Analyse de livres

Biennale(s) de danse du Val-de-Marne, 1979-2019 / Irène Filiberti / Laurent Philippe

 

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Hymne aux fleurs qui passent / Lin Lee-Chen

Biennale(s) de danse du Val-de-Marne 1979/2019, par Irène Filiberti et Laurent Philippe, 180 pages, 119 photos en couleurs et 35 en N. & B., 22,9 x 30 cm, broché, Nouvelles éditions Scala éd., Mars 2019, 29 €.

ISBN : 978-2-35988-212-4

 

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              Raft / Rosalind Crisp                                                                    Paradis / José Montalvo                                                          Entre ciel et terre / Georges Momboye

Voilà 40 ans que la Biennale de danse du Val-de-Marne, née sous l’égide de Michel Caserta, de Lorrina Niklas et de Michel Germa, permet chaque année à des centaines de danseurs la possibilité non seulement de s’exprimer et  de se produire mais surtout de trouver un espace de rencontre, de création et de relai. C’est en effet le 30 mars 1979 que le 1er festival de danse du Val-de-Marne voyait le jour à Vitry-sur-Seine, accueillant 13 compagnies de jeunes artistes croisant les questions artistiques et politiques, lequel donna naissance à un ʺmouvement pour la danseʺ qui s’étendit à l'année suivante à d’autres villes du département, promulguant ainsi celui-ci terre d’accueil à un art jusque-là traité comme parent pauvre du spectacle vivant. Entre 1989 et 1995, Michel Caserta s’attaqua à la mise en place, avec l’aide du Val-de-Marne et de l’Etat, d’une politique d’aide à la création, investissant d’autres scènes et d’autres lieux, s’ingéniant à briser les conventions et formats imposés, remettant en jeu les acquis pour questionner l’espace autrement, intégrant les spectateurs dans l’expérimentation. Aujourd’hui, on ne compte pas moins d’une vingtaine de théâtres et d’espaces culturels partenaires, tant dans le Val-de-Marne qu’à l’étranger, parmi lesquels le Centre d’art contemporain de Bruxelles (Les Brigittines) et le Zamek Cultural Center de Pognan (Bulgarie).

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Change or die / B. Seth - R. Montllo-Guberna                                  Comment se ment / Fabrice Ramalingom                                           Meublé sommairement / Dominique Bagouet 

Dans les années 2000-2010, la Biennale s’est alors très vite imposée comme l’une des premières manifestations françaises œuvrant à la création et la diffusion de la danse et de la recherche chorégraphique dans des espaces partenaires. En mars 2013 s’ouvre, toujours à Vitry-sur-Seine, un Centre de développement chorégraphique dans une ancienne briqueterie, centre d’accueil et de production, initié par Michel Caserta et aujourd’hui placé sous la direction de Daniel Favier : cet ʺoutil d’imaginaireʺ comme il le nomme poétiquement, témoin de la mutation de la danse en France qui a quitté son habit de divertissement pour endosser celui de moyen d’expression, a accueilli et accueille toujours en résidence de nombreux chorégraphes, parmi lesquels Brigitte Seth et Roser Montlló-Guberna, Gilles Verrièpe puis Anne Collod, Seydou Boro, Maud Le Pladec, Joanne Leighton, Jordi Galí, Satchie Noro et Christian Ubl. En outre, de nombreux échanges ont lieu avec plusieurs artistes étrangers, tels Alessandro Sciarroni et Jan Martens.

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                          Noumenon mobilus / Alwin Nikolais                                     La reine s'ennuie / Andréa Sitter                                     Swan / L. Petton - M. Iglesias-Breuker

  Cet ouvrage, qui évoque par le texte et l’image l’origine et les enjeux artistiques de la Biennale de danse du Val-de-Marne en retraçant en parallèle son évolution et celle de la danse en France, révèle la place de plus en plus importante prise par l’art chorégraphique dans notre pays, et s’en veut le témoin sous le regard de l’un des rares photographes qui se soit spécialisé dans ce domaine, Laurent Philippe.

J.M.G.

La Goulue, Reine du Moulin Rouge / Maryline Martin / éditions du Rocher, Janvier 2019


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La Goulue, reine du Moulin Rouge, par Maryline Martin, 14 x 21,5 cm, 209 pages, 13 photos en couleurs et 9 en noir et blanc réunies en un cahier central, broché, éditions du Rocher, Monaco, Janvier 2019, 17,90 €.

