hui est la traduction fidèle de son ressenti de l’époque, certes longuement mûri, mais qui est resté intact comme au premier jour. "Je me demandais s’il me serait possible de créer une pièce entre danse et théâtre restituant une telle ambiance, un tel engagement", avouait-il. Pari gagné grâce à un spectacle hybride, au sein duquel la voix de Nina Simone, que fait revivre avec beaucoup de  bonheur, de sensualité et de délicatesse la cantatrice Nia Lynn, est sans conteste l’élément déterminant. Ce, bien évidemment, avec le soutien vibrant d’une musique "live" signée Bob Dylan, Leslie Bricusse / Anthony Newley, Claude François /Jacques Revaux / Paul Anka et John MacDermott, restituée avec une fougue et un enthousiasme peu communs par la pianiste Yshani Perinpanayagam, le percussionniste Robert Millett et le guitariste-basse Andy Hamil ; une musique qui accompagne avec le même bonheur dans ce spectacle aussi bien le théâtre que la danse. Celle-ci, judicieusement insérée dans la partition musicale comme des intermèdes, illustre et se révèle le complément indispensable d’une œuvre d’obédience essentiellement lyrique qui nous fait revivre avec chaleur l’époque de Bob Dylan et de ses compatriotes.

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Photos Alastan Muir

Encore peu connu en France, Ben Duke est certes un talentueux chorégraphe, métier qu’il a appris sur le tard, mais c’est aussi et avant tout un homme de théâtre - metteur en scène et comédien surprenant qui fait appel à des artistes extérieurs et des personnalités de tout poil pour mettre en œuvre ses idées et ses propos. C’est ainsi qu’il s’est attaché au Ballet Rambert pour monter Goat, (Le bouc) car, pour lui, cet animal n’est autre qu’un bouc émissaire, "littéralement l’animal auquel vous attachez les péchés de la ville entière avant de le chasser", affirme t’il non sans une bonne dose d’humour… En outre, il s’est bien sûr acoquiné dans cette réalisation avec un amuseur public, pince sans rire facétieux aussi clownesque que maladroit, qui a endossé la veste de présentateur de télé : celui-ci a l’heur de mettre une bonne dose d’ambiance dans un show qui ne réunit pas moins, outre les trois musiciens et la chanteuse précités, seize danseurs et un vidéaste, Dan, dont la tâche est de révéler et mettre en avant sur grand écran la théâtralité des interprètes en les filmant en direct depuis la scène. Il en résulte un spectacle fort original, émaillé de danses certes illustratives mais lourdement chargées de sens, vives et enlevées, lesquelles évoquent l’exclusion, la détresse, les peurs, espoirs et attentes d’un peuple injustement opprimé. Au sein de ces propos fatalistes, se détachera cependant un duo passionnel et engagé particulièrement poignant, lueur d’espoir et de lumière au sein de cet univers qui, à la réflexion, n’est pas aussi joyeux qu’il le laisse paraître… On ne sera toutefois pas étonné que cette pièce ait été nominée aux "Olivier Awards" en 2018. 

J.M. Gourreau

Goat / Ben Duke et le Ballet Rambert, Théâtre des Abbesses, du 16 au 26 avril 2019.

Pièce créée au Festival Theatre à Edimbourg le 26 octobre 2017

Alessandro Sciarroni / Auguste / Un rire... jaune

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Alessandro Sciarroni :

Un rire… jaune

 

Alessandro sciarroniIl est extrêmement difficile de déclencher le rire sans un réel prétexte : les clowns, Augustes et autres amuseurs publics le savent bien. Alessandro Sciarroni, quant à lui, vient de l’apprendre à ses dépens. Et, pourtant, ce rire, n’était-ce pas ce qu’il s’était proposé de susciter dans cette salle bourrée de spectateurs, lesquels sont restés quasiment de marbre - quelques fans mis à part – durant toute la représentation de son dernier spectacle, Augusto ? Ce n’est cependant pas faute de s’y être intensivement appliqué, avec acharnement même, et ce, une heure durant ; or rien n’y a fait, malgré l’effort (volontairement) démesuré des neuf interprètes de l’œuvre... Mais peut-être a-t-il parallèlement cherché à démontrer que cet immense effort n’était pas toujours couronné de succès et que ce pouvait parfois s’avérer une tâche insurmontable ? Proposée pour la première fois en France en septembre dernier au Théâtre de la Croix Rousse à Lyon dans le cadre de la 18ème Biennale de la Danse, cette pièce, inspirée entre autres par le film Les Clowns de Federico Fellini, ne cherche en effet pas, comme a pu le faire Bergson dans son essai sur Le rire, à présenter et analyser les choses qui nous font rire, afin de savoir pourquoi et comment elles nous font rire… Et c’est bien dommage !

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Photos Alice Brazzit

Tout commence par une longue méditation dans le silence, les neuf danseurs étant assis en tailleur, de dos, alignés en front de scène, juste devant les spectateurs. L’un deux se lève et entame une marche circulaire dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, bientôt suivi successivement par les autres. Alors qu’ils se trouvent tous embarqués dans le même mouvement, le rythme s’accélère. En fait, comme pour clore ses recherches antérieures sur le mouvement giratoire, c’est dans une spirale infernale qui ne dure pas moins de 20 minutes que Sciarroni embarque ses danseurs au début de cette "performance", ces derniers étant amenés à tourner autour du plateau sur un cercle qui se "spiralise" petit à petit pour finir par se fragmenter et se scinder en petits groupes. Or, paradoxalement, au cours de ce mouvement soutenu, de légères secousses agitent les interprètes et semblent engendrer peu à peu sur leurs lèvres une sorte de rictus, lequel se transforme en un sourire, puis en réel fou-rire vite inextinguible qui, s’il parait contagieux chez les danseurs, suscite de l’incompréhension chez le spectateur et finit plus par l’agacer qu’à l’engager à suivre les artistes et partager cet instant, ce d’autant que la tentative va se réitérer jusqu’à la fin de la représentation… Le mystère demeurera entier jusqu’au bout, et le spectateur repartira frustré, sans avoir obtenu la clé de l’énigme. La logique aurait en effet voulu que l’effort soutenu par cette course génère non le rire mais l’épuisement, voire la souffrance. De plus, la monotonie de l’action liée à sa répétitivité, qui exhale très vite des relents antinaturels de "forcé", ainsi qu’un manque flagrant d’inventivité chorégraphique, sont à l’origine d’un désintérêt rapide dans le public. Ce qui s’avère d’autant plus regrettable qu'à l’heure actuelle, Sciarroni est considéré, au moins dans son pays, comme l’un des plus grands chorégraphes de sa génération, et qu’il a reçu tout récemment le "Lion d'or" de la Biennale de Venise pour l'ensemble de sa carrière…

