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Lisbeth Gruwez / Dances Bob Dylan / Une générosité sans bornes

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Photos Luc Depreteire

 

Lisbeth Gruwez :

Une générosité sans bornes
 

 

Rien ne prédisposait Lisbeth Gruwez à danser sur des musiques de Bob Dylan. Car cette danseuse et chorégraphe flamande dont la chaleur et le charisme enflamment le moindre de ses gestes, s’était jusque là illustrée dans un répertoire totalement différent. En fait, elle doit cette initiative à son compagnon et complice, le musicien et compositeur Maarten Van Cauwenberghe, lequel, durant des années, a passé en boucle la musique et les chansons cette icône de la contre-culture, lors des échauffements des danseurs de sa compagnie, "Voetvolk". C’est donc ensemble qu’ils ont choisi huit chansons des années 60 pour faire revivre l’image de ce poète des années hippies qu’elle a appris bien malgré elle à aimer.

Huit soli émouvants par leur simplicité, leur spontanéité, leur fluidité et le dépouillement de leur mise en scène, la danseuse, de blanc vêtue, évoluant très simplement mais avec une légèreté incommensurable sur le miroir d’un tapis de sol noir profond qui reflétait son image. Huit danses d’une grande spontanéité, totalement calquées sur les mélodies de Bob Dylan, traduisant leur essence et l’engagement dont elles étaient empreintes : tantôt la joie qui en émanait, (One more cup of coffee ; it’s allright Ma), tantôt la tristesse dont elles étaient imprégnées (The ballad of Hollis Brown ; Knockin’ on heaven’s door). C’est sans doute Sad-eyed lady of the lowlands à la mélodie répétitive et lancinante qui inspira à la chorégraphe-interprète son plus poignant solo, hymne à Sara Lownds avec laquelle Dylan allait se marier. C’est l’image d’une femme qui semble à la fois résister à l'auteur et s'abandonner à lui. Un long poème qui s’avère une déclaration d'amour, une danse viscérale empreinte de sincérité et de mélancolie, telle qu'on la retrouve dans les œuvres classiques du romantisme.

Lisbeth Gruwez n’est pas une inconnue du public français. Cette émule de Jan Fabre se fit connaître au Festival d’Avignon en créant notamment en 2001 l'une de ses pièces les plus fascinantes, Je suis sang. Dances Bob Dylan fut présentée pour la première fois sur une scène parisienne lors des Rencontres Chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis les 9 et 10 juin 2015. Peu de temps auparavant, très exactement en mars 2015, Lisbeth interprétait sur cette même scène du théâtre de la Bastille sa dernière pièce, It's going to get worse and worse and worse, my friend (voir ma critique dans ces mêmes colonnes). Elle s'y révélait déjà, comme une artiste spontanée, d’un charisme et d’une générosité sans bornes, dont l’aisance et la fluidité de la gestuelle s'avéraient remarquables. Ce qui se confirme aujourd'hui : n’invita t’elle pas, à l’issue de ce dernier spectacle, son public - lequel ne se le fit pas dire deux fois - à partager une dernière danse sur la scène avec elle ?

J.M. Gourreau

Dances Bob Dylan / Lisbeth Gruwez & Maarten Van Cauwenberghe, Théâtre de la Bastille, du 28 novembre au 3 décembre 2016.

Jann Gallois / Compact / Un corps à corps fascinant

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Photos J.M. Gourreau

Jann Gallois :

Un corps à corps fascinant

 

De l'art de faire des nœuds avec son corps... Voilà un petit bijou comme l’on aimerait en voir plus souvent, un spectacle superbe mais…  trop court, bien trop court ! Il est certes fort rare que l’on qualifie une œuvre de cette épithète… Généralement en effet, c’est plutôt l’inverse que l'on ressent ! Et pourtant…

