Analyse de livres

Les grands chorégraphes du XXème siècle / Gérard Mannoni / Buchet - Chastel

Livre mannoni

Les grands chorégraphes du XXè siècle,

par Gérard Mannoni , 398 pages, 51 photos pleine page en N et B, 14 X 20,4 cm, broché sous couverture pelliculée, Buchet ● Chastel éd., Paris, Septembre 2015, 23 €.

ISBN : 978-2-283-02811-7

Après Les grandes Etoiles du XXè siècle paru en janvier 2014 chez le même éditeur, voici un nouvel ouvrage de Gérard Mannoni qui nous livre 52 portraits choisis parmi les plus grands chorégraphes du siècle passé et classés, comme dans le précédent, par ordre chronologique. Un choix d'artistes évidemment très personnel qui aurait pu être très différent s'il avait été confié à un autre auteur... Mais aussi un choix qui reflète parfaitement les différents courants nés au cours de ce dernier siècle qui a vu l'avènement de la danse contemporaine. Une évolution souvent faite de révolutions qui, bien sûr, sont allées de pair avec la progression des idées tant sur le plan social, que culturel ou politique, et ce, parallèlement à l'évolution des accompagnements musicaux. C'est en fait toute l'histoire de la danse au XXème siècle que nous livre l'auteur au travers de cette galerie de fascinants portraits. Un choix qui s'est sans doute avéré plus facile que pour celui des danseurs, d'abord parce que les chorégraphes sont bien moins nombreux que ces derniers, mais surtout parce que les grands créateurs ont été les seuls à s'intégrer tout au long de leur carrière au flux de l'invention chorégraphique, et à savoir s'imposer tout en dynamisant leur art.

Gérard Mannoni était sans doute la personne la mieux placée pour réaliser cet ouvrage du fait de son érudition et de son amour conjoints pour la musique et la danse, deux arts inséparables qui ont su évoluer parallèlement, voire même parfois en symbiose. Et si les textes - comme à l'habitude, fort agréables à lire chez cet auteur - évoquent d'abord la vie artistique et les grandes lignes de l'œuvre des chorégraphes concernés, ils fourmillent aussi d'anecdotes, dévoilant parfois un pan peu connu de leur personnalité. Il serait fastidieux de tous les nommer ici mais que l'on se rassure, aucun de ceux qui ont préludé à l'évolution de la danse d'aujourd'hui n'a été oublié.  

J.M.G.

 

Danse contemporaine, le guide / Philippe Noisette / Laurent Philippe / Flammarion

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Danse contemporaine, le guide, œuvres phares, notions clés, idées neuves, dates repères,

par Philippe Noisette, photographies de Laurent Philippe, 17 x 24 cm, 170 photos en couleurs et 11 en N. & B., broché, collection dirigée par Elisabeth Couturier,  Flammarion éd., Paris, mars 2015, 19,90 €.

 
ISBN; 978-2-0813-3925-5

 

En mars 2010, ces mêmes auteurs publiaient chez le même éditeur un premier ouvrage permettant d'appréhender les bases de la danse contemporaine, intitulé "Danse contemporaine, mode d'emploi". Conçu comme un guide, il évoquait les diverses facettes de cet art, en commençant par sa définition et son intérêt, la manière de l'aborder et les évènements qui ont permis son essor pour terminer par une évocation d'une trentaine de chorégraphes contemporains ayant marqué leur temps. Ce travail, très pédagogique et magnifiquement illustré, remporta vite un très grand succès.