J.M. Gourreau

Augusto / Alessandro Sciarroni, Cent-Quatre, Paris, du 14 au 18 avril 2019. Dans le cadre du festival "Séquence danse Paris".

  

Angelin Preljocaj / Still life / Ghost / Vanitas vanitatum, omnia vanitas

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Photos Jean-Claude Carbonne

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Angelin Preljocaj :

Vanitas vanitatum, omnia vanitas

 

Angelin preljocaj"Vanité des vanités, tout n’est que vanité"… Ces paroles ambiguës traduites du latin sont les premiers mots de l’Ecclésiaste, livre de la Bible hébraïque rédigé par un certain Qohelet, fils de David, ancien roi d’Israël. Dans cet ouvrage vraisemblablement autobiographique, le roi Salomon disserte sur les vanités du monde. Un précepte que Prejocaj s’est également approprié et qui est le thème de Still life (Nature morte en anglais), la dernière de ses œuvres inspirée par l’art pictural. Après La fresque, pièce dans laquelle le chorégraphe transposait sur scène le conte traditionnel chinois La peinture sur le mur, tableau évoquant le parcours poétique de deux voyageurs qui découvraient une peinture sur la paroi murale d’une auberge, et dans laquelle ils allaient finir par s’introduire (voir ma critique dans ces colonnes au 1er  décembre 2016), Angelin Preljocaj nous invite cette fois à voyager au sein de ces natures mortes au nom ésotérique de "Vanités", particulièrement en vogue au XVIIe siècle. Les objets représentés sur ces peintures et repris par le chorégraphe dans son œuvre - bougies allumées, sabliers, globes terrestres, crânes humains, vieux grimoires, instruments de mesure, fleurs coupées dans un vase - sont souvent le symbole d’activités humaines dont les éléments évoquent le temps qui passe : la fragilité de l’existence, la destruction, la guerre et le triomphe de la mort… Mais qui sont aussi l’image de la vacuité des passions, de la puissance de l’argent, de la précarité des richesses, de la futilité des plaisirs, de l’aspect dérisoire de la vie… Un type d’art qui se développe d’abord au sein de l’Ecole de Leyde avec des peintres comme David Bailly ou, encore, Philippe de Champaigne et Pieter Steenwijck : ceux-ci consolident et fixent un genre qui a pour but de faire réfléchir celui qui contemple l’œuvre sur la nature passagère et "vaine" (d’où le nom de vanité) de la vie, face à l’inéluctabilité de la mort qui nous guette et nous tend ses rets. Un ballet certes macabre, mais qui a l’heur de transporter le spectateur dans un monde étrange et fascinant, celui du mystère et de la sorcellerie, un monde également bien évoqué par une chorégraphie signifiante, riche, à mi chemin entre la danse classique et la danse contemporaine, nimbée d’une atmosphère de clairs-obscurs et de contrejours particulièrement propres au rêve ou à la réflexion. L’œuvre, sur une musique signée Alva Noto et Ryuichi Sakamoto, est en outre entrelacée de superbes pas de deux : elle s’avère magistralement interprétée par six danseurs parfaitement rompus au style très original de son auteur, une écriture empreinte d’une pointe d’érotisme et d’une sensualité exacerbée.

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Ghost / A. Preljocaj - Ph. J.M. Gourreau

Ghost, donné en ouverture de la soirée, est une très (trop ?) courte pièce créée par Preljocaj à l’occasion du bicentenaire de la naissance de Marius Petipa, l’auteur de très nombreux ballets romantiques, entre autres, Le lac des cygnes, La bayadère, Casse-noisette et Cendrillon. Un petit bijou de délicatesse et de fantaisie non dénué d’humour qui replace le spectateur à l’époque de la création du Lac, en 1895, au sein duquel, comme dans un rêve, un danseur vient troubler la quiétude de cinq danseuses en s’immisçant innocemment dans leurs ébats. Cet aller-retour dans le passé, entre la France et la Russie, clin d’œil au siècle du romantisme sur des partitions signées E. Cooley et O. Blackwell judicieusement insérées à la musique de Tchaïkovski est, là encore, magnifiquement dansé par des artistes à l'apogée de leur art.  

J.M. Gourreau

Bailly david self portrait with vanitasVanite de philippe de champaigne 1602 1674All is vanity charles allan gilbert 1873 1929

             Vanité aux portraits, par David Bailly (1651)                 All is vanity de Charles-Allan Gilbert (1892)           Vanité, par Philippe de Champaigne (XVIIè siècle) 

 All is vanity, gravure à l’encre de l'artiste américain Charles Allan Gilbert (1873 - 1929) que l’on appelle un Memento mori ("Souviens-toi que tu vas mourir")

                                         représente une jeune fille et son reflet dans un miroir mais aussi un crâne symbolisant la mort qui apparaît en arrière-plan.                                                                                                                                                                        

Still Life et Ghost / Angelin Preljocaj, Cent quatre, Paris, du 17 au 21 avril 2019.

Still Life a été créé le 21 septembre 2017 au Pavillon noir d’Aix-en-Provence et Ghost dans ce même lieu le 20 novembre 2018.

