Analyse de livres

Käfig, 20 ans de danse / Agathe Dumont / Coéd. Somogy-CCN de Créteil

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Käfig, 20 ans de danse,

par Agathe Dumont, préface de Isabelle Danto, ouvrage bilingue (français et anglais), 160 pages, 32 illustrations en couleur et 36 en noir et blanc, 19,5 x 24,5 cm, relié sous couverture cartonnée, coéditions Somogy - CCN Créteil & Val de Marne, février 2017, 25 €.

ISBN: 9782757211809

 

Voilà un ouvrage très attendu qui vient à point nommé pour célébrer les 20 ans de la compagnie Käfig. Un travail qui révèle surtout l'extraordinaire vitalité, inventivité et activité de son directeur et chorégraphe Mourad Merzouki. Un homme aux multiples facettes qui ne se contente pas de diriger et de réaliser des ballets pour sa compagnie de hip-hop au Centre Chorégraphique National de Créteil mais qui est également fondateur et directeur du centre chorégraphique Pôle Pik à Bron créé en 2009 et des festivals Karavel et Kalypso.

L'auteur de cet ouvrage, Agathe Dumont, est danseuse et enseignante-chercheuse dans les domaines de la danse et du cirque contemporains. Qui mieux qu'elle pouvait évoquer l'art de Merzouki, issu de la danse mais aussi à la croisée du cirque, de la boxe, du théâtre d'objet et des arts martiaux ? Toutes les cordes de son arc sont bien sûr évoquées let dans ce livre d'une conception et d'une facture très originales, depuis 1989, date de création de sa première compagnie Accrorap avec Kader Attou : les énergies collectives, les pratiques culturelles et les disciplines, l'évolution du geste, l'utilisation de la vidéo, les créations, les tournées dans le monde entier, la recherche de nouveaux lieux pour la danse... "Il a ouvert la voie à une réinvention du corps et de l'espace dans les pratiques contemporaines en redéfinissant le populaire, provoquant une onde de choc dont les effets se font toujours sentir", écrit Isabelle Danto dans sa préface. Et Kader Attou de conclure: "Tu as utilisé la danse comme un langage, la danse comme un partage, la danse pour un rire, un regard, la danse pour rêver et exister, pour simplement sortir de l'ordinaire"...

J.M. G.

La danse contemporaine en Suisse, 1960 - 2010 / Anne Davier / Annie Suquet / Zoé éditions

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La danse contemporaine en Suisse, 1960-2010, Les débuts d'une histoire,

par Anne Davier et Annie Suquet, 368 pages, 60 photos en N. et B. de Steeve Iuncker, broché, 17 x 22 cm, Zoé éd., Genève; diffusion en France par Harmonia Mundi, Novembre 2016, 27,90 €.
ISBN: 978-2-88927-368-3.

 

Aussi étrange que cela puisse paraître, la danse contemporaine en Suisse est née du modern jazz américain (dans lequel la notion d'improvisation est fondamentale) dans le sillage des années 68 et de la vague libertaire que cette révolution entraîna. Nombre de danseurs tentent alors d'ouvrir les frontières entre la danse, le théâtre, le cinéma, la musique, le cirque et la littérature, ce tout en créant une hybridation entre ces différents genres et en  cherchant à élaborer des modes d'approche du mouvement qui transgressent les techniques de danse existantes; ce faisant, ils engagent d'autres modes moins coercitifs de relation au corps et une plus grande liberté.