ISBN : 9-782268-101200.

Il est des femmes qui ont profondément marqué leur époque. Par leur charisme, par leur tempérament, par leur comportement,  par leur art. La Goulue est de celles-là. Née dans la pauvreté, elle connut la gloire, mourut cependant dans la solitude et la pauvreté. Sa vie, trépidante, loin d’être exemplaire, défraya la chronique, marquant la société. Très jeune, elle se fit remarquer par ses déhanchements lubriques, sa vie exubérante, aussi excentrique qu’amorale, et sut retenir l’attention par sa verve et son talent mais, surtout, par ses frasques et son ivresse de liberté. C’est avec un naturel inné que celle que l’on surnomma "la reine du Moulin Rouge" ou, moins poétiquement, la "Vénus de la pègre", parvint à conquérir le cœur quelques grands noms de la société d’alors, cette "Belle époque", qu’il s’agisse de nobles argentiers comme le prince de Galles, le shah de Perse, le baron de Rothschild, le marquis de Biron, mais aussi, de personnages plus modestes devenus célèbres par leur art et leur talent, tels Auguste Renoir* ou Henri de Toulouse Lautrec dont elle fut la maîtresse et qui ne réalisa d’elle pas moins d’une centaine d’œuvres, malheureusement en grande partie aujourd’hui disparues…  

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Impossible en quelques lignes de vous révéler les détails de cette vie professionnelle, aussi tumultueuse que chaotique, "placée sous le signe de la provocation teintée de vulgarité" qui débuta en 1884 à l’Elysée Montmartre, pour se poursuivre à l’ouverture de l’Olympia en 1893 avant de faire les beaux jours du Moulin Rouge, pour se terminer misérablement comme dompteuse de fauves... Cet ouvrage, d’une écriture alerte, fourmillante d’anecdotes plus truculentes les unes que les autres, est là pour le faire. Je ne puis m’empêcher cependant de vous en livrer quelques passages, juste pour vous en donner l’envie de les déguster : ainsi Maurice Delsol dans Paris Cythère brossait d’elle ce truculent portrait sur scène : "Aux accords d’un quadrille échevelé, on sent qu’elle nage dans son élément ; son œil brille, ses narines se dilatent, un sourire de bacchante retrousse ses lèvres qui n’ont jamais eu de frémissements impudiques que pour son « amie » ou pour son « gigolo ». Elle aurait pu suivre quelque Anglais excentrique, affriolé par ses charmes, et se faire couvrir d’or. Elle a préféré conserver sa joyeuse indépendance, en régnant sur son peuple de filles de joie et de chevaliers de la rouflaquette, ses copains d’enfance". Portrait cristallisé par celui de René Wisner, paru dans Volonté le 2 février 1921 : "Elle est une tourmente au milieu de la nuit, un appel du pied et du sexe, une vendeuse de chambards, une pile électrique, une triomphatrice de la danse communiquant à toute une époque la force de la vie qui est en elle, et dont elle se fait une auréole galopante dans l’arène où elle tombe les hommes en leur infligeant à devenir pendant quelques minutes ses sujets et ses esclaves". Ou, encore, Yvette Guilbert dans La chanson de ma vie : D’un petit coup de pied alerte dans le chapeau, elle décoiffe un spectateur et fait le grand écart, le buste droit, la taille mince dans sa blouse de satin bleu et sa jupe de satin noir coupée en forme de parapluie, s’étalant en cinq mètres de largeur".

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Pour cette biographie, Maryline Martin, s’est profondément inspirée du Journal intime de Louise Weber, alia La Goulue, précieusement conservé au Moulin Rouge. Elle a en outre épluché les archives de la Société d’Histoire et d’Archéologie des 9ème et 18ème arrondissements de Paris, les Amis du Vieux Montmartre, celles des bibliothèques historiques de Paris et de Clichy, ainsi que celles du Service de la Mémoire et des Affaires Culturelles de la Préfecture de police de Paris.

J.M.G.

*Dans un article sur Renoir paru dans La France, le 8 décembre 1884, Octave Mirbeau disait de La Goulue qu’elle était, pour le peintre, "l’incarnation vivante de la femme dont il connait le fonds et le tréfonds, et qu’il sait exprimer, plus qu’aucun peintre de son temps, l’âme. Il l’a mise dans tous les milieux et toutes les lumières où sa beauté, tantôt fraîche et souriante, tantôt mélancolique et souffrante, pouvait le mieux s’épanouir".