Aïcha M’Barek & Hafiz Dhaou / L'amour sorcier / Une relecture digne d’intérêt

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Aïcha M’Barek & Hafiz Dhaou :

Une relecture digne d’intérêt

 

L amour sorcier machadoVoilà un spectacle aussi séduisant que remarquable, qui mériterait toutefois quelques aménagements. La relecture d’une œuvre est en effet toujours un exercice périlleux car objet de comparaisons et de critiques  qui peuvent s’avérer acerbes, sauf si l’on en respecte l’esprit. Ce qui s’avère cependant être le cas pour cette nouvelle version de L’Amour sorcier (El amor brujo), une œuvre phare de Manuel de Falla pour orchestre de chambre et cantaora, initialement créée au Teatro Lara de Madrid en 1915 pour la danseuse flamenca Pastora Imperio.

Le 25 mai 1925, De Falla présente au Théâtre du Trianon lyrique à Paris une seconde version de son œuvre, remaniée en  ballet-pantomime : certains éléments de la partition originale ont été supprimés, entre autres la chanson de l'amour douloureux ; il a également remplacé les parties chantées de la danse du jeu d'amour ainsi que le finale par des éléments instrumentaux. Cette version est popularisée par la compagnie de ballet d’Antonia Mercé, alias La Argentina, à Paris en 1928. Depuis cette date, plusieurs chorégraphes ont repris cette œuvre dans sa musique originale, entre autres Antonio Gades avec le Ballet National d’Espagne en janvier 1989 au Théâtre du Châtelet (sous le titre de Fuego), Blanca Li en mai 1997 à l’Opéra de Nancy, Thierry Malandain en mars 2008 au Grand Théâtre du Luxembourg, Jean-Claude Gallotta en octobre 2013 à la MC2 de Grenoble, Victor Ullate en mai 2017 au Teatro de la Maestranza de Séville et Israel Galván en novembre 2018 au Festival de Jerez. L’œuvre a également été adaptée au cinéma, d’abord par Antonio Román en 1949, puis par Francisco Rovira Beleta en 1967 dans une chorégraphie d’Alberto Lorca interprétée par La Polaca, Antonio Gades et Rafael de Cordoba et, enfin, par Carlos Saura en 1985, avec, à nouveau, Antonio Gades, ainsi que Laura del Sol et Cristina Hoyos dans les rôles principaux.

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Photos J.M. Gourreau

L’argument du ballet a pour origine un thème passionnel écrit par María de la O Lejárraga à partir de légendes gitanes, thème que Gregorio Martinez Sierra reprendra dans le livret. C’est l’histoire d’une tsigane andalouse, Candela, hantée et pourchassée par l’apparition d’un fantôme qui  n'était autre que son ancien amant avant sa mort,. Pour pouvoir donner libre cours à son nouvel amour et se libérer du sortilège, Candela se voit contrainte de se livrer à la magie noire : aux douze coups de minuit, elle se met à danser autour du feu pour chasser le fantôme. Mais rien n’y fait. Elle imagine alors un autre stratagème et demande à son amie Lucia - qui se prête au jeu - de séduire le spectre jaloux en détournant son attention vers une autre jeune fille, ce qui finit par rompre définitivement le maléfice.

C’est à l’invitation du compositeur par Jean-Marie Machado, passionné par l’Espagne, que les deux chorégraphes tunisiens, Aïcha M’Barek & Hafiz Dhaou, se son attelés à réaliser une nouvelle chorégraphie pour cette œuvre sur une partition musicale totalement renouvelée, dans laquelle on retrouve cependant quelques accents de la musique originelle. Machado est un compositeur français d’origine marocaine qui, après des études pianistiques, s’initie à la musique pop et au jazz. En 2006, il crée, avec 8 autres musiciens, le nonette Danzas, petit orchestre qu’il dirige encore aujourd’hui. Son style, très éclectique, fait appel entre autres à la musique andalouse, tout particulièrement au fado(1). Son engouement pour la musique et la littérature espagnoles le conduira en outre à s’intéresser de plus près aux grandes œuvres musicales de ce pays. Sa partition de l’Amour sorcier, qui s'avère être une musique lyrique hybride proche de la musique classique, certes mâtinée de musique populaire arabo-andalouse aux relents de Manuel de Falla mais ancrée sur les rythmiques des musiques espagnoles, est une œuvre contemporaine magistrale et d’une puissance étonnante. Elle est servie par une cantatrice virtuose, Karine Sérafin, dont la voix, chaleureuse et bouleversante, n’est pas sans évoquer celle de la regrettée chanteuse égyptienne Oum Kalsoum, célèbre à la fin du siècle dernier dans toute l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient.

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Les deux chorégraphes, Aïcha M’Barek & Hafiz Dhaou, ont d’autant plus facilement accepté la proposition de Machado que sa musique rappelait celle qui avait toujours nourri et alimenté leur travail par le passé.(2) Leur mise en scène de cette nouvelle version de L’Amour sorcier, tout à fait inhabituelle, a l’intérêt de permettre une vision du spectacle à 360 degrés, les six danseurs gravitant autour de l’orchestre placé au centre du plateau ; toutefois, elle s’avère peut-être moins adaptée à une salle de spectacles traditionnelle au sein de laquelle les spectateurs sont répartis frontalement. Ce dispositif, bien que d’une grande originalité, oblitère bien sûr la vision d’une partie de l’action, les danseurs balayant quasiment durant toute la durée du spectacle l’espace qui leur est dévolu, à l’image des aiguilles d’une montre mais dans le sens inverse de celles-ci. La chorégraphie quant à elle, narrative, puissante, engagée, très lisible, s’avère en parfaite adéquation avec la partition musicale, respectant scrupuleusement l’argument originel du ballet. Peut-être parfois un peu répétitive, elle a toutefois le mérite d’être servie par des interprètes d’un excellent niveau, tout particulièrement la créatrice du rôle de Candela, la japonaise Sahiko Oishi, dont la présence distille sur l’œuvre un parfum de mystère envoûtant. Seul bémol à mon avis, les éclairages d’Eric Wurtz qui, voulant sans doute jouer avec le clair-obscur, plongent l’œuvre tantôt dans une atmosphère glauque très préjudiciable à la lecture de ce ballet, tantôt violente et aveuglante, extirpant le spectateur de son rêve. Les musiciens eux-mêmes n’y échappent pas, et l’on peut même parfois se demander comment ils parviennent à lire leur partition… Quant aux danseurs, leurs expressions - et les sentiments sous-jacents qu’ils expriment - sont le plus souvent noyés dans une semi-obscurité... Une erreur toutefois fort heureusement aisément réparable !