Ce nouvel ouvrage réalisé 5 ans plus tard, de la même veine, reprend en partie le premier. Quelques petits changements cependant, certains chapitres s'étant substitués à d'autres, comme celui abordant le thème de la danse contemporaine et des enfants ou celui évoquant la combinaison de cet art avec le verbe ou bien encore, la musicalité. Quelques adaptations aussi dans le chapitre traitant des dates repères, afin de rester dans l'actualité. Quelques ajouts enfin comme celui évoquant Trisha Brown et l'Opéra, mais quelques substitutions parmi les chorégraphes qui ont marqué leur temps et qui sont passés de 30 à 20, ce que l'on peut regretter ! Si l'on note la disparition de cette liste d'Amagatsu, de Bruno Beltrão, de Trisha Brown, de Marie Chouinard, de Merce Cunningham, de Mats Ek, de Jan Fabre, d'Israel Galván, de Raimund Hoghe, de Gilles Jobin, de Susan Linke, de Russel Maliphant, de Mourad Merzouki, de Mathilde Monnier, de José Montalvo, de Josef Nadj, de Meg Stuart et de Saburo Teshigawara, on notera en revanche l'arrivée dans ces pages de Nacera Belaza, de Cécilia Bengoléa et François Chaignaud, d'Olivier Dubois, d'Emanuel Gat, de Daniel Linehan et d'Hofesh Shechter. Mais ce qui fait aussi - et surtout - l'intérêt de ce nouvel ouvrage, c'est qu'il a été enrichi de nombreuses et fort belles photographies inédites de Laurent Philippe, pour partie substituées aux anciennes, qui actualisent elles aussi ce travail, le rendant d'un abord très agréable, lui conférant un nouveau look et la touche de modernité qui, sans elles, lui aurait manqué.

J.M. G.

Carolyn Carlson, de l'intime à l'universel / Thierry Delcourt / Actes Sud

Couverture livre carlson

Carolyn Carlson, de l'intime à l'universel

par Thierry Delcourt, 400 pages, 11,5 x 21,8 cm, 18 photos en N et B et 6 en couleurs réunies en un cahier, broché, Actes Sud éd., Paris septembre 2015, 25 €.

 

Personne aussi bien qu'un psychanalyste-psychiatre ne pouvait décrire avec autant de justesse et de profondeur l'univers intime de Carolyn Carlson, depuis ses premières années avec son maître Alvin Nikolais jusqu'à son aventure actuelle avec le Théâtre national de Chaillot, qui, on l'espère, ne sera pas la dernière... L'intérêt de ce travail qui résulte d'innombrables entretiens réalisés de 2008 à 2013 avec elle-même mais aussi sa famille, ses amis, ses collaborateurs et ses plus fidèles interprètes est qu'il décrit l'artiste non seulement au travers de son œuvre mais aussi et surtout en profondeur, l'auteur étant parvenu à décoder et analyser sa philosophie et certaines de ses pensées les plus profondes, lesquelles bien sûr, sont à l'origine de son art, nous donnant les clés de son "abstraction" tout en décryptant et analysant son inconscient, nous permettant de mieux entrer dans son univers.

Respectant une chronologie biographique, cet essai qui évoque les dessous des créations carlsoniennes, explore tous les registres de l'artiste, les bases et les fondements de son art ainsi que la poésie qui les sous-tend et qui lui ont permis de devenir ce qu'elle est devenue aujourd'hui.

J.M.G

Grandeur et décadence d'une danseuse de flamenco / Fabienne Boullier Cornaton

Grandeur et décadence d'une danseuse de flamenco,

par Fabienne Boullier Cornaton, 218 pages, 13 x 21 cm, L'Harmattan éd., Coll. une vie, une œuvre, Paris, mai 2015, 20 €.

ISBN: 978-2-343-06296-9


Voilà une histoire bien réelle et fort attachante, celle d'une jeune danseuse classique qui, passionnée par le flamenco, quitte la France pour apprendre et approfondir cet art en Espagne avec quelques uns des grands maîtres du moment. Ses bases classiques lui permettent d'assimiler très rapidement cette discipline au point de surpasser bon nombre de professionnelles madrilènes. Travaillant sans relâche, les portes s'ouvrent toutes grandes devant elle mais ses désirs et ambitions la poussent toujours à rechercher quelque chose d'autre ailleurs. Le milieu, il est vrai, n'est pas toujours très reluisant, même si, de temps à autre, elle y fait des rencontres intéressantes. Un parcours parsemé d'espérances mais aussi de chutes qui la conduisent vers le mysticisme.  La danse n'est en effet pas tout dans la vie. Et, comme Mireille Nègre en son temps, Fabienne tente de se tourner vers Dieu, mais l'atmosphère des trappes espagnoles la dégrise. Désenchantée et désenvoûtée, elle rentre en France sans toutefois abandonner totalement l'art de Terpsichore.