Pour aborder cette histoire de la danse, les auteures se sont posées trois questions : en premier lieu, comment les tous premiers danseurs et chorégraphes contemporains suisses ont-ils façonné leur itinéraire ? Par quels héritages et sous quelles influences esthétiques ? En second lieu, quelles voies ces pionniers - Raoul Lanvin Colombo, Dominique Genton, Simone Suter, Fabienne Berger, Brigitte Matteuzzi, Tane Soutter, Alain Bernard, Geneviève Fallet - ont-ils ouvertes pour les danseurs qui sont arrivés à leur suite et quelle fut l'importance de leur activité pédagogique ? Enfin, comment cette nouvelle génération d'artistes s'est-elle battue pour sortir la danse contemporaine de la confidentialité et la faire accéder à la notoriété ? La dernière partie de l'ouvrage braque le projecteur sur les premières créations de chorégraphes qui ouvrent cette période afin d'interroger le renouvellement des enjeux, tant esthétiques que politiques, incarné par cette génération à laquelle appartiennent entre autres Noemi Lapsezon, Marco Berrettini, Foofwa d'Imobilité, Jean-Marc Heim, Martin Zimmermann, Gilles Jobin, Yann Marussich, Anna Huber, Thomas Hauert ou le brésilien Guilherme Botelho installé à Genève depuis 1982.

Cette histoire de la danse contemporaine helvétique, la première du genre, se nourrit avant tout du témoignage oral de ceux qui en ont été les protagonistes car aucune source documentaire exhaustive ayant trait à ce type de danse n'existait alors, mises à part les archives de la Collection suisse de la danse à Lausanne qui ont pu compléter les enquêtes passionnées d'Anne Davier et d'Annie Suquet durant les trois années de leurs recherches. Il en résulte un ouvrage aussi instructif que vivant qui fait le point sur l'histoire esthétique, culturelle et politique de la danse contemporaine en Suisse.

Les photographies illustrant cet ouvrage, réalisées tout comme les entretiens entre 2013 et 2016, pourront surprendre certains lecteurs par leur "banalité" et leur esthétisme. Elles résultent d'un parti pris éditorial et sont censées rendre perceptible le travail de recherche et de création d'une quinzaine de chorégraphes en travail durant la période des interviews.

J.M.G.

Bakst, des Ballets russes à la haute couture / M. Auclair, S. Barbedette & S. Barsacq / Albin Michel / Novembre 2016

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            Costume pour le Dieu bleu                                   Costume de la Belle au bois dormant                                  Costume d'Ida Rubinstein pour Salomé

Bakst, des Ballets russes à la haute couture 

Par Mathias Auclair, Sarah Barbedette & Stéphane Barsacq, avec la contribution de Marina Egidi, Laurent Guido, Stéphane Tralongo et Christiane Rancé, 192 pages, 85 illustrations en couleurs et 28 en N &B, 22 x 27 cm, relié, éd. Albin Michel, Paris, Novembre 2016, 39 €.

ISBN: 978-2263-2152-7.

 

Tous les ballétomanes connaissent Léon Bakst (1866-1924) pour ses splendides costumes et décors dans de nombreux ballets de Diaghilev. En fait, ce n'est qu'une des nombreuses facettes de son immense talent. Savent-ils par exemple que ce décorateur a contribué non seulement à révolutionner l'art du ballet mais qu'il était aussi virtuose dans la peinture et les arts décoratifs que dans la haute couture ? C'est à l'occasion du 150ème anniversaire de sa naissance que l'Opéra national de Paris et la Bibliothèque nationale de France se sont associés pour fêter le talent de cet artiste par une splendide exposition à la bibliothèque du Palais Garnier-musée de l'Opéra* et par un ouvrage de référence servant aussi de catalogue à cette exposition. Cet ouvrage se veut un portrait exhaustif de ce peintre qui a formé Chagall, influencé Bérard ou Marie Laurencin et qui fut l'ami de Picasso, Matisse et Modigliani dans le domaine de la peinture, Debussy et Ravel dans celui de la musique, Cocteau, Proust et Nabokov dans celui de la littérature.