Compact, qui ne dure que 23 minutes, est un duo aussi original qu'émouvant concocté par Jann Gallois et Rafael Smadja, un duo axé sur le contact et les sensations émises par deux êtres qui s'étreignent furieusement, se nouent et se dénouent, se tordent et se vrillent ensemble jusqu’à leur fusion totale, comme s'ils cherchaient à pénétrer l'un dans l'autre... Les corps s'emmêlent, s'entremêlent et se démêlent avec une aisance et une souplesse fascinante pour former des tableaux vivants qui s'élaborent harmonieusement avec une simplicité et un naturel étonnants. Les rares arrêts sur image font naître une pléiade d’émotions plus intenses les unes que les autres. Celles d'un amour passionnel et fusionnel bien sûr mais aussi et surtout celles d'un échange et d'un partage, d'une harmonie et d'une félicité que rien ne saurait briser. S'en dégagent une impression de plénitude, de bonheur communicatif qui enveloppent le spectateur, lui communiquant une sensation de bien-être qui tient en haleine. La puissance et la force des relations entre ces deux êtres, tantôt empreintes de sérénité, tantôt d'une très grande violence, subjuguent du fait de leur réalisme et de leur véracité. Voilà un couple qui ne danse pas pour ne rien dire. La chorégraphe a en effet été amenée pour cette création "à se questionner sur les principes fondamentaux de la vie en communion (avec les autres) et du contact spirituel entre deux âmes".

Gallois jann compact 04 l etoile du nord 23 11 16Gallois jann compact 21 l etoile du nord 23 11 16Gallois jann compact 19 l etoile du nord 23 11Jann Gallois est venue à la danse contemporaine par le hip-hop. On la retrouve de 2008 à 2014 comme interprète dans diverses compagnies, celles de Sébastien Lefrançois, Sylvain Groud, Angelin Preljocaj et Kaori Ito entre autres. C'est en 2012 qu'elle se lance dans la chorégraphie et fonde  la compagnie "BurnOut". Sa première création, le solo P=mg, se verra récompensé à 9 reprises par des prix nationaux et internationaux. Compact est sa troisième création et son premier duo.

J.M. Gourreau

Compact / Jann Gallois, L'Etoile du Nord, 23 novembre 2016, dans le cadre du festival "Avis de turbulences #12".

Mourad Merzouki / Yo Gee Ti / Un heureux coup de foudre

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Photos Michel Cavalca

 

 

Mourad Merzouki :

Un heureux coup de foudre

 

Le hip-hop n'est pas l'apanage des seuls occidentaux. Avec Yo Gee Ti, les Asiatiques nous apportent en effet la démonstration qu’ils sont aussi rompus que nous au hip-hop, tout comme les Brésiliens avec Agwa en 2008. C’est lors d’un voyage à Taïwan au cours duquel Mourad Merzouki présentait Récital qu’il a rencontré pour la première fois les danseurs du « National Chiang Kai-Chek Cultural Center ». Coup de foudre de part et d’autre. Si Mourad fut séduit par la richesse des traditions ancestrales des artistes de ce pays, les danseurs taïwanais, eux, le furent par la virtuosité et les prouesses techniques des danseurs afro-européens. Ainsi, de cette rencontre, naquit Yo Gee Ti, une création de Mourad pour cinq danseurs taïwanais et cinq danseurs de la compagnie "Käfig", œuvre que nous avons pu voir pour la première fois en 2012 et qui est redonnée cette année dans divers lieux du Val-de-Marne, dans le cadre de la 4ème édition du Festival Kalypso.

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Aucun argument pour supporter ce ballet, rien que le faire-valoir des danseurs dans une sorte de confrontation de civilisations, voire de compétition qui, en fait, n’en est pas une, les capacités tant techniques qu’artistiques des interprètes des deux compagnies se révélant à tel point équivalentes qu’il est difficile, voire impossible, même à moyenne distance, de les différencier les uns des autres. La chorégraphie, toujours très originale, est mâtinée d’étonnantes acrobaties. Mais l'intérêt de cette pièce tient davantage dans sa scénographie: ainsi, au début du spectacle, cinq colonnes de laine brute tressée, concrétions stalactitiques ou lianes fossilisées conçues par le jeune styliste Johan Ku, servent d'écrin à un cordon d'êtres fantomatiques, méduses ou éponges, ployés au sol, évoluant à la surface d’une mer noire comme le jais: de ces formes inquiétantes sculptées dans la laine émergent finalement une vague de danseurs louvoyant au rythme d'une envoûtante musique pour cordes et percussions signée AS'N. Une contrainte qui astreint le chorégraphe à un nouveau rapport entre l’espace et le mouvement, à la croisée du hip-hop et de la danse contemporaine. Ce ne sera, d’un bout à l’autre, qu’une suite de tableaux plus attachants les uns que les autres, bien que manquant toutefois un peu d’émotion. C'est sans doute le dernier tableau de cette œuvre qui s'avère le plus fascinant, les colonnes de laine tressée ayant été dénouées pour former une sorte de tricot de fils issus des cintres ou de forêt de bouleaux dépouillés de leurs feuilles en hiver, avec et derrière lequel évoluent les danseurs. Comme toujours chez Merzouki, ses pièces ne sont pas uniquement un faire-valoir du hip-hop ou de la break dance mais une réelle œuvre d’art total dans laquelle la scénographie tient une place prépondérante. Yo Gee Ti en apporte une nouvelle fois la preuve.