Un ouvrage captivant, fort bien écrit, qui donne à réfléchir non seulement sur l'art du flamenco et l'engagement nécessaire pour parvenir à se produire devant un public mais aussi sur sa relation avec le mysticisme et le sacré qui conduisent peu à peu l'auteure sur de nouveaux chemins.

J.M.G.

Dominique Kamga Sofo / Festivals de danse traditionnelle africaine et développement

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Festivals de danse traditionnelle africaine

et développement,

par Dominique Kamga Sofo, 128 pages, 7 photos en N & B., broché, 13,5 x 21,5 cm, L'Harmattan éd., Paris, mars 2015, 14 €.

ISBN: 978-2-343-03843-8

EAN: 9782343038438

 

En Afrique, la danse fait partie des coutumes culturelles ancestrales de la vie quotidienne, lesquelles occupent toujours une place de choix aujourd'hui dans de nombreux pays. En effet, cet art contribue non seulement au développement physique, intellectuel et spirituel de l'être qui le pratique mais aussi et surtout au développement culturel, politique et économique des pays qui le mettent en œuvre à grande échelle, en particulier au niveau national sous la forme de festivals. L'ouvrage de Kamga Sofo est un plaidoyer vibrant pour la survie et le développement des pratiques culturelles ancestrales relatives à l'art de la danse, notamment camerounaise, ainsi que la protection du patrimoine - masques, tenues d'apparat, instruments de musique, langues locales - qui les sous-tend.

De nos jours, dans de très nombreuses régions d'Afrique, chaque chefferie, chaque lamidat organise son festival annuellement ou tous les deux ans avec l'aide des élites intellectuelles locales, en balayant tous les préjugés d'infériorité culturelle inculqués par la colonisation. Après avoir donné un aperçu historique de ces festivals de danse traditionnelle, l'auteur aborde dans une première partie leur dynamique actuelle, leurs enjeux, leurs vertus, leurs défis et, dans une seconde partie, des cas pratiques, exemples pris essentiellement au Cameroun. Ainsi évoque t'il le festival de "tso", une des danses des sociétés secrètes de la chefferie Bandjoun, le festival de "ké" et celui de Ngondo, ouverts, au moins partiellement, au public. Ces festivals sont, pour l'auteur, "le miroir qui renvoie à la face du monde le reflet de l'image historique de l'Afrique culturelle".

J.M.G.

Les Ballets suédois / M. Auclair, F. Claustrat, I. Piovesan, B. Courrège, P. Vidal / éd. Gourcuff Gradenigo

Ballets suédois

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Les Ballets suédois, une compagnie d'avant-garde (1920-1925),

par Mathias Auclair, Frank Claustrat, Borris Courrège, Inès Piovesan & Pierre Vidal, 156 pages, 26 illustrations en couleurs et 79 en N. & B., 24 x 21,5 cm, broché, couverture avec rabat, coédition Opéra de Paris, AROP, BNF & Gourcuff Gradenigo, juin 2014, 29 €.

ISBN: 978-2-35340-186-4

 

C'est à l'occasion de l'exposition sur Les Ballets suédois, une compagnie d'avant-garde qui s'est tenue à la bibliothèque-musée de l'Opéra de Paris de juin à septembre 2014 que ce magnifique livre - ouvrage de référence s'il en est un sur le sujet - a été réalisé sous la houlette de cinq historiens et conservateurs-bibliothécaires des musées nationaux, levant un pan de l'histoire de la danse assez peu connu puisqu'il ne s'est déroulé que sur cinq ans, de 1920 à 1925. Les Ballets Suédois de Rolf de Maré ont pourtant rivalisé d'audace et de modernisme avec les Ballets Russes de Diaghilev, exploitant avec un égal bonheur les relations entre danse, théâtre, musique, peinture et cinéma et ce, avec une activité non moins grande, comme le prouvent les 26 œuvres - parmi lesquelles Relâche et La création du monde - créées durant cette période par le seul et unique chorégraphe de la compagnie, Jean Börlin.