J.M. Gourreau

L'amour sorcier / Aïcha M’Barek & Hafiz Dhaou, Le POC d'Alfortville, 11 avril 2019. Spectacle créé le 9 avril 2019 au Perreux-sur-Marne dans le cadre dela 20ème biennale de danse du Val-de-Marne.

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(1) En 2003, Jean-Marie Machado crée, avec le saxophoniste américain Dave Liebman,  un duo autour d'un répertoire dédié en partie au fado, chant populaire mélancolique portugais qui exploite en général des thèmes récurrents, tels la saudade, l’amour inaccompli, la jalousie, la difficulté à vivre, le chagrin, l’exil, la mort. L'album de ce projet, qui ne sortira qu’en 2008, s'intitule Caminando. Il enregistre en 2006 Sœurs de sang avec Jean-Philippe Viret et Jacques Mahieux. En 2005, Jean-Marie Machado compose et arrange l'album Sextet Andaloucia qui reprend les grands thèmes de la musique andalouse.

(2) Tous deux nés à Tunis, Aïcha M’Barek & Hafiz Dhaou travaillent ensemble depuis 1995. Après avoir intégré le Conservatoire de Musique et Danse de Tunis, Aïcha rejoint Hafiz au sein du Sybel Ballet Théâtre. En 2000, ils obtiennent tous deux une bourse de l’Institut Français de Coopération de Tunis et intègrent la formation de l’Ecole Supérieure du CNDC d’Angers. En 2001, Hafiz participe à la Chorégraphie de Inta Omri, tandis qu’Aïcha réalise la chorégraphie du quatuor Essanaï (L’artisan). En 2002, elle crée le solo Le Télégramme, tandis qu’Hafiz crée le solo Zenzena (le cachot). En 2003, Hafiz intègre la formation EX.E.R.CE dirigée par Mathilde Monnier. L’année suivante, tout deux créent le duo Khallini Aïch dans le cadre des "Repérages Danse" à Lille. En 2005, Ils créent la compagnie CHATHA, réalisent deux duos, Les Cartes postales Chorégraphiques dans le cadre du projet "L’Art de la rencontre" conçu par Dominique Hervieu ; la même année, Hafiz devient danseur associé au CCN de Caen sous la direction de Héla Fattoumi et Eric Lamoureux et participe à La Maddâ’a, Pièze (Unité de pression), La Danse de pièze et 1000 départs de muscles. En 2006, ils créent ensemble leur première pièce de groupe, le quatuor Khaddem Hazem (les ouvriers du bassin), présenté à la Biennale de la Danse de  Lyon. En 2008, invités une nouvelle fois à la Biennale de la Danse de Lyon, ils créent le quintet Vu. En 2011, invités par le Ballet de Lorraine au Centre chorégraphique national de Nancy sous la direction de Didier Deschamps, ils créent Un des sens pour 28 danseurs.  Depuis cette date, plusieurs autres pièces auront vu le jour, notamment Do you believe me ?, Kharbga, Transit, Toi et moi, Sacré printemps, Ces gens là !, Narcose… Ils sont actuellement en résidence à L’Arsenal la Cité de la musique de Metz et au théâtre scène nationale de Mâcon.

Le Boston Ballet / Un spectacle comme l’on voudrait en voir plus souvent !

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 Playlist / Forsythe - Ph. Angela Sterling

Le Boston Ballet :

Un spectacle comme l’on voudrait en voir

plus souvent !

 

Forsythe repetition au boston balletKylianFondé en 1963, le Boston Ballet s’est hissé aujourd’hui au rang des plus grandes compagnies de danse des Etats-Unis. Dirigée depuis 2001 par le danseur finnois Mikko Nissinen, cette troupe, composée de quelque 66 danseurs, possède un très vaste répertoire qui s’étend des ballets de Petipa (La Belle au bois dormant) jusqu’aux œuvres les plus contemporaines d’artistes encore peu connus dans notre pays, tels Alexander Eckman (Cacti), Mikko Nissinen (Le Lac des cygnes) ou Jorma Elo (Awake only), en passant bien sûr par les chorégraphes incontournables, tels Balanchine (Le Songe d’une nuit d’été), Noureev (Don Quichotte), Cranko (Roméo et Juliette) ou, encore, Ashton (Cendrillon).

L’intérêt de la venue en France de cette compagnie réside dans le fait qu’elle nous présente trois chorégraphies de deux monstres sacrés du ballet contemporain, William Forsythe et Jíří Kylián. Au programme, deux œuvres du premier, Pas/Parts 2018 et Playlist (EP), ainsi que Wings of wax, du second.