J.M. Gourreau

01 yo gee ti michel cavalcaYo Gee Ti / Mourad Merzouki, Créteil, Maison des arts, 22 et 23 novembre 2016, dans le cadre de la 4ème édition du Festival Kalypso.

Trappes / St-Quentin-en-Yvelines : une exception artistique ?/ Bernard Delattre / L'Harmattan éd.

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Trappes / St-Quentin-en-Yvelines : une exception artistique ?

Avec sa pléiade de stars : Jamel, Omar Sy, les Black Blanc Beur, Shy'm, Anelka...,             par Bernard Delattre, 244 pages, 47 photos en couleurs et 6 en N. et B., 13,5 x 21 cm, broché, L'Harmattan éd., Paris, septembre 2016, 25 €.

ISBN : 978-2-343-08846-4

Se souvient-on que les fameux B3, alias "Black Blanc Beur", que l'on rencontrait sur tous les plateaux "in" de la capitale et des environs - et notamment à la Villette - à l'aube des années 1990 et qui ont été applaudis sur les scènes des 5 continents, étaient issus de Trappes et de Saint-Quentin-en-Yvelines ? Se souvient-on que ces jeunes dont les prouesses techniques qui nous émerveillaient à l'époque de la naissance du hip-hop étaient pour la plupart des délinquants et de jeunes marginaux de quartiers sensibles remis sur les rails par Jean Djemad et Christine Coudun ? Se souvient-on que ces jeunes danseurs associés aux comédiens du "Déclic Théâtre" ont permis à un grand nombre de leurs compatriotes d'élaborer un vrai projet de vie et de se réaliser par l'expression artistique ? Se souvient-on encore que des situations similaires ont été vécues dans les secteurs difficiles d'Elancourt, Guyancourt, Maurepas ou Montigny-le-Bretonneux où une troupe de hip-hop, "Illicit Dance", émanant d'ailleurs des B3, dénonçant les inégalités, les injustices et la violence, a permis de sauver nombre de ces  jeunes en perdition ? Aujourd'hui, les B3 juniors sont sur la même lancée...

Trente ans après, Bernard Delattre qui a débuté sa carrière de journaliste il y a désormais 40 ans sur le secteur de la ville nouvelle de St Quentin-en-Yvelines a voulu rendre hommage à tous ces héros du quotidien, pas seulement des danseurs d'ailleurs, mais des artistes de tous horizons tels le prince du rap, "La Fouine", les comédiens Omar Sy, Alain Degois dit "Pappy", Jean Dujardin, Laurent Searle ainsi que Sophie Broustal et Sophia Aram, les humoristes Jamel Debbouze et Issa Doumbia, l'écrivain Rachid Benzine, l'acteur et réalisateur Guillaume Canet, la chanteuse Shy'm, sans oublier Anelka, footballeur hors norme car, comme l'écrivait si bien Jean Giraudoux, "le sport est aussi une culture"... Ce sont ainsi 28 portraits qui sont présentés au fil de ces pages, autant de messages d'espoir pour les jeunes en difficulté de ces villes nouvelles d'aujourd'hui.

J.M.G.