 

Photographier la danse / Laurent Philippe / Rosita Boisseau / Editions Scala


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Photographier la danse,

par Laurent Philippe et Rosita Boisseau, 158 pages, 125 photos en couleurs et 11 en N et B, broché, 23 x 30 cm, Nouvelles Editions Scala, Lyon, Octobre 2018, 29 €.

ISBN : 978-235988-208-7

Photographier la danse est un art à part entière qui oblige à se remettre sans cesse en question car les tendances et les goûts évoluent sans cesse. Bien peu de photographes s’y livrent pour en faire leur métier car, si la technique est une chose, le résultat, c'est-à-dire l’image qui en résulte, doit posséder des qualités esthétiques qui doivent la rendre plaisante, attrayante pour le plus grand nombre. En un mot, elle doit s’apparenter à une œuvre d’art.

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Cliquer sur les photos pour les agrandir

 

Plus qu’un portfolio d’images soigneusement sélectionnées relatant quelque 30 années consacrées à la photographie de danse et qui s’avère un véritable panorama de l’art de Terpsichore en France, cet ouvrage consacré à l’art de Laurent Philippe, invite à la réflexion sur les relations qui peuvent se nouer entre le chorégraphe et les spectateurs par photographe interposé, l’image matérialisant la fugitive beauté d’un instant éphémère, la tension intérieure et l’énergie de l’interprète, le reflet de la perception et du ressenti propre de son auteur. Et ce voleur d’images qu’est le photographe devient alors, selon Rosita Boisseau, « le vecteur d’un théâtre de l’illusion où l’immobilité se charge d’une vibration électrique. (…) Paradoxe d’une technique qui fige pour mieux emporter celui qui la regarde ».

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Ce livre rassemble 140 photos réalisées au cours des 25 dernières années. Un choix difficile quand on sait que, dans un tel laps de temps, les goûts changent. Il y a bien sûr le choix personnel du photographe mais aussi celui de tous les acteurs de la danse, chorégraphes comme interprètes et, également, de ceux qui gravitent tout autour, en particulier les personnes chargées de la promotion et de la communication. Laissons Rosita Boisseau conclure : « Icône éternelle, la photo de danse ? Parfaitement. Elle saisit, cerne, détache du contexte et, dans la foulée, met sur un piédestal, sanctifie, idéalise… Elle met le mouvement et l’interprète hors de portée. Un rêve prend corps et la danse accède à l’éternité ».

J-M. G.

Chaillot, palais de la danse / Collectif / coéd. Chaillot-Somogy

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Chaillot, palais de la danse, Du théâtre populaire à l’esplanade des droits de l’homme 

par Didier Deschamps, Pascal Ory, Frédéric Seitz, Anne Decoret-Ahiha, Isabelle Gournay, Emmanuel Bréon, Emmanuel Decaux, Catherine Faivre-Zellner, Jeanyves Guérin, Rosita Boisseau, Fabrice d’Almeida, Pascal Blanchard, Marie-Christine Vernay, Patrick Sourd, Farid Abdelouahab, Gilles Manceron, Jean-Marie Durand, Hugues Le Tanneur & Agnès Izrine, sous la direction de Pascal Ory et de Pascal Blanchard, 272 pages, 154 photos en couleurs et 146 en N & B, 25 x 28,5 cm, relié, coéd. Chaillot - Somogy, Paris, Octobre 2018, 39 €.