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Pas/Parts 2018 / Forsythe - Photos Angela Sterling

 

 

Une première version de Pas/Parts sur la musique de Thom Willems avait été créée le 31 mars 1999 à l’Opéra de Paris puis reprise le 2 novembre 2000. Quinze ans plus tard, Forsythe retravaille son œuvre et la modifie presque entièrement pour le San Francisco Ballet tout en en conservant la partition en 20 parties, en fait un méli-mélo électronique de grondements et vrombissements tonitruants, tantôt flûtés, tantôt martelés, un fatras de gongs et de carillons, de borborygmes, de souffles et de voix désarticulées formant des phrases plus ou moins répétitives. Cette seconde version est donnée le 23 janvier 2016. Sur scène, quinze interprètes entrent et sortent dans une alternance de solos, duos, trios et ensembles, au travers d’une danse sur pointes brillante, nerveuse, rapide, électrisante, parfois mécanisée ou stroboscopée, fondée sur une gestuelle sophistiquée, étirée, jusqu’au-boutiste, et des attitudes déhanchées mais en accord  parfait avec le style de la partition de Willems. En 2018, Forsythe modifie à nouveau son œuvre, "pour souligner la délicatesse de l’approche d’une œuvre au caractère espiègle et périlleux" dont l’ont parée les danseurs du Boston Ballet. Difficile de préciser les remaniements effectués par le chorégraphe, bien évidemment bien moindres que ceux de 2016, mais cette pièce n’en demeure pas moins attachante du fait de la puissance et de la beauté qui en émergent périodiquement, ce grâce à une alternance de mouvements ondulés et empreints d’un lyrisme primesautier et d’une gestuelle aussi vive que violente, désarticulant les corps, trait caractéristique du style "forsythien".

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Wings of wax / Jiří Kylián - Ph. Boston Ballet 

 

La seconde œuvre du programme, Wings of Wax de Jiří Kylián, fascine d’entrée de jeu par le décor de Michael Simon, silhouette renversée d’un arbre dépouillé de ses feuilles, pendu aux cintres par ses racines. Autour de lui, un projecteur suspendu à moyenne hauteur trace un grand cercle en illuminant les artistes sur le plateau. Ce ballet, créé en janvier 1997 par huit danseurs du Nederlands Dans Theater, évoque par son nom, Ailes de cire, La chute d’Icare de Brueghel l’Ancien. L’histoire raconte que Dédale et son fils Icare, pour avoir trahi leur protecteur le roi de Crète, sont enfermés dans un labyrinthe duquel toute évasion par voie terrestre est impossible… En revanche, rien n’empêche les deux hommes de prendre la poudre d’escampette par les airs… Dédale met alors au point deux paires d’ailes qu’il colle dans le dos de son fils avec de la cire, tout en le mettant bien en garde de ne pas s’élever trop haut dans les airs afin que les rayons du soleil ne fassent fondre la cire. Comme tout adolescent qui se respecte, Icare n’écoute pas les recommandations de son père, ses ailes fondent et il meurt suite à une vertigineuse chute dans la mer. Le ballet est une pièce allégorique sensuelle et envoûtante autour de cette chute, sur des partitions de Heinrich von Bieber, John Cage, Phil Glass et Jean-Sébastien Bach, dotée d’une chorégraphie d’un éclectisme étonnant qui enchaîne des figures complexes, désarticulant elles aussi les corps. Mais si l’œuvre s’avère très physique, elle est également empreinte de spiritualité et d’une très grande émotion. "L’interdépendance et la confiance des danseurs dans ce travail sont d’une importance primordiale. La chorégraphie représente le temps, l’espace ou l’environnement dans lesquels forces, faiblesses, doutes, agressions ou échecs peuvent coexister. En fait, il s'agit d'un portrait stylisé et amplifié de nombre de nos luttes quotidiennes", nous dit Kylián. Là encore, l’interprétation que nous en donnent les danseurs du Boston Ballet s’avère magistrale.

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La chute d'Icare / Brueghel l'Ancien

Fleur sur le gâteau, Forsythe, en tant que chorégraphe associé au Boston Ballet depuis maintenant 3 ans, vient tout juste de lui offrir le 7 mars dernier à Boston une nouvelle pièce, Playlist (EP), laquelle surprend par son caractère jeune et primesautier. Il est vrai qu’elle est soutenue par des musiques populaires et hip-hop signées Peven Everett, Abra, Lion Babe, Khalid, Barry White et Natalie Cole, auxquelles l’on ne s’attendait absolument pas. Celles-ci ne sont sans doute pas la tasse de thé du chorégraphe mais elles ont été sélectionnées comme une "playlist", dans l’optique de présenter "la pratique du ballet comme un projet continu d’importance culturelle", explique Forsythe. Il faut avouer que ce ballet qui, curieusement, utilise le langage académique, n’est pas sans évoquer les comédies musicales de Broadway et les shows télévisés. Paradoxalement, les sauts et performances acrobatiques dont la chorégraphie est truffée s’accordent bien avec ces styles. Mais si l’œuvre est fort brillante et très physique, elle ne s’avère pas aussi originale que les pièces de la maturité de Forsythe qui ont forgé sa réputation. Par ailleurs, les répétitions et la faible richesse du vocabulaire mis en œuvre ont pu parfois décevoir. On ne peut malheureusement pas être et avoir été, dit le proverbe…

J.M. Gourreau

Pas/Parts 2018 / William Forsythe, Wings of wax / Jiří Kylián & Playlist (EP) / William Forsythe, Boston Ballet, Théâtre des Champs-Elysées, du 9 au 11 avril 2019, dans le cadre de "Transcendanses".

Christian et François Ben Aïm / Arise / La Sainte Chapelle investie par Terpsichore

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Photos Patrick Berger

 

Christian et François Ben Aïm :

La Sainte Chapelle investie par Terpsichore

 

Ben aim 01Ben aim 02Investir la Sainte Chapelle de Paris pour y créer un spectacle chorégraphique, voilà qui est aussi insolite que séduisant! C’est pourtant le pari - osé, inutile de le préciser - pris par Christian et François Ben Aïm dans le cadre de la manifestation "Monuments en mouvement" afin de diffuser et d’universaliser l’art chorégraphique tout en l’appariant à d’autres arts comme celui de l’architecture. Pas aisé à mettre en œuvre non plus car, que peut-on réaliser qui ne soit pas sacrilège dans un cadre aussi prestigieux, au passé nimbé d’histoire et chargé d’une incommensurable émotion ? Une question que nos deux compères se sont bien sûr posée avant de se jeter à corps perdu dans la danse ! Avec beaucoup de bonheur dois-je dire car ils sont parvenus non seulement à concilier l’harmonie des lieux avec l’art de Terpsichore, portée par une musique planante et épurée du compositeur britannique Piers Faccini, qu’il interprétait d’ailleurs lui-même, mais aussi à entrer en résonance étroite avec le cadre qu’ils s’étaient proposés de faire revivre.

