Alessandro Sciarroni / Auguste / Un rire... jaune

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Alessandro Sciarroni :

Un rire… jaune

 

Alessandro sciarroniIl est extrêmement difficile de déclencher le rire sans un réel prétexte : les clowns, Augustes et autres amuseurs publics le savent bien. Alessandro Sciarroni, quant à lui, vient de l’apprendre à ses dépens. Et, pourtant, ce rire, n’était-ce pas ce qu’il s’était proposé de susciter dans cette salle bourrée de spectateurs, lesquels sont restés quasiment de marbre - quelques fans mis à part – durant toute la représentation de son dernier spectacle, Augusto ? Ce n’est cependant pas faute de s’y être intensivement appliqué, avec acharnement même, et ce, une heure durant ; or rien n’y a fait, malgré l’effort appuyé et (volontairement) démesuré des neuf interprètes de l’œuvre... Mais peut-être a-t-il parallèlement cherché à démontrer que cet immense effort n’était pas toujours couronné de succès et que ce pouvait parfois s’avérer une tâche insurmontable ? Proposée pour la première fois en France en septembre dernier au Théâtre de la Croix Rousse à Lyon dans le cadre de la 18ème Biennale de la Danse, cette pièce, inspirée entre autres par le film Les Clowns de Federico Fellini, ne cherche en effet pas, comme a pu le faire Bergson dans son essai sur Le rire, à présenter et analyser les choses qui nous font rire, afin de savoir pourquoi et comment elles nous font rire… Et c’est bien dommage !

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Photos Alice Brazzit

Tout commence par une longue méditation dans le silence, les neuf danseurs étant assis en tailleur, de dos, alignés en front de scène, juste devant les spectateurs. L’un deux se lève et entame une marche circulaire dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, bientôt suivi successivement par les autres. Alors qu’ils se trouvent tous embarqués dans le même mouvement, le rythme s’accélère. En fait, comme pour clore ses recherches antérieures sur le mouvement giratoire, c’est dans une spirale infernale qui ne dure pas moins de 20 minutes que Sciarroni embarque ses danseurs au début de cette "performance", ces derniers étant amenés à tourner autour du plateau sur un cercle qui se "spiralise" petit à petit pour finir par se fragmenter et se scinder en petits groupes. Or, paradoxalement, au cours de ce mouvement soutenu, de légères secousses agitent les interprètes et semblent engendrer peu à peu sur leurs lèvres une sorte de rictus, lequel se transforme en un sourire, puis en réel fou-rire vite inextinguible qui, s’il parait contagieux chez les danseurs, suscite de l’incompréhension chez le spectateur et finit plus par l’agacer qu’à l’engager à suivre les artistes et partager cet instant, ce d’autant que la tentative va se réitérer jusqu’à la fin de la représentation… Le mystère demeurera entier jusqu’au bout, et le spectateur repartira frustré, sans avoir obtenu la clé de l’énigme. La logique aurait en effet voulu que l’effort soutenu par cette course génère non le rire mais l’épuisement, voire la souffrance. De plus, la monotonie de l’action liée à sa répétitivité, qui exhale très vite des relents antinaturels de "forcé", ainsi qu’un manque flagrant d’inventivité chorégraphique, sont à l’origine d’un désintérêt rapide dans le public. Ce qui s’avère d’autant plus regrettable qu'à l’heure actuelle, Sciarroni est considéré, au moins dans son pays, comme l’un des plus grands chorégraphes de sa génération, et qu’il a reçu tout récemment le "Lion d'or" de la Biennale de Venise pour l'ensemble de sa carrière…

J.M. Gourreau

Augusto / Alessandro Sciarroni, Cent-Quatre, Paris, du 14 au 18 avril 2019. Dans le cadre du festival "Séquence danse Paris".

  

 

Alessandro Sciarroni / Auguste / Cent Quatre / Avril 2019

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