ISBN : 978-2-7572-1387-2

Il existe déjà de nombreux livres sur le Théâtre de Chaillot. Alors, pourquoi ce nouvel ouvrage ? Il est étonnant de constater que tous les écrits existants ne laissent quasiment pas de place à la danse, laquelle pourtant à toujours été présente. Or, l’accent mis sur cet art permet de comprendre pourquoi ce théâtre est devenu aujourd’hui le Théâtre national de la Danse. Sa formidable aventure débute aux lendemains de l’Exposition Universelle de 1878 pour se concrétiser en 1920 avec Firmin Gémier qui crée le Théâtre National populaire, lieu de culture artistique ouvert à tous les publics, cinquième scène nationale. L’une des premières artistes chorégraphiques à s’y produire sera Isadora Duncan et ce, dès 1913 dans un drame dansé de Christoph Willibald Glück, alors que ce monument ne portait que le nom de Palais de Chaillot. Le théâtre ne prendra son véritable essor qu’en 1951 avec l’arrivée de Jean Vilar qui le dirigera pendant 12 ans, lequel aura pour mission de présenter des œuvres en accord avec l’actualité. Ses successeurs, Georges Wilson, Jack Lang, André-Louis Perinetti, Antoine Vitez, Jérôme Savary puis Ariel Goldenberg, malgré de nombreuses embûches, parviennent tant bien que mal à garder le cap, tout en ouvrant le théâtre à de jeunes créateurs. L’arrivée de José Montalvo et de Dominique Hervieu en 2008 réorientera la destinée de Chaillot vers la danse, tout en maintenant une partie de la programmation théâtrale. Quant à son actuel directeur, Didier Deschamps, il lui conférera une activité et une renommée internationales.

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Iconographie tirée de l'ouvrage

 

Cet ouvrage dans lequel sont abordés sous divers angles ses origines, sa construction sur la colline de Chaillot, sa décoration, son histoire et son évolution, son aventure artistique, sa légende et son avenir, a l’originalité de mettre l’accent sur l’art de Terpsichore. Sont successivement évoqués le passage de Lifar avec sa Giselle, de Petrouchka de Fokine avec les Ballets de Monte-Carlo, de Katherine Dunham, de Zizi Jeanmaire mais surtout de Maurice Béjart dès 1950 avec Les Patineurs, chorégraphe qui présentera ses ballets dans ce théâtre durant quarante ans. De nombreux autres chorégraphes s’y affichent également : Preljocaj, Gallotta, Forsythe, Découflé, Montalvo, Blanca Li, Maillot, Malandain, Naharin, Teshigawara, Platel entre autres… Le hip-hop avec Mourad Merzouki s’y installe également.

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Iconographie tirée de l'ouvrage

 

Chaillot, palais de la danse s’avère donc un ouvrage extrêmement documenté, bourré d’anecdotes plus truculentes les unes que les autres, d’une richesse iconographique aussi incomparable qu’insoupçonnée. Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer l’un de ces bons mots relevé au fil des pages, extrait d’un entretien donné par Béjart à François Weyergans et rapporté dans le quotidien Le Monde du 7 octobre 1981. Ce texte explique bien ce à quoi les représentants de l’art chorégraphique ont été confrontés : on sait en effet que le directeur du Ballet du XXème siècle souhaitait fonder une école Mudra à Chaillot. Les pourparlers ont duré quatre ans, temps au bout duquel Béjart renonce. « Je suis dans la situation d’un type qui ferait la cour pendant quatre ans à une dame et, au bout de quatre ans et demi, elle lui dit : Je suis à vous ! Et je réponds : je m’excuse, je ne bande plus, je ne ferai pas cette école, c’est terminé »…


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Voilà donc un merveilleux cadeau de Noël, tant pour les amateurs de théâtre que de danse, une immersion inédite dans ce qui est devenu le palais de la danse.

J.-M. G.

Les danses de la culture hip-hop / Milady Lubrano / L’Harmattan éditions / Avril 2018

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Les danses de la culture hip-hop,

par Milady Lubrano, 290 pages, 19 illustrations en N. & B., Broché, 13,5 x 21, 4 cm, Coll. L’univers de la danse, L’Harmattan éd., Paris, Avril 2018, 29 €

ISBN : 978-2-343-14438-2.

Contrairement à des idées reçues et bien établies, le hip-hop n’est pas une danse mais une culture contestataire alternative à la violence, qui se sert, dans sa lutte contre l’oppression, des arts à des fins sociales, arts nés dans les rues des ghettos du Bronx aux Etats-Unis. D’où le titre de cet ouvrage qui propose d’expliciter les liens qui existent entre danses et culture hip-hop, qu’il s’agisse du rap (chant), du dessin (graffiti), de la musique (DJing) ou de la danse (B-boying). Dans un premier temps, l’auteure dresse donc un portrait de cette culture, de son origine et de son évolution pour, dans un second temps, évoquer l’éventail, la richesse, les diverses facettes et particularités des danses qui en découlent afin de déterminer les relations qui existent entre les différents arts composant cette culture.