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Photos J.M. Gourreau

Le sujet de leur approche confinait à certaines de nos préoccupations quotidiennes, la solitude et l’altérité, ce dans un contexte oscillant entre deux dimensions, le profane et le sacré. Une véritable performance à tous les sens du terme, le parcours de ses trois interprètes se révélant tour à tour une transe hypnotisante et mystique, parfois à l’image de celle des derviches, entrecoupée de passages méditatifs pleins de ferveur ou, à l’inverse, une danse sautillante, joyeuse et pleine de vie, galvanisée par l’émotion sourde et contenue qui émanait des spectateurs assis en cercle autour de la nef centrale de la chapelle, le chœur étant dévolu au musicien. Disposition judicieuse qui permettait aux spectateurs assis sur une seule rangée comme les évêques dans les stalles latérales du chœur d’une cathédrale  - image d’ailleurs confortée par le fait qu’il leur avait été distribué à chacun d’eux une rutilante couverture pour les protéger du froid qui régnait au sein des lieux lors de la représentation - de pouvoir assister, tous aussi bien les uns que les autres à la soirée dans des conditions optimales.  Dans ce spectacle, Christian et François s’étaient alliés à un danseur beaucoup plus jeune qu’eux mais issu de leur giron, Louis Gillard, véritable faune habité par la musique dont les notes égrenées par le musicien ruisselaient sur son corps avant d’y pénétrer et de s’y fondre. Une soirée réellement magique, d’autant que le soleil dardait ses derniers rayons au travers de la magnificence de la rosace, projetant des patchs multicolores sur le sol et les murs de la chapelle, mais aussi un spectacle malheureusement réservé à quelques dizaines d’élus, la jauge se révélant extrêmement réduite, on s’en sera bien évidemment douté !

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Photos J.M. Gourreau

Quoiqu’il en soit, il en restera dans nos mémoires un spectacle digne de légende, au croisement de deux univers artistiques auxquels l’on a rarement l’occasion de goûter et au cours duquel les artistes sont entrés pleinement en résonance avec ces lieux.

J.M. Gourreau

Arise / Christian et François Ben Aïm, Sainte-Chapelle, Paris, du 4 au 6 avril 2019, dans le cadre de la manifestation "Monuments en mouvement # 5" et de la 7ème édition du festival "Séquence Danse Paris".

Prochaines représentations : Théâtre de Châtillon (92, hrs les murs), 7 juin 2019 ; Sainte-Chapelle du château de Vincennes, 15 juin 2019, (dans le cadre du festival "June events", Atelier de Paris CDN) ; La Commanderie, Elancourt, 13-14 septembre2019 ; La Collégiale Saint-Martin, Angers, 28 avril 2020.

Thierry Malandain / Marie-Antoinette / Une fête somptueuse

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Thierry Malandain :

Une fête somptueuse

 

Tmalandain photo olivierhoueix 2Comme toujours, les grandes créations de Thierry Malandain résultent d’une préparation de longue haleine, d’une minutie extrême. Tout est profondément réfléchi, réalisé avec un soin et une attention intenses. Chaque détail a son importance et une signification précise, et n’est jamais le fruit du hasard. Marie-Antoinette est de celles-là. Suite à la nouvelle invitation* de Laurent Brunner, directeur de Château de Versailles Spectacles, Thierry Malandain s’est attaché à explorer et retracer, avec un faste inégalable, la vie et l’histoire de cette princesse archiduchesse d’Autriche, épouse de Louis XVI et, de ce fait, reine de France, en particulier les années versaillaises de la souveraine, depuis le banquet nuptial du 16 mai 1770, jusqu’à l’entrée de la foule des Parisiennes, en colère, dans le château le 5 octobre 1789.

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Maquette de costume de Jorge Gallardo

Outre sa coquetterie, sa frivolité, ses fastes et ses frasques, Marie-Antoinette avait un goût prononcé pour tous les arts et s’occupait elle-même des fêtes, feux d’artifice royaux, grands bals et spectacles de la Cour. Tout particulièrement de celui qui fut donné pour ses noces (à l’âge de 14 ans) avec le dauphin Louis-Auguste (qui, lui, avait tout juste 15 ans), lequel eut lieu au beau milieu du parterre de l’Opéra Royal du château de Versailles, le 16 mai 1770. Marie-Antoinette fut également la protectrice des musiciens - elle-même jouait d’ailleurs fort bien de la harpe - des écrivains, des hommes de théâtre et des peintres, en particulier de Madame Vigée Le Brun qui nous laissa d’elle une bonne trentaine de portraits. C’est cette facette de protectrice des arts, repliée dans un monde idéal et factice, qui a séduit le chorégraphe et qu’il a évoqué avec beaucoup de bonheur au travers de cette œuvre, laquelle s’avère, là encore, un petit bijou où l’on identifie Noverre, l’auteur des célèbres Lettres sur la danse, que Marie-Antoinette a d’ailleurs fait nommer, en 1775, à la suite de Vestris, maître des ballets de ce splendide lieu de spectacles qui, aujourd’hui, a conservé tout son caractère. Et ce n’est pas un hasard si l’on retrouve, au travers de cette création, un style et une gestuelle baroques, apanage des scènes de bal de la fin du 18ème siècle, dans les prestigieux décors de Jorge Gallardo, au sein desquels l’or des éventails n’aura d’égal que le chatoiement du velours des costumes du même artiste. Plaisirs qui, certes, n’auront eu qu’un temps puisque Marie-Antoinette mourra sur l’échafaud le 6 octobre 1793, quelques mois après son époux, "avant qu’on emporte son corps sur une brouette, la tête entre les jambes", rappelle Malandain. La comédie du plaisir venait tragiquement de s’achever…