C'est en effet toute l'histoire de cette fabuleuse troupe qui nous est rapportée très fidèlement à partir des prestigieux documents qui nous ont été légués par leur directeur, Rolf de Maré. En 1931 en effet, celui-ci fonde "Les Archives internationales de la Danse" qui rassemblent entre autres dans un musée les pièces relatives à la danse et au folklore collectées par ce mécène à travers le monde et, en particulier, toutes celles qui avaient trait aux Ballets Suédois. La seconde guerre mondiale mettant un coup d'arrêt à cette institution, Rolf de Maré décide de partager entre la France et la Suède ses collections : c'est ainsi que la moitié de celles-ci se retrouve dans un fonds dédié à la Bibliothèque-musée de l'Opéra Garnier et l'autre, en Suède, à Stockholm.

Si ce livre remarquablement illustré révèle une partie des trésors qui nous ont été légués, son intérêt réside essentiellement dans l'évocation exhaustive des représentations et l'analyse des ballets de Börlin créés durant ces cinq années pour la plupart au Théâtre des Champs-Elysées, évoquant le travail d'artistes prestigieux tels Bonnard, De Chirico, Foujita, Hélié, Léger, Picabia, Steinlen pour les peintres, Auric, Albeniz, Alfvén, Debussy, Fauré, Glazounov, Honegger, Milhaud, Poulenc, Ravel, Satie, Tailleferre pour les compositeurs, et Claudel, Cocteau et Pirandello pour les librettistes.

J.M.G.

Corps, espace, image / Miranda Tufnell & Chris Crickmay / Editions Cpntredanse

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Corps, espace, image,

par Miranda Tufnell  & Chris Crickmay, traduit de l'anglais par Elise Argaud, 224 pages, 110 illustrations en N. et B., 16,5 x 23 cm, broché, éditions Contredanse, Bruxelles, Novembre 2014, 28 €.

EAN: 9782930146379

Le titre ne le laisse pas entendre, ce livre parle d'improvisation, à savoir d'exploration, d'observation et d'écoute du corps, "du moyen de faire resurgir des couches d'expérience, de sensation, de personnalité et d'émotion que nous traversons trop vite ou refoulons en temps normal, du moyen d'explorer toujours plus en profondeur l'instant toujours plus vaste et changeant". Lorsqu'on improvise, nous dit encore l'auteur, "chaque étape implique un mode de pensée particulier. Un dialogue est nécessaire entre ordre et désordre, entre libérer l'esprit de ses entraves et se faire un avis objectif".

Ce manuel jette donc les bases de l'improvisation et son but est de nous accompagner dans sa pratique, "de stimuler plutôt que de délivrer un savoir, proposant au lecteur autant de points de départ pour son propre voyage".

Les idées et notions présentées dans cet ouvrage font allusion aux enseignements qui nous ont été laissés par la Loïe Fuller et Isadora Duncan mais aussi le Bauhaus, le théâtre d'Antonin Artaud, Merce Cunningham, Anna Halprin, Allan Kaprow et le Tadeusz Kantor. Durant cette première moitié du XXème siècle en effet, tous les courants artistiques quels qu'ils soient, et la danse en particulier, ont effectué de nombreux emprunts à la vie quotidienne, et s'en sont nourris. Ce travail en 4 parties commence donc par une étude précise de l'anatomie et des différentes fonctions du corps, agrémentées de quelques exercices permettant d'en prendre conscience, avant d'aborder l'improvisation proprement dite, à savoir l'exploration du corps et de ce qui l'entoure, ce par le mouvement ; une troisième partie intitulée Paysages définit un cadre englobant à la fois les lieux, le corps, les matériaux, la lumière et les sons. La dernière partie se tourne bien évidemment vers la représentation publique. Un ouvrage de lecture aisée dont les illustrations sont particulièrement bien adaptées au propos et qui devrait être le livre de chevet de tout adepte, novice ou confirmé, de l'improvisation.

J.M.G.

Danse contemporaine et opéra / Christian Gattinoni / Editions Scala

Danse contemporaine et opéra

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Danse contemporaine et opéra,

par Christian Gattinoni, 128 pages, 72 photos en couleurs et 6 en N. et B., 16,5 x 20,5 cm, broché, Collection Sentiers d’art, Nouvelle éditions Scala, Paris, novembre 2014, 15,50 €.