Née dans les années 1970-1980, la culture hip-hop s’avère très vite un moyen - un défi même - de rassembler et de faire cohabiter des individus d’origines différentes, jamaïcaine, africaine, hispanique et américaine, à une époque où l’on sortait de l’esclavage, de la ségrégation et de la peur de l’autre, afin de construire quelque chose ensemble dans la tolérance, la paix et le respect de ses proches. Issue du charleston, la première danse du hip-hop, "le B-boying", fut adoptée dès 1975 par les jeunes qui n’avaient pas l’âge requis pour entrer dans les clubs. Né de l’observation du quotidien et basé sur le rituel du conflit et la compétition, un dialogue riche et varié s’est progressivement établi entre les danseurs, lesquls éprouvaient le besoin d’une confrontation avec le public et les medias pour pouvoir se diversifier et évoluer vers d’autres univers, le "locking" et le "popping".

Aujourd’hui, aussi bien les danses que les autres arts de la culture hip-hop sont devenus universels. Dans cet ouvrage, Milady Lubrano nous en fait découvrir toutes les facettes, les faits marquants de leur histoire, leur richesse, leurs particularités et leurs codes, nous permettant d’entrevoir les liens qui se sont petit à petit tissés entre eux.

J.M.G.

 

Dansez ! Le corps, livre de connaissance / Poumi Lescaut / Editions Accarias - L’Originel / Octobre 2017

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Dansez ! Le corps, livre de connaissance,

par Poumi Lescaut, préface de Patrice van Eersel, 360 pages, 42 photos et illustrations en N. & B., 13,5 x 21 cm, broché, éditions Accarias - L’Originel, Paris, Octobre 2017, 23 €.

ISBN : 978-2-86316-293-4.

Cet ouvrage est l’aboutissement et la synthèse de près de 50 ans de recherches sur le volet particulier de l’art chorégraphique, où la danse intègre la spiritualité et certaines disciplines orientales comme le yoga, lequel se révèle comme un moyen de maintenir le corps et l’esprit en un état de perpétuelle jeunesse. C'est aussi une forme de thérapie et d'outil d'évolution, ainsi qu’un moyen de découvrir les autres d'une autre façon, et de vivre en harmonie avec la nature vue ici comme un maître. Ex-danseuse du ballet du XXème siècle de Maurice Béjart, chorégraphe, peintre, chanteuse et écrivain, Poumi Lescaut a passé une partie de son existence en Inde - sa seconde patrie - auprès des plus grands maîtres du siècle dernier, notamment de Yogi Bhajan qui lui a enseigné les secrets du Kundalini Yoga, technique millénaire qui est, entre autres, à la base de l’enseignement qu’elle distille à ses élèves aujourd’hui. En effet, cette artiste, après avoir exploré diverses formes de danse, mais surtout la danse classique puis le contemporain, c'est produite sur de grandes scènes jusqu'aux lieux les plus originaux,  ou encore dans les temples de l’Inde les plus anciens. A ce jour, elle se consacre encore et toujours à transmettre ses connaissances et à partager son expérience.

Pour elle, danser, chorégraphier, créer, c’est aller à la rencontre de l'être par le corps et l'esprit reliés (sans oublier la dimension cosmique) alors que les perturbations de la vie quotidienne empêchent d'en prendre conscience. C'est aussi et surtout exprimer ce que le corps sait mais que l’intellect ignore. Pour elle, la danse doit permettre au-delà des limites du corps physique, de transmuter les maux qui sont en lui pour l'en libérer, le transformer, en déployer l’énergie, l’intelligence, la liberté, vers l’unité. Elle nous raconte aussi la danse chamanique d’exorcisme. Au fil des pages, elle nous explique avec passion les mécanismes qui font que la danse nous touche ; elle nous livre les moyens de donner du sens au geste ou au mouvement, de la faire vibrer de poésie et de mystère, de la charger d’énergie, permettant au corps de l’habiter, d’en écouter les messages et par là « de retrouver le chemin de l’intuition qui précède la connaissance ». Ce travail dresse un pont entre les pensées orientale et occidentale, « reliant de ce fait la raison et l’intuition, le corps et l’esprit, le visible et l’invisible, la Terre et le Ciel ».