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Les 7 anneaux pour La Belle au bois dormant                                              Portrait de Cocteau                                                      Projet de chapeau pour Misia Sert

L'œuvre de Bakst qui a révolutionné toute son époque, inspire encore de nos jours de grands couturiers comme Yves Saint-Laurent - celui-ci s'est en effet référé à Shéhérazade, à Salomé et au Dieu bleu pour sa collection printemps-été 1991 - ou Karl Lagerfeld pour sa collection printemps-été 1994. Selon Jean-Louis Vaudoyer, Bakst a influencé "non seulement le décor de théâtre mais l'ameublement, la toilette, le bibelot, l'article de Paris"... Dans le Figaro du 28 juillet 1916, on pouvait lire: "Il n'est plus un hôtel chic à New York qui n'ait son salon à la Bakst"... C'est tout ce parcours fourmillant d'anecdotes plus truculentes les unes que les autres qui constituera, pour ceux qui n'auront pas eu l'heur de voir l'exposition qui lui est consacrée, un magnifique cadeau pour le fêtes de fin d'année.

J.M.G.

*Bibliothèque-musée de l'Opéra de Paris,

Trappes / St-Quentin-en-Yvelines : une exception artistique ?/ Bernard Delattre / L'Harmattan éd.

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Trappes / St-Quentin-en-Yvelines : une exception artistique ?

Avec sa pléiade de stars : Jamel, Omar Sy, les Black Blanc Beur, Shy'm, Anelka...,             par Bernard Delattre, 244 pages, 47 photos en couleurs et 6 en N. et B., 13,5 x 21 cm, broché, L'Harmattan éd., Paris, septembre 2016, 25 €.

ISBN : 978-2-343-08846-4

Se souvient-on que les fameux B3, alias "Black Blanc Beur", que l'on rencontrait sur tous les plateaux "in" de la capitale et des environs - et notamment à la Villette - à l'aube des années 1990 et qui ont été applaudis sur les scènes des 5 continents, étaient issus de Trappes et de Saint-Quentin-en-Yvelines ? Se souvient-on que ces jeunes dont les prouesses techniques qui nous émerveillaient à l'époque de la naissance du hip-hop étaient pour la plupart des délinquants et de jeunes marginaux de quartiers sensibles remis sur les rails par Jean Djemad et Christine Coudun ? Se souvient-on que ces jeunes danseurs associés aux comédiens du "Déclic Théâtre" ont permis à un grand nombre de leurs compatriotes d'élaborer un vrai projet de vie et de se réaliser par l'expression artistique ? Se souvient-on encore que des situations similaires ont été vécues dans les secteurs difficiles d'Elancourt, Guyancourt, Maurepas ou Montigny-le-Bretonneux où une troupe de hip-hop, "Illicit Dance", émanant d'ailleurs des B3, dénonçant les inégalités, les injustices et la violence, a permis de sauver nombre de ces  jeunes en perdition ? Aujourd'hui, les B3 juniors sont sur la même lancée...

Trente ans après, Bernard Delattre qui a débuté sa carrière de journaliste il y a désormais 40 ans sur le secteur de la ville nouvelle de St Quentin-en-Yvelines a voulu rendre hommage à tous ces héros du quotidien, pas seulement des danseurs d'ailleurs, mais des artistes de tous horizons tels le prince du rap, "La Fouine", les comédiens Omar Sy, Alain Degois dit "Pappy", Jean Dujardin, Laurent Searle ainsi que Sophie Broustal et Sophia Aram, les humoristes Jamel Debbouze et Issa Doumbia, l'écrivain Rachid Benzine, l'acteur et réalisateur Guillaume Canet, la chanteuse Shy'm, sans oublier Anelka, footballeur hors norme car, comme l'écrivait si bien Jean Giraudoux, "le sport est aussi une culture"... Ce sont ainsi 28 portraits qui sont présentés au fil de ces pages, autant de messages d'espoir pour les jeunes en difficulté de ces villes nouvelles d'aujourd'hui.

J.M.G.

Danse contemporaine / Rosita Boisseau / Laurent Philippe / Nouvelles Editions Scala

Danse contemporaine Rosita Boisseau

 

Danse contemporaine,

par  Rosita Boisseau et Laurent Philippe, 144 pages, 134 photos en couleurs, broché, 23 x 30 cm, Nouvelles éditions Scala éd., Paris, octobre 2016, 29 €.