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Photos Olivier Houeix

Comme l’on pouvait s’y attendre - et cela coulait de source - le chorégraphe s’est appuyé sur divers extraits de symphonies de Haydn pour élaborer et illustrer son ballet, en particulier les 6ème, 7ème et 8ème, intitulées Matin, Midi et Soir, lesquelles lui ont permis d’évoquer chronologiquement la vie et la destinée de la reine en 14 séquences, ainsi que le faste qui régnait à l’époque à la Cour de France. Y ont été ajoutés un court extrait de l’Orphée et Eurydice de Gluck (dans une transcription pour harpe de Xavier de Maistre) auprès duquel Marie-Antoinette avait d’ailleurs pris quelques leçons de clavecin, ainsi qu’une grande partie de la symphonie La Chasse de Haydn, marquant ainsi les plaisirs auxquels s’adonnaient le roi et la Cour en ce temps là. Partitions magnifiquement interprétées avec brio par l’orchestre symphonique d’Euskadi de Donostiá-San Sébastián sous la baguette électrisante et endiablée de Mélanie Lévy-Thiébaut, aujourd’hui directrice musicale de l’Ensemble Instrumental de la Mayenne et qui se produit régulièrement aux Folles journées de Nantes.

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Quant à la chorégraphie, Thierry Malandain s’est bien évidemment fortement inspiré de la pantomime baroque des œuvres de l’époque, tout en y insérant son propre style et son univers personnel. "Une danse qui ne laisserait pas seulement la trace du plaisir, mais qui renouerait avec l’essence du sacré comme une réponse à la difficulté d’être", nous dit le chorégraphe. La gestuelle, magistralement exécutée par un corps de ballet de 22 danseurs, aguerri et au mieux de sa forme, tout particulièrement par Claire Lonchampt qui narre par le menu le caractère frivole de la reine mais aussi sa tendresse pour ses enfants. Celle-ci, avide de liberté, excellait dans l’art de se dérober, fuyant son époux (qui, lui-même, avait peur des femmes…) pour créer autour d’elle un noyau de jeunes aristocrates. Elle était en effet l'animatrice d'une coterie très réactionnaire où figuraient son beau-frère, le comte d’Artois, le comte de Mercy-Argenteau, ainsi que le comte suédois Axel von Fersen et, surtout, sa grande amie, la princesse de Polignac pour laquelle elle avait un penchant. Cette cour, qui se réunissait au Petit Trianon que lui avait offert Louis XVI, ou au "Hameau", village créé de toutes pièces pour et en partie par elle, distrayait la jeune reine de sa mélancolie. On lui reprochait bien sûr sa légèreté et sa frivolité, d’autant que la misère régnait à l’époque en maître sur le petit peuple de Paris. Et c’est ce qui préludera - avec les crises successives et la banqueroute du royaume - à sa chute, à l’âge de 38 ans, laquelle clôture prosaïquement - mais comment pouvait-il en être autrement ? - ce magnifique spectacle.

J.M. Gourreau

Marie-Antoinette / Thierry Malandain et le Ballet de Biarritz, Opéra Royal de Versailles, du 29 au 31 mars 2019.

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Le Versailles secret de Marie-Antoinette

Marie-Antoinette par Elisabeth Louise Vigée Le Brun

Avant-première présentée au théâtre Kursaal de San Sebastián (Espagne), le 15 février 2019.
Prochaines représentations : 19 & 20 avril 2019 au Grand Théâtre de Bordeaux ; 21 mai 2019 au Scharoun Theater Wolfsburg -Wolfsburg (Allemagne) ; 25 & 26 mai 2019 à l’Opéra de Reims, 1er au 3 juin & 7 au 9 août 2019 à la Gare du Midi à Biarritz ; 31 juillet au 03 août 2019 au Victoria Eugenia Antzokia - Donostia à San Sebastián (Espagne).

*la première était Cendrillon, créé le 7 juin 2013 sur cette même scène de l’Opéra Royal du Château de Versailles et la seconde, La Belle et la bête, le 11 décembre 2015.

Julien Lestel / Dream / Le rêve de Julien

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Photos Noël Jef

Julien Lestel :

Le rêve de Julien

 

Julien lestelC’est une œuvre tout à la fois forte, sensible et pleine de poésie que nous offre Julien Lestel avec Dream, une création contrastée, d’entrée impétueuse et flamboyante, pour s’achever, étonnamment, comme un long fleuve tranquille, dans le calme et la volupté, par un pas de deux d’une grande sensualité. "Dream nous entraîne là où logent nos désirs les plus enfouis et les plus secrets, nous dit le chorégraphe ; rêves inavoués, pulsions et passions inassouvies trouvent à s’exprimer dans ce monde propice à l’imagination. Nos peurs et angoisses s’y abritent, territoires parfois inconnus de nous-mêmes. Dans un élan viscéral, jaillit une danse d’une physicalité exacerbée et d’une sensualité vibrante". C’est effectivement le ressenti que l’on éprouve tout au long de cette pièce qui nous transporte dans un univers immatériel au sein duquel nait petit à petit le désir de l’autre, de cet être rêvé, inaccessible à l’origine, mais qui finira par se concrétiser au final.