Un travail fourmillant d’images, d’histoires, une pédagogie toute de sensibilité, démontrant que « la danse est un chant de l’être en fusion avec l’infini ».

J.M.G.

Perrine Valli L'E féminin du mot sexe, Riveneuve éd., Paris

 

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Perrine Valli, L’E féminin du mot sexe,

par Perrine Valli , P. Verrièle, M. Bertholet , R. Boisseau, A. Davier, C. Demierre, G. Degeorges, J. Piris, C. Martin  et B. Tappolet, 174 pages, 8 photos en couleurs et 19 en N. & B., 17 x 22,5 cm, broché, Riveneuve éd., Paris, Coll. L’Univers d’un chorégraphe, Novembre 2017, 22 €.

ISBN : 9-782360-134601.

« Je pense comme une fille enlève sa robe. C’est-à-dire que je me dénude. J’enlève la protection pour trouver quelque chose de vrai. Pas la vérité mais une vérité. Ou, encore, ma vérité. Chorégraphier, c’est signer. C’est affirmer la sienne ». Dans cet ouvrage, qui évoque la démarche de cette jeune chorégraphe, essentiellement au travers de quatre œuvres, Je pense comme une fille enlève sa robe (2009), Si, dans cette chambre, un ami attend (2012), Une femme au soleil (2015) et La danse du Tutuguri (2016), Perrine Valli ainsi que les neuf auteurs qui ont participé à ce livre ont tenté chacun à sa manière d’expliciter le non-dit, à révéler la face cachée des choses, à la compléter par le verbe. Car sa démarche et son discours, inspirés par les univers de Bataille, Deleuze, Artaud et ceux de Balthus, Warhol et Hopper… est tourné, au moins pour certaines de ses pièces, vers l’érotisme au féminin, voire la prostitution mais aussi le désir, la séduction, l’amour, la mort. Toutefois, rien n’est réellement dit, tout n’est que sous-jacent. Ces analyses et réflexions sont bien évidemment complétées par une biographie de l’artiste, la liste de ses œuvres, ainsi que par des observations et notes personnelles sur son travail. « Il s’agit d’une lecture sexuée du monde, assumant ce qu’un regard féminin pourra y voir au-delà de l’immémoriale censure de la tradition masculine ».

J.M.G.

Paris danses d’auteurs, Les 20 ans du festival Faits, d’hiver / coéd. Scala-Micadanses

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Paris danses d’auteurs, Les 20 ans du festival Faits, d’hiver,

Collectif (27 auteurs), 160 pages, 92 photos en couleurs et 17 en N & B, broché, 23 x 30 cm, coéditions Nouvelles éditions Scala & Micadanses, Paris, Novembre 2017, 25 €.

ISBN : 978-2-35988-198-1

Les vingt ans d’un festival, en l’occurrence celui du Festival "Faits d’hiver", ça se fête ! Cet ouvrage magnifiquement illustré relate l’histoire de 26 soirées mémorables depuis la création par Christophe Martin de cette manifestation, laquelle a vu le jour en 1999. La quasi-totalité de la jeune danse en France (pas moins de 183 chorégraphes !) s’y est en effet produite, certains d’entre eux y ayant laissé des traces indélébiles, ce qu’évoquent les auteurs et photographes ayant participé à ce travail. Mais pas seulement. Au-delà de ces témoignages, on trouve en effet également dans ce livre des réflexions  sur la danse dans le temps, son évolution et son devenir, ainsi que l’engagement de ce festival à défendre une danse originale issue d’horizons très divers, au sein de laquelle on peut déceler les prémices de la danse de demain.

J.M.G.

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Chorégraphies, l’art d’écrire avec le corps / Chorok Talih / L'Harmattan

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Chorégraphies, l’art d’écrire avec le corps,

Par Chorok Talih, 198 pages, 10,5 X 21,5 cm, broché, éditions de L’Harmattan, collection L’univers de la danse, Paris, janvier 2018, 20 ,50 €.
ISBN : 978-2-343-13673-8.