ISBN : 978-2-35988-173-8.

Après un Panorama de la danse contemporaine publié en 2006 aux éditions Textuel, ouvrage qui évoquait par le texte et l'image l'œuvre de 90 chorégraphes, Rosita Boisseau réactualise aujourd'hui ce travail sous une forme un peu différente, retraçant le cheminement de 38 chorégraphes parmi les plus représentatifs de notre époque. Un parcours nécessairement subjectif à travers l'histoire récente de la danse contemporaine et un choix aussi difficile que crucial, vous vous en serez douté, car il existe à l'heure actuelle plus de 500 compagnies chorégraphiques de par le monde... L'accent est mis sur les chorégraphes de la fin des années 2000 tels Jérôme Bel, Christian Rizzo, Boris Charmatz, Olivier Dubois, Cécilia Bengoléa, Alain Platel, Sidi Larbi Cherkaoui, Daniel Linehan, Ambra Senatore, Emmanuel Gat, Maud Le Pladec, Noé Soulier, Rachid Ouramdane, Akram Khan ou Mourad Merzouki, pour n'en citer que quelques uns. Tous remettent en cause la danse conceptuelle pour réinventer une danse nouvelle faisant appel aux expériences et découvertes artistiques récentes, s'ouvrant au multimédia, à la vidéo et au collage des arts. Un splendide ouvrage illustré par de très belles images de l'un des meilleurs photographes de danse à l'heure actuelle, Laurent Philippe.

J.M.G

Les défis universels de l’art chorégraphique africain / Paul Nibasenge N'kodia / L'Harmattan éd.

 

Recto

Les défis universels de l’art chorégraphique africain,

Les pieds dans le plat en chansons avec la danse africaine,

par Paul Nibasenge N'kodia, 240 pages, 15,5 x 24 cm., broché, Collection "Univers de la danse", L'Harmattan éd., Paris, juin 2016, 25,50 €.

ISBN: 978-2-343-09157-0

 

En Afrique, la danse est synonyme de vie et de puissance. Elle fait partie intégrante de la vie quotidienne et en jaillit lors de chaque mouvement des danseurs. Les danses africaines sont intemporelles et chacune d'elles symbolise les particularités, les richesses et les traditions des peuples qui la pratiquent. Ces danses sont un subtil mélange d'une part de gestes chorégraphiés, définis depuis des siècles et, de l'autre, d’improvisations qui évoluent avec le temps. Le but de cet ouvrage n'est pas d'examiner les techniques propres à la danse africaine mais d'évoquer cette danse au travers de son histoire, laquelle s'avère aussi l’histoire et la culture vivante d’un continent. Ce sont ces différents thèmes que l’auteur aborde en utilisant ce style particulier qui le caractérise déjà au travers d'un agencement subtil de divers genres littéraires : fiction,  autobiographie, poésie, essai, humour...

Ce n'est pas seulement au sein de son pays que Paul Nibasenge N'kodia retrace l'histoire de la danse africaine et en vante toutes les richesses qui font sa puissance car il évoque aussi l’image de cet art à travers le monde, en particulier en France où la population africaine est très présente. Ce faisant, il fait référence à la chanson française de manière à la fois amusante et touchante. Après tout, la chanson, la musique et la danse ne sont-elles pas étroitement liées ? Il en apporte une éclatante démonstration au travers de huit chapitres présentés comme des tableaux chorégraphiques dans lesquels il mène lui-même la danse avec une évidente virtuosité. Et comme il l'écrit, non sans une pointe d'humour, "en parcourant ce livre, je suis confiant que vous allez tout savoir sur l’art chorégraphique africain : le traditionnel, le moderne, le puissant, le sensuel, le saccadé, le doux, le pieux, le douloureux, le festif, le scénique, le spectaculaire, l’aphrodisiaque, celui qui soigne, celui de la tribu Yaka, celui du peuple Massaï, celui des Zoulous, celui du Cameroun, celui de la Guinée, celui du Sénégal, celui des deux Congo, tout, tout, tout sur la danse africaine. (...) In fine, vous comprendrez que cette danse réjouit nos cœurs et nous accompagne dans la douleur. Elle accepte, volontiers, l’ouverture vers les autres danses. Mais, surtout, cette danse veut être inventive, novatrice, elle veut favoriser la création artistique et a pour ultime ambition de se présenter comme le fer de lance des politiques culturelles, capables de jouer un rôle majeur dans les économies en croissance de tous les pays africains en voie de développement". Tout un programme !