Olivier Dubois / Tragédie / Transe

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Photos F. Stemmer

 

 

Olivier Dubois:

Transe

Ils sont dix huit, neuf femmes et neuf hommes, nus comme des vers. Sortant progressivement de l'ombre, les premiers s'avancent dans un va-et-vient obstiné, d'abord un par un puis par petits groupes depuis le fond de scène jusqu'au devant du public avant de s'en retourner pour refaire le même trajet, inlassablement, tel un défilé de mannequins. Une marche implacable, martiale, quasi-militaire, comme télécommandée, répétée à l'envi pendant près de trois quarts d'heure, du même pas. Des allers-retours dans l'urgence, martelés par la musique - obsessionnelle elle aussi - de François Caffenne, qui fascinent, obnubilent par leur répétitivité. La mécanique est réglée comme un mécanisme d'horlogerie et l'on ne s'aperçoit qu'à peine des changements de rythme et de direction progressifs qui vont amener cette marée humaine - une vingtaine de danseurs suffit en effet à en donner l'impression - à modifier sa forme et le sens de sa marche. Individualisés au départ, les corps bientôt se fondent en une masse qui tantôt se fragmente pour s'affronter, tantôt se regroupe en cercle tout en s'évitant, tantôt fusionne embarquée dans une folie communicative, détruisant la géométrie originelle rigoureuse et ordonnée où les corps se frôlaient sans jamais se toucher. Petit à petit, cette humanité, libérant son énergie, donne alors libre cours à ses pulsions orgiaques, révélant la sauvagerie et la bestialité dont elle est animée. En se libérant ainsi, les corps à l'état brut vibrent puis entrent en transe, dévoilant cet état de corps originel qui se débarrasse de tous ces troubles "historiques, sociologiques et psychologiques" qui lui avaient été conférés par la civilisation. Une danse tribale hypnotique et obnubilante qui entraîne peu à peu dans son sillage les spectateurs subjugués.

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Tragédie est le troisième volet d'une trilogie, Etude critique pour un trompe l'œil, dont le premier volet, Révolution, a été créée en 2009 et le second, Rouge, en 2011. Cette dernière œuvre, qui s'appuie sur La naissance de la tragédie de Nietzsche, a vu le jour avec un énorme succès au festival d'Avignon en 2012. La question à laquelle Olivier Dubois tente de répondre au travers de celle-ci tient en quelques mots: "Qu'est-ce que l'humanité" ? D'où la mise à nu aussi nécessaire qu'indispensable du corps - ce qui, d'ailleurs, ne choque ni ne relève plus de la provocation aujourd'hui, - la vibration de la chair étant un des véhicules princeps de l'émotion comme des sensations qui n'est plus à démontrer. Et le chorégraphe de conclure: "Le simple fait d'être homme ne fait pas l'humanité"...

J.M. Gourreau

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Tragédie / Olivier Dubois et le Ballet du Nord, Théâtre de Saint-Quentin en Yvelines, 19 novembre 2016.

https://www.youtube.com/watch?v=A3Jno6Y5u9w

 

Chloé Hernandez & Orin Camus / Next Couple – Couple Suivant / La danse du bonheur / Le Regard du Cygne


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Photos Jean-Baptiste Bucau

 

Chloé Hernandez & Orin Camus:

La danse du bonheur

 

Il ya dans leur danse un je ne sais quoi qui vous réchauffe le cœur et qui, pour paraphraser Baudelaire, vous transporte dans un monde où tout n'est qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté... Un monde où rien d'autre que le bonheur n'existerait, un monde peuplé d'êtres qui ne vivraient que dans la joie du partage et la félicité. Telle est en effet l'impression qui se dégage tout au long de cette série de duos que compose Next couple, la dernière création de Chloé Hernandez et d'Orin Camus, au cours de laquelle ces deux artistes, en communion totale, révèlent l'existence d'un bonheur auquel l'on n'était plus habitué, auquel l'on ne croyait plus.

Bribes d'un instant de vie, ces cinq piécettes accolées dépeignent un couple dans un autre monde, celui du Petit prince de Saint-Exupéry peut-être, au sein duquel se dégagent une complicité touchante, une écoute de l'autre et un besoin de partage à nul autre pareils, une joie de vivre et un charisme fascinants. Quel que soit leur propos, la gestuelle de ces deux chorégraphes-interprètes, bien que parfois sophistiquée, est sincère et issue des tréfonds de l’âme. Elle est liée, harmonieuse, originale, empreinte de fraîcheur et de sensualité mais, surtout, d’une grande tendresse. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle elle nous touche. Dans Song Song, "ces deux corps se lient, se délient, s’écoutent et se déplacent à l’unisson" ; dans le solo Boy’s don’t cry, Orin Camus laisse son corps vibrer avec beaucoup de naturel sous les accents de la musique perçue par le truchement d’écouteurs "vissés" sur ses oreilles ; Easy est un corps à corps d’une grande sensualité révélant la complicité de deux êtres qui s’aiment d’un amour que rien ne pourrait briser ; quant à Réveillon, il fait revivre avec une intense émotion le souvenir d’un baiser, le soir de minuit... Une évocation en toute simplicité de tous ces petits riens qui émaillent notre vie d’une lueur d’espoir et de bonheur et qui nous font balayer d’un revers de main les tracas de la vie.