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                                   Photo Noël Jef                                                               Photo S. Bezineau                                                              Photo S. Bezineau

Comme toujours chez ce chorégraphe, la musique tient une place capitale dans la construction de l’œuvre. Si ce Rêve est essentiellement écrit sur des partitions du compositeur islandais Jóhann Jóhannsson - mort prématurément l’année dernière à l’âge de 48 ans - et pour lequel la beauté de la musique était le fruit de contrastes et d’oppositions ancrés tout autant entre la douceur et la violence, qu’entre la chaleur de l’acoustique et la froideur de l’électronique, Julien Lestel a également fait appel à Yvan Julliard, un jeune compositeur qui est aussi danseur dans sa compagnie depuis 2011. Tout en s’imprégnant des musiques de Jóhann Jóhannsson, celui-ci a su créer une partition impétueuse et fougueuse, s’accordant parfaitement avec son univers. On ne peut pas vraiment dire que celle-ci, au début du spectacle tout au moins, nous ouvre réellement la porte au rêve du fait de sa puissance catalysée par le flamboiement des lumières concoctées par la calédonienne Lo-Ammy Vaimatapako, lesquelles auraient plutôt tendance à nous ouvrir les portes de l’enfer. Mais il n’en demeure pas moins que la chaleur de l’atmosphère, créée concomitamment par la musique et une scénographie totalement épurée, nous embarque dans un autre monde, tremplin à celui d’un rêve dans lequel le spectateur va bientôt sombrer. J’ai toutefois moins aimé l’insertion, entre deux pièces de Jóhann Jóhannsson, de la chanson de Nina Simone, I get along without you very well, choix qui pouvait s’expliquer par l’illustration d’un solo d’une grande sobriété, confié à Alexandra Cardinale, ex-danseuse soliste de l’Opéra de Paris invitée régulièrement par le chorégraphe, mais qui affaiblissait l’atmosphère préétablie.

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Photos Marc Chambon

Quant à la chorégraphie, si l’on retrouve la technique un peu alambiquée de l’auteur de  La jeune fille et la mort, de Misatango, de Constance ou du Boléro, on peut toutefois noter une évolution stylistique, dans le sens d’une plus grande liberté d’expression et, peut-être aussi, d’une attention plus soutenue dans la composition des tableaux et la géométrie spatiale, notamment dans la construction dans cette création de pas et variations en miroir du plus bel effet. L’œuvre se terminait d’une façon aussi étonnante qu’inattendue par un pas de deux fort original, corps à corps aussi sensuel que charnel, aboutissement d’un désir amoureux que l’on avait pu voir naître et s’exalter tout au long du spectacle. Magistral.

J.M. Gourreau

Dream / Julien Lestel, Opéra de Massy, 2 avril 2019.

Biennale(s) de danse du Val-de-Marne, 1979-2019 / Irène Filiberti / Laurent Philippe

 

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Hymne aux fleurs qui passent / Lin Lee-Chen

Biennale(s) de danse du Val-de-Marne 1979/2019, par Irène Filiberti et Laurent Philippe, 180 pages, 119 photos en couleurs et 35 en N. & B., 22,9 x 30 cm, broché, Nouvelles éditions Scala éd., Mars 2019, 29 €.

ISBN : 978-2-35988-212-4

 

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              Raft / Rosalind Crisp                                                                    Paradis / José Montalvo                                                          Entre ciel et terre / Georges Momboye

Voilà 40 ans que la Biennale de danse du Val-de-Marne, née sous l’égide de Michel Caserta, de Lorrina Niklas et de Michel Germa, permet chaque année à des centaines de danseurs la possibilité non seulement de s’exprimer et  de se produire mais surtout de trouver un espace de rencontre, de création et de relai. C’est en effet le 30 mars 1979 que le 1er festival de danse du Val-de-Marne voyait le jour à Vitry-sur-Seine, accueillant 13 compagnies de jeunes artistes croisant les questions artistiques et politiques, lequel donna naissance à un ʺmouvement pour la danseʺ qui s’étendit à l'année suivante à d’autres villes du département, promulguant ainsi celui-ci terre d’accueil à un art jusque-là traité comme parent pauvre du spectacle vivant. Entre 1989 et 1995, Michel Caserta s’attaqua à la mise en place, avec l’aide du Val-de-Marne et de l’Etat, d’une politique d’aide à la création, investissant d’autres scènes et d’autres lieux, s’ingéniant à briser les conventions et formats imposés, remettant en jeu les acquis pour questionner l’espace autrement, intégrant les spectateurs dans l’expérimentation. Aujourd’hui, on ne compte pas moins d’une vingtaine de théâtres et d’espaces culturels partenaires, tant dans le Val-de-Marne qu’à l’étranger, parmi lesquels le Centre d’art contemporain de Bruxelles (Les Brigittines) et le Zamek Cultural Center de Pognan (Bulgarie).

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Change or die / B. Seth - R. Montllo-Guberna                                  Comment se ment / Fabrice Ramalingom                                           Meublé sommairement / Dominique Bagouet 

Dans les années 2000-2010, la Biennale s’est alors très vite imposée comme l’une des premières manifestations françaises œuvrant à la création et la diffusion de la danse et de la recherche chorégraphique dans des espaces partenaires. En mars 2013 s’ouvre, toujours à Vitry-sur-Seine, un Centre de développement chorégraphique dans une ancienne briqueterie, centre d’accueil et de production, initié par Michel Caserta et aujourd’hui placé sous la direction de Daniel Favier : cet ʺoutil d’imaginaireʺ comme il le nomme poétiquement, témoin de la mutation de la danse en France qui a quitté son habit de divertissement pour endosser celui de moyen d’expression, a accueilli et accueille toujours en résidence de nombreux chorégraphes, parmi lesquels Brigitte Seth et Roser Montlló-Guberna, Gilles Verrièpe puis Anne Collod, Seydou Boro, Maud Le Pladec, Joanne Leighton, Jordi Galí, Satchie Noro et Christian Ubl. En outre, de nombreux échanges ont lieu avec plusieurs artistes étrangers, tels Alessandro Sciarroni et Jan Martens.

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                          Noumenon mobilus / Alwin Nikolais                                     La reine s'ennuie / Andréa Sitter                                     Swan / L. Petton - M. Iglesias-Breuker

  Cet ouvrage, qui évoque par le texte et l’image l’origine et les enjeux artistiques de la Biennale de danse du Val-de-Marne en retraçant en parallèle son évolution et celle de la danse en France, révèle la place de plus en plus importante prise par l’art chorégraphique dans notre pays, et s’en veut le témoin sous le regard de l’un des rares photographes qui se soit spécialisé dans ce domaine, Laurent Philippe.

J.M.G.