J.M.G.

Danser / Astrid Eliard / Ed. Mercure de France

Danser

Danser,

par Astrid Eliard, 184 pages, broché, 14 x 20,5 cm, Mercure de France éd, Paris, Janvier 2016, 17,50 €.

ISBN: 978-2-7152-4126-8

On jurerait, à la lecture de ce roman, que Astrid Eliard a suivi le cursus de l'Ecole de Danse de l'Opéra, tant les faits rapportés semblent proches de la réalité. Danser évoque l'histoire de trois adolescents, Chine, Delphine et Stéphane, d'origines et de milieux très différents qui se sont rencontrés à leur entrée dans cette célèbre école: c'est la vie de ces petits rats que nous évoque avec beaucoup réalisme, de tendresse et d'humour cette auteure, journaliste de son état, dans un langage cru mais châtié. Ce n'est pas tant le travail sur le plan artistique de ces adolescents au sein de cet austère établissement qu'elle nous fait revivre mais plutôt les préoccupations et problèmes propres à la jeunesse d'aujourd'hui : relations avec les parents et le monde extérieur, amitiés et inimitiés qui peuvent se tisser dans un internat, attitudes et comportements vis-à-vis de leurs semblables, espoirs et déceptions face aux changements morphologiques du corps, premiers émois amoureux entrainant rivalités et jalousies... Tout cela replacé dans le contexte bien particulier de l'apprentissage de l'art de Terpsichore. Un ouvrage bien senti qui se déguste d'un seul trait.

J.M.G.

Misty Copeland / Une vie en mouvement

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Une vie en mouvement. Une danseuse étoile inattendue,

par Misty Copeland, traduit de l'anglais par Johan-Frédérik Hel-Guedj, 342 pages, broché, 12 x 20 cm, Christian Bourgois éditeur, Paris, Mai 2016, 18 €.

ISBN: 978-2-267-02971-0.

 

Voilà à nouveau une biographie bouleversante, à mettre en parallèle avec celle de Michaela DePrince, parue 3 mois plus tôt (voir Orpheline N° 27 dans ces mêmes colonnes). Toutes deux sont des danseuses parvenues au faîte de leur art après avoir surmonté de nombreuses épreuves, parmi lesquelles celle du racisme, toutes deux ont révélé un charisme étonnant, toutes deux ont fait preuve d'une volonté et d'une persévérance hors du commun. A l'inverse de Michaela qui a été contrainte à s'exiler aux Pays-Bas, Misty, elle, a pu rester dans sa patrie, aux Etats-Unis, et devenir la première afro-américaine a être nommée danseuse-étoile du prestigieux American Ballet Theatre.

L'histoire de Michaela débute en 1982 à Kansas City dans le Missouri où elle grandit avec sept frères et sœurs. Ce n'est qu'à l'âge de 13 ans qu'elle pénètre pour la première fois dans un studio de danse classique et que ses fulgurants progrès, son acharnement et sa passion lui permettent de se faire remarquer par les plus grands maîtres, notamment ceux du San Francisco Ballet. Elle intègre le corps de ballet de l'ABT en 2001, est nommée soliste de cette compagnie en 2007 et première danseuse en juin 2015. Elle y a interprété de nombreux premiers rôles, notamment ceux de Casse-Noisette, de Coppélia, du Lac des cygnes, de Roméo et Juliette et de l'Oiseau de feu.