J.M. Gourreau

Next Couple – Couple Suivant / Chloé Hernandez & Orin Camus, Studio Le Regard du Cygne, Paris, 17 et 18 novembre 2016.

 

Shapeshiftig / Linda Hayford, Parasite / Sandrine Lescourant & Images / Antoinette Gomis / A l'heure du partage

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                Parasite / Sandrine Lescourant                                    Shapeshifting / Linda Hayford                                           Images / Antoinette Gomis

                                                                                                                     Photos Benoîte Fanton

Linda Hayford, Sandrine Lescourant & Antoinette Gomis au Festival Kalypso:

A l’heure du partage

 

Plus riche et plus éclectique que jamais... Cette 4ème édition du festival de danse Kalypso, placée sous la houlette de Mourad Merzouki, met en lumière jusqu'au 18 décembre de nouveaux talents, tout en investissant de nouveaux territoires et de nouveaux lieux, décloisonnant l'art de Terpsichore. En synergie avec le festival Karavel de Bron créé par cet infatigable chorégraphe quelques années plus tôt, ce sont plus de 50 compagnies de hip-hop colonisant quelques 25 lieux qui auront pu se produire dans ces deux pôles durant 3 mois. Que de chemin parcouru depuis la naissance de cet art dans notre pays il y a plus de 30 ans !

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Correria agwa / Mourad Merzouki

Si, cette année, l’accent est mis sur sa compagnie "Käfig" qui fête ses 20 ans d’existence, Mourad Merzouki n’en a pas moins oublié la jeune génération puisqu’il présente, dans ses "plateaux partagés", toute une pléiade de jeunes talents, parmi lesquels Sandrine Lescourant, Linda Hayford et Antoinette Gomis.

Shapeshifting, la première création sur scène de Linda Hayford, est un solo intuitif très animal dans lequel se mêlent hip-hop, house-dance et popping, sa danse de prédilection. Une danse stroboscopée toute en ondulations, torsions, rotations, ruptures d'équilibres, qui engage le corps dans sa totalité. Un travail axé sur l'écoute de la musique fort suggestive, il est vrai, d'Abraham Diallo, et magnifiquement mis en lumière par Ydir Acef. Originaire de Rennes, Linda Hayford, qui fait partie de la compagnie "Par terre" d'Anne Nguyen, est réputée pour ses performances dans des battles internationaux.

Parasite de Sandrine Lescourant - alias Mufasa dans le milieu des battles - est aussi la première chorégraphie de cette artiste, laquelle s'est également appuyée sur une partition d'Abraham Diallo: c'est une pièce très suggestive et d'une construction fascinante, qui évoque sur un ton badin et moqueur quelques uns des sentiments qui étreignent un groupe de cinq jeunes filles lors de leur première rencontre. Ecoute et observation de l'Autre, analyse de ses sentiments, partage ou rejet, pour finir par l'adoption d'une attitude commune réfléchie et raisonnée, non sans avoir tourné en dérision les petits côtés de chacune, leur fragilité, leurs faiblesses ou leurs forces. Une œuvre légère et ludique sur les relations humaines créée en octobre dernier dans le cadre du festival Karavel à Lyon.

Troisième et dernier jeune talent, Antoinette Gomis et son solo Images, un vibrant hommage à Nina Simone, pianiste et compositrice américaine très engagée qui, toute sa vie durant, a lutté contre l’esclavage et l’inégalité raciale pour l’obtention de droits civiques communs entre blancs et noirs. C’est la chanson See Line woman de Nina Simone, laquelle évoque avec beaucoup de nostalgie certaines facettes de la condition de la femme noire en Amérique, qui sert de support à une chorégraphie poignante axée sur une gestuelle coulée et très liée, laquelle met en avant le charisme de la chorégraphe et la fluidité remarquable de ses bras. Une œuvre qui vous va droit au cœur.  