Chorok Talih, professeur-animatrice de divers ateliers de mouvement corporel à Banyuls-sur-Mer, a découvert ce qu’elle appelle le « Mouvement authentique », c’est-à-dire le mouvement qui permet d’affiner ses perceptions sensorielles,  qui aide le corps à chercher du sens à la vie, à trouver les relations qu’il entretient avec elle, à redonner au corps son identité et sa valeur. Quel liens tisse-t-on avec son corps ? Quelles relations entretient-on avec la vie ? Comment redonner au corps toute sa valeur ? Comment fait-on vivre ce qui nous traverse, ce qui résonne à l’intérieur de nous et qui veut sortir ? Cet ouvrage contient la réponse à toutes ces questions. Vivre son corps. Trouver dans le mouvement quelque chose qui résonne en nous, qui nous anime, qui nous fait danser. Raconter une histoire, parler avec le corps, le dire autrement.

Cet ouvrage pédagogique est en fait un guide pratique pour animer un atelier de mouvement corporel au sein d’un groupe. Il propose une méthode simple d’exploration du corps et donne des outils pédagogiques permettant d’aborder la danse d’une manière plus large pour tenter de découvrir là où le mouvement prend vie. Ce manuel est constitué de trois parties indépendantes permettant d’acquérir une autonomie dans l’apprentissage du mouvement et un équilibre entre le cadre et la liberté. La première étape consiste à lâcher la connaissance, stopper les repères habituels. La seconde est l’acquisition de la connaissance par soi-même de ses propres sensations, et la troisième est la création d’un nouveau chemin de mouvement plus spontané qui conduira vers la liberté.

J.-M. G

Never stop moving / Peter Goss / Editions de l’Attribut / Mars 2018

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Never stop moving (Toujours en mouvement),

par Peter Goss, avec la collaboration de Patrick Germain-Thomas, préface d’Emmanuel Carrère, 128 pages, 14 photos en N et B en un cahier central, 13,5 x 20,5 cm, éditions de l’Attribut, Toulouse, Collection Culture Danse, Mars 2018, 15,50 €.

ISBN : 978-2-916002-56-9.

Voilà l’histoire d’un grand chorégraphe-danseur doublée de celle d’un pédagogue hors pair qui évoque avec beaucoup d’humilité son parcours d’artiste et son besoin de transmettre aux autres le fruit de ses recherches sur le mouvement, lesquelles ont également nourri ses créations. Pour cet artiste en effet, la pédagogie a toujours fait partie intégrante de son quotidien et il a été l’un des créateurs du Cursus en danse contemporaine du département Danse du Conservatoire Supérieur de Musique et Danse de Paris (CNMSD), mis en place par Jacques Garnier au début des années 1990. Son enseignement, issu de la méthode Feldenkrais, de la technique Alexander et du Body Mind Centering, est complété par le Yoga et par des disciplines chinoises, telles que le Qi-gong et le Tai-chi.

Le début de l’ouvrage est consacré à son histoire qui débute à Johannesburg au temps de l’apartheid qu’il vit difficilement. Il reçoit un enseignement dans les milieux blancs issus de l’immigration juive mais parvient tout de même à fréquenter quelques musiciens noirs et danseurs de jazz. Son apprentissage de la danse débute à l’Ecole d’Audrey Turner puis, rapidement, il entre dans sa compagnie. Il la quitte en 1967, à l’âge de 20 ans, pour Londres, afin d’y poursuivre des études de droit au King’s College. Parallèlement à celles-ci, il suit les cours de danse de Molly Molloy. C’est là qu’il fait la rencontre de Richild Springer puis de Lester Wilson et gagne sa vie comme danseur de cabaret. Au début des années 1970, on le retrouve à Paris, donnant des cours de danse jazz au sein de l’Ecole de Paul et Yvonne Goubé, fréquentée par deux élèves qui vont devenir célèbres, Brigitte Lefèvre et Jacques Garnier. Sa carrière de danseur s’arrête au moment où commence celle de chorégraphe et de professeur. C’est sa conception de la danse et son travail au sein de sa compagnie qu’il développe au fil des pages qui suivent. Son parcours croisera de nombreuses figures de la danse du moment, qu’elle soit classique, jazz ou contemporaine, mais aussi de la culture hippie ou du showbiz. Sa première pièce, People, date de 1973. Sa compagnie, au sein de laquelle Dominique Bagouet notamment fera ses débuts de chorégraphe, sera créée dans la foulée. 22 pièces verront le jour entre 1973 et 1982.  Il ouvrira son école en 1981. Celle-ci fermera ses portes en 1994 et déménagera à Micadanses, lieu où ce pédagogue enseigne encore aujourd’hui.

J.M.G.