Dans cette fascinante autobiographie, Misty Copeland laisse parler son cœur avec une grande franchise, beaucoup de chaleur et de foi. Son objectif n'était pas tant de se mettre en avant que celui de partager son rêve devenu réalité malgré les innombrables obstacles qui se sont dressés sur son chemin et qu'elle a dû surmonter. Un ouvrage aussi passionnant que poignant qui montre que le courage et la foi permettent généralement de renverser les barrières et de parvenir à ses fins.


J.M.G.

Mudra, 103 Rue Bara, L'école de Maurice Béjart, 1970-1988 / Dominique Genevois

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Mudra, 103 Rue Bara, L'école de Maurice Béjart, 1970-1988,

par Dominique Genevois, préfaces de Maguy Marin & Barbara Hassel Szternfeld, 446 pages, 23 x11 cm, broché, 85 photos en N & B, Contredanse éd., Bruxelles, mai 2016, 28 €.

EAN: 978-2-930146-39-3

Bien que célèbre dans le monde entier, Mudra, l'Ecole de Maurice Béjart, n'avait encore jamais fait l'objet d'un ouvrage spécifique. Dominique Genevois, ancienne étudiante de Mudra et danseuse au Ballet du XXème siècle a entrepris avec bonheur de combler cette lacune, tâche d'autant plus difficile et méritoire que l'Ecole a été entièrement anéantie par un incendie dans la nuit du 4 mai 1992, détruisant les archives dans leur totalité: il n'existait plus la moindre trace écrite de ce que fut l'équipe pédagogique, plus la moindre liste complète des enseignants, chorégraphes, professeurs invités et, même, des élèves à l'heure où Dominique Genevois entreprit la réalisation de son travail... Cet ouvrage est le fruit de longues et patientes recherches durant plusieurs années, mais aussi de souvenirs personnels et d'interviews auprès d'un grand nombre d'anciens mudristes ou professeurs ayant marqué leur passage, tels Maguy Marin, Micha van Hoecke, Anne Teresa de Keersmaeker, Michèle Anne de Mey. Nicole Mossoux, Bernardo Montet ou Catherine Diverrès pour n'en citer que quelques uns.

 Certes, il s'agit peut-être d'une vision un peu partiale de ce que furent la vie et l'enseignement au sein de cette école mais elle s'appuie très souvent sur des éléments et témoignages irréfutables, lesquels nous donnent un bon aperçu de ce que furent l'ambiance, les difficultés auxquelles furent confrontées les élèves, notamment financières, l'état belge admettant difficilement de financer une école dont les deux tiers des élèves étaient étrangers... Sont évoquées en outre avec beaucoup de tact les difficultés relationnelles de Maurice Béjart avec le successeur de Maurice Huisman au théâtre de la Monnaie, Gérard Mortier, lesquelles ont conduit à la fermeture de l'Ecole en 1987 et à l'expatriation du chorégraphe en Suisse...

C'est bien sûr aussi une œuvre un peu autobiographique, une fabuleuse aventure humaine qui révèle de nombreuses anecdotes sur la vie quotidienne des élèves, leur état d'esprit, les différents enseignements dispensés (danse classique, moderne, flamenco, jazz, yoga, taï-chi, chant, art dramatique, jeu théâtral, composition) mais aussi les aléas engendrés d'une part par la pluri-nationalité des élèves, d'autre part par le manque de moyens financiers qui sont en partie à l'origine de la réduction dela durée des études de 3 à 2 ans, à l'absence d'enseignement de culture générale et médicale, de suivi médical, d'accompagnement psychologique...

