Alain Gruttadauria / Poison / La jouissance dans la douleur

gruttadauria-a-poison-colombes-m-j-c-48-oct-2011.jpgAlain Gruttadauria

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Photos J.M. Gourreau

 

 

 La jouissance dans la douleur

 

Il y a des êtres qui vont chercher la douleur pour se prouver qu’ils existent. Et d’autres qui vont tenter de la surpasser pour montrer la force de leur caractère et leur puissance. Pour aboutir, au bout du compte, par rencontrer la jouissance dans la souffrance.

Poison est né d’une rencontre, celle du chorégraphe Alain Gruttadauria, et de son interprète, Prisca Gloanec. Avec, sous jacente, cette question : comment se laisser «envenimer», la sérénité ne pouvant être trouvée que lorsque le poison aura coulé dans les veines et envahi le corps… Sur la scène donc, une femme de noir vêtue, repliée sur elle-même. Elle semble en proie à un mal qui la ronge viscéralement, qui l’oblige à tourner sur elle-même, comme un derviche. De l’ombre sortent bientôt deux autres femmes aux apparences angéliques, empreintes d’une grande quiétude. Très vite cependant, elles vont se révéler sournoises et démoniaques. Leur danse, impulsive, obsessionnelle, alambiquée à l’extrême, est tourmentée, violente, saccadée, chaotique. L’atmosphère de ce huis-clos aidant, elles vont, contre toute attente, entraîner leur compagne sur la même pente, la contaminant sournoisement. D’où un leitmotiv délibéré sur un phrasé corporel torturé, quasi-cataclysmique. Délire surréaliste ? Peut-être, car le chorégraphe, nourri par la littérature, le cinéma et la peinture surréalistes, s’avère un adepte de Bunuel et de Dali. N’y a t’il d’ailleurs pas dans cette pièce des moments de répulsion se rapprochant de ceux mis en scène par le cinéaste dans le Chien andalou ? Et des attitudes, au début du duo des deux femmes, évoquant les Girafes en feu, voire les Montres molles de Dali ? Quant à ces vasques de feu qui ne contiennent aucun liquide mais un miroir, lequel semble ne servir qu’à scruter les traits des visages, ne sont-elles pas sans rappeler les pulsions qui animent certains personnages des contes de notre enfance, notamment la sorcière de Blanche-Neige ? Magnifiquement interprétée, l’œuvre se terminera cependant non sur une image de mort mais, au contraire, d’espoir, Prisca retrouvant la sérénité après avoir non seulement accepté le poison qui lui est offert mais allant même jusqu’à le rechercher comme d’un besoin afin de s’en repaître et vivre radieusement, bien que terriblement...

J.M. Gourreau

Poison / Alain Gruttadauria, M.J.C.-théâtre de Colombes, Octobre 2011, dans le cadre des 41èmes rencontres de la Toussaint.

Alain Gruttadauria / Poison / M.

Commentaires (2)

1. AUDUC Chantal 31/10/2011

Critique très bien écrit qui reflète vraiment une partie de l'univers d'Alain GRUTTADAURIA et de sa danseuse Prisca comme vous l'avez indiqué.
Vous donnez l'envie (à ceux qui n'ont pas pu se déplacer pour les voir à Colombes et dont j'en fait partie) de venir découvrir, les soutenir et partager avec eux cette pièce.
Je souhaite une longue vie à "POISON", à ALAIN et son univers mystérieux, magnifique. Chorégraphe, artiste d'une intelligence rare et d'une culture qui vous scotche sur place..........Un être profond et d'une grandeur que seul les Génies peuvent avoir. Son travail reflète tout ça...........
Si j'étais programmateur, je mettrai cette pièce en premier......

2. BERT claudine 04/11/2011

j'étais à colombe et j'ai vu! j'ai vu à quel point Alain pouvait d'une pièce à l'autre basculer d'un univers à l'autre avec quel talent il est parti dans cette histoire d'addiction, bravo les danseuses pour avoir sut soutenir avec brio cette choré cette histoire.

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