Affaire à suivre...

J.M. Gourreau

Shapeshifting / Linda Hayford, Parasite / Sandrine Lescourant & Images / Antoinette Gomis, Grande Halle de La Villette, 15 & 16 novembre 2016, dans le cadre du Festival Kalypso.

Danse contemporaine / Rosita Boisseau / Laurent Philippe / Nouvelles Editions Scala

Danse contemporaine Rosita Boisseau

 

Danse contemporaine,

par  Rosita Boisseau et Laurent Philippe, 144 pages, 134 photos en couleurs, broché, 23 x 30 cm, Nouvelles éditions Scala éd., Paris, octobre 2016, 29 €.

ISBN : 978-2-35988-173-8.

Après un Panorama de la danse contemporaine publié en 2006 aux éditions Textuel, ouvrage qui évoquait par le texte et l'image l'œuvre de 90 chorégraphes, Rosita Boisseau réactualise aujourd'hui ce travail sous une forme un peu différente, retraçant le cheminement de 38 chorégraphes parmi les plus représentatifs de notre époque. Un parcours nécessairement subjectif à travers l'histoire récente de la danse contemporaine et un choix aussi difficile que crucial, vous vous en serez douté, car il existe à l'heure actuelle plus de 500 compagnies chorégraphiques de par le monde... L'accent est mis sur les chorégraphes de la fin des années 2000 tels Jérôme Bel, Christian Rizzo, Boris Charmatz, Olivier Dubois, Cécilia Bengoléa, Alain Platel, Sidi Larbi Cherkaoui, Daniel Linehan, Ambra Senatore, Emmanuel Gat, Maud Le Pladec, Noé Soulier, Rachid Ouramdane, Akram Khan ou Mourad Merzouki, pour n'en citer que quelques uns. Tous remettent en cause la danse conceptuelle pour réinventer une danse nouvelle faisant appel aux expériences et découvertes artistiques récentes, s'ouvrant au multimédia, à la vidéo et au collage des arts. Un splendide ouvrage illustré par de très belles images de l'un des meilleurs photographes de danse à l'heure actuelle, Laurent Philippe.

J.M.G

Rocío Molina / Caída del Cielo / Du zapateado comme vous n'en avez jamais vu

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Photos Pablo Guidali

Rocío Molina:

Du zapateado comme vous n'en avez jamais vu

Pablo guidali 003Elle est Andalouse, de Malaga, très exactement. C'est une adepte du flamenco, plus précisément du duende ; elle est délurée, irrévérencieuse, iconoclaste même, mais bourrée de talent. Son nom: Rocío Molina. Partout où elle passe, elle laisse des égratignures. Vous l'avez certainement déjà rencontrée aux détours du Palais de Chaillot où elle s'est produite dans Mujeres en 2008, puis dans Cuendo Las Piedras Vuelen l'année suivante et, enfin, dans Danzaora en 2013. Avec elle, il faut toujours s'attendre au pire. Ce qui a bien failli se produire d'ailleurs, car le rideau s'ouvre sur quatre musiciens entamant une sorte de rock endiablé : elle ne va pas nous faire des claquettes sur une telle musique quand même ? Eh bien si, mais pas tout de suite, sans que vous vous en rendiez compte, tout en douceur. Et ce n'est qu'à l'issue de la représentation que vous vous exclamez: "elle en a du culot tout de même" ! Mais elle vous a subjugué et vous êtes absolument ravi de son impertinence et de son audace... Une maîtresse femme !