Si Mudra au 103 rue Barbara à Bruxelles est le cœur de l'ouvrage, l'auteure n'en évoque pas moins dans des chapitres spécifiques les autres réalisations ou projets de Maurice Béjart dans le domaine de l'enseignement d'un art pluridisciplinaire tels que Mudra Dakar et l'espoir d'un Mudra à Paris ainsi que les compléments indispensables à cet enseignement que furent les nombreux spectacles assurés par l'école, sans oublier les ateliers, tels Yantra, groupe de recherches devant se consacrer au théâtre total.

J.M.G.

Orpheline n° 27 - De la Sierra Leone en guerre au ballet d'Amsterdam / Michaela & Elaine DePrince / Presses de la Cité

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Orpheline n° 27 - De la Sierra Leone en guerre au ballet d'Amsterdam,

par Michaela DePrince et Elaine DePrince, traduit de l'anglais par Florence Hertz, 300 pages, 15 photos en couleurs et 1 en N. & B. réunies en un cahier central, broché, 14 x 22,5 cm, Presses de la Cité, Paris éd., mars 2016, 20 €.

ISBN: 978-2-258-13350-1

 

Devenir danseuse-étoile est un rêve que caressent de nombreuses jeunes filles mais un rêve que bien peu parviennent à réaliser tant le chemin pour y parvenir est semé d'embûches difficiles à surmonter. Cet ouvrage autobiographique, aussi fascinant que bouleversant, en cours d'adaptation cinématographique, retrace l'impossible ascension d'une jeune africaine née en en 1995 en Sierra Leone, Mabinty Bangura, devenue ballerine au Ballet National des Pays-Bas après de nombreuses péripéties et d'énormes sacrifices.

A sa naissance, la guerre civile régnait sur le pays. Son père fut tué par les rebelles du Front révolutionnaire alors qu'elle n'avait que trois ans. Sa mère fut emportée par la fièvre de Lassa quelques mois plus tard. Elle fut recueillie par son oncle qui la détestait d'autant qu'elle était affublée d'une dépigmentation de la peau, le vitiligo, et qui la "vendit" à l'orphelinat le plus proche. On lui attribua alors le n° 27. Elle vécut les horreurs de la guerre, fut confrontée, à de nombreuses reprises, à la mort et dût fuir avec les  autres "pikins" vers un camp de réfugiés des Nations-Unies en Guinée pour être adoptée in extremis par une famille américaine à l'âge de 4 ans. C'est là qu'elle vécut ses premières années de bonheur intense, celles qui lui permirent de voir son rêve d'enfant se réaliser: l'apprentissage de la danse. A 8 ans, elle monte la première fois sur scène dans Casse-Noisette. Puis elle est admise au stage d'été du Dance Theater of Harlem sous la direction d'Arthur Mitchell. Tout s'enchaîne alors très vite. Elle est amenée à se présenter dans la catégorie "précompétition" au Youth America Grand Prix, le concours international de danse classique le plus réputé du monde où elle remporte le Hope Award, avant de gagner, l'année suivante, le Youth Grand Prix de ce même concours. C'est à 12 ans, à l'Albany Berkshire Ballet, qu'elle fait ses premières armes à et gagne, à peine âgée de 14 ans, une bourse pour le stage d'été de l'ABT à New York. C'est également à cette époque qu'elle est choisie pour être l'héroïne d'un documentaire sur la danse, Le concours de danse de Bess Kargman, film qui la rendra célèbre dans le monde entier mais qui, rançon de la gloire, la confrontera à des personnes prétendant être ses parents et qui tenteront de l'arracher à sa famille adoptive pour la faire rentrer dans un pays qui lui était devenu totalement étranger... Et, lorsqu'elle chercha à entrer dans une compagnie de danse classique américaine, la quasi-totalité des portes se ferma devant elle du fait de la couleur de sa peau... Sauf une, le Dance Theatre of Harlem où elle dansera durant une saison. Aujourd'hui, âgée de 20 ans, son rêve s'est enfin réalisé et elle fait désormais partie du Het Nationale Ballet, l'une des plus prestigieuses compagnies de danse en Europe. Une biographie pathétique digne des plus beaux contes de fée...

J.M.G.