Il faut avouer que Caída del Cielo, ce qui peut se traduire par "Chute du ciel" - et qui évoque donc un cataclysme, ce qui n'est pas totalement faux -, est un spectacle particulièrement bien monté et, surtout, remarquablement bien interprété, tant par les chanteurs que par la chorégraphe-interprète elle-même. Pourtant, à la voir comme ça, petite et rondouillarde, elle n'a rien d'une danseuse de flamenco telle que l'on se la représente habituellement, grande, noble, hiératique et imbue de son art. Lorsqu'elle fait son entrée sur scène après la brève séquence de musique rock dans sa robe blanche terminée par une traîne ornée de falbalas et qu'elle entame, sur un magnifique chant traditionnel aussi grave et rauque que profond, une danse espagnole mâtinée de danse contemporaine et entrelardée de reptations et de roulades au sol (sic), on se demande bien jusqu'où elle va aller dans son iconoclasme... Mais lorsqu'elle se relève et entame un zapatéado endiablé avec une maestria ahurissante, on a compris qu'elle maitrisait parfaitement son art et qu'elle allait très vite le transgresser. Sa vivacité et sa fougue n'ont d'égales que son imagination débridée. A ce titre, la séquence où elle parcourt le plateau à pas lents et mesurés, à nouveau vêtue d'une robe à traîne qu'elle plonge dans un bain de colorant violine avant de l'enfiler de manière à laisser derrière elle un tableau abstrait relayé par une vidéo sur grand écran, est d'une originalité à vous couper le souffle. C'est la raison pour laquelle on est prêt à lui pardonner bien vite ses incartades, telle celle de s'enfiler - avec ses quatre musiciens et chanteurs - un paquet de chips an beau milieu du spectacle... Bon, vous l'aurez compris, on ne s'ennuie pas une seconde avec une telle "pile électrique" aussi exubérante qu'attachante, et les 80 minutes que durent le spectacle passent quasiment sans que vous vous en soyez aperçu...

J.M. Gourreau

Caída del Cielo / Rocío Molina, Théâtre National de la danse Chaillot, du 3 au 11 novembre 2016.

Les défis universels de l’art chorégraphique africain / Paul Nibasenge N'kodia / L'Harmattan éd.

 

Recto

Les défis universels de l’art chorégraphique africain,

Les pieds dans le plat en chansons avec la danse africaine,

par Paul Nibasenge N'kodia, 240 pages, 15,5 x 24 cm., broché, Collection "Univers de la danse", L'Harmattan éd., Paris, juin 2016, 25,50 €.

ISBN: 978-2-343-09157-0

 

En Afrique, la danse est synonyme de vie et de puissance. Elle fait partie intégrante de la vie quotidienne et en jaillit lors de chaque mouvement des danseurs. Les danses africaines sont intemporelles et chacune d'elles symbolise les particularités, les richesses et les traditions des peuples qui la pratiquent. Ces danses sont un subtil mélange d'une part de gestes chorégraphiés, définis depuis des siècles et, de l'autre, d’improvisations qui évoluent avec le temps. Le but de cet ouvrage n'est pas d'examiner les techniques propres à la danse africaine mais d'évoquer cette danse au travers de son histoire, laquelle s'avère aussi l’histoire et la culture vivante d’un continent. Ce sont ces différents thèmes que l’auteur aborde en utilisant ce style particulier qui le caractérise déjà au travers d'un agencement subtil de divers genres littéraires : fiction,  autobiographie, poésie, essai, humour...

Ce n'est pas seulement au sein de son pays que Paul Nibasenge N'kodia retrace l'histoire de la danse africaine et en vante toutes les richesses qui font sa puissance car il évoque aussi l’image de cet art à travers le monde, en particulier en France où la population africaine est très présente. Ce faisant, il fait référence à la chanson française de manière à la fois amusante et touchante. Après tout, la chanson, la musique et la danse ne sont-elles pas étroitement liées ? Il en apporte une éclatante démonstration au travers de huit chapitres présentés comme des tableaux chorégraphiques dans lesquels il mène lui-même la danse avec une évidente virtuosité. Et comme il l'écrit, non sans une pointe d'humour, "en parcourant ce livre, je suis confiant que vous allez tout savoir sur l’art chorégraphique africain : le traditionnel, le moderne, le puissant, le sensuel, le saccadé, le doux, le pieux, le douloureux, le festif, le scénique, le spectaculaire, l’aphrodisiaque, celui qui soigne, celui de la tribu Yaka, celui du peuple Massaï, celui des Zoulous, celui du Cameroun, celui de la Guinée, celui du Sénégal, celui des deux Congo, tout, tout, tout sur la danse africaine. (...) In fine, vous comprendrez que cette danse réjouit nos cœurs et nous accompagne dans la douleur. Elle accepte, volontiers, l’ouverture vers les autres danses. Mais, surtout, cette danse veut être inventive, novatrice, elle veut favoriser la création artistique et a pour ultime ambition de se présenter comme le fer de lance des politiques culturelles, capables de jouer un rôle majeur dans les économies en croissance de tous les pays africains en voie de développement". Tout un programme !

J.M.G.