ISBN : 978-2-35988-131-8

Les premières danses émergeant au sein d'opéras datent de Louis XIII et de Louis XIV, ce dernier étant d'ailleurs le fondateur de  l'Académie royale de danse en 1661. Mais la première œuvre à associer danse et opéra est l’Orfeo de Monteverdi, qui date de 1607. Du fait des conditions sociales, le ballet de cour deviendra très vite un spectacle complet dès le début du 18ème siècle. Les ruses de l’amour de Noverre, œuvre lyrique et chorégraphique pour la Guimard, verra le jour en 1777. C’est d'ailleurs grâce à Noverre que la danse perdra sa fonction d’agrément pour évoluer vers un art indépendant. Ainsi l’opéra deviendra t’il « drame, musique et danse ». "L’une des caractéristiques du « grand opéra » tel qu’il se développe à Paris autour de 1830, écrit l’auteur, est de situer un ballet conséquent au début du 3ème acte". Ainsi en sera-t-il pour de nombreuses œuvres telles Don Giovanni, La Traviata, Le bal masqué, Eugène Onéguine, Le prince Igor et bien d’autres encore. Petit à petit, la danse prendra le pas sur l’Opéra comme par exemple dans Le château de Barbe bleue d’Anna Teresa de Keesrsmaker ou dans Porgy and Bess de Gerschwin qui voit la fusion de la comédie musicale, du jazz et de l’opéra. Le chorégraphe baroque quant à lui va plus loin car il fera le lien entre la période baroque et la nôtre. Ainsi en est-il notamment de François Raffinot, de Béatrice Massin et de Francine Lancelot.

Le premier à faire danser un opéra dans son intégralité est Maurice Béjart. La flûte enchantée est en outre sortie des salles d'opéra pour être implantée au Palais des sports, dans le but de la rendre accessible à un plus large public. Et, pour laisser le corps le plus libre possible, Béjart remplace les tutus par des collants ou des jeans. Costumes qui rendent l'œuvre plus sensuelle tout en lui conférant une touche de modernité. Dès lors, quelques chorégraphes s'intéressent également à la mise en scène, telle Blanca Li pour le Guillaume Tell de Rossini à l'Opéra Bastille. C'est sans doute Jan Fabre qui ira le plus loin dans ce domaine avec son Tannhaüser ou son Parsifal, explorant les possibilités chorégraphiques radicales pour revisiter la danse traditionnelle. Alors que l'opéra tend à disparaître, de nouvelles formes de spectacle vivant voient le jour, comme Foi de Sidi Larbi Cherkaoui ou Die Soldaten de Bernd Aloïs Zimmermann, mêlant à la danse écriture sérielle, chants grégoriens, jazz et sons concrets, mixant passé et futur en faisant appel au cinéma. Du théâtre total en quelque sorte. L'ouvrage se termine sur les apports de Lucinda Childs et d'Andy de Groat aux opéras de Bob Wilson, en particulier Le regard du sourd, un opéra silencieux "où l'on entend de tous ses yeux et on le voit de toutes ses oreilles"...

Voilà donc un ouvrage qui fait le tour de la question, même s'il n'en fait qu'évoquer les grandes lignes, ce à l'aide d'exemples judicieusement choisis. Mais il est largement et fort bien illustré et, de plus, d'une lecture aisée. Il vient à point pour combler un trou dans la littérature relative à ces deux arts.

J.M.G.

 

Le plafond de Chagall à l'0péra Garnier / M. Auclair & P. Provoyeur / Gourcuff-Gradenigo éditeur

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Le  plafond de Chagall à l'Opéra Garnier,

par Mathias Auclair & Pierre Provoyeur, 108 pages , 50 photos en couleurs et 4 en N. et B. de Jean-Pierre Delagarde, ouvrage bilingue en français et anglais, 24 x 21 cm (à l'italienne), broché, coédition Gourcuff Gradenigo - Opéra de Paris - AROP, novembre 2014, 19 €.

ISBN: 978-2-35340-199-4

 

On ne se doute généralement pas des tribulations qui peuvent préluder à la création d'une œuvre d'art aussi grandiose que celle du plafond de Chagall à l'Opéra Garnier, ni des trésors de persuasion qu'il faut déployer pour parvenir à sa réalisation finale. En fait, ni la commande de Malraux à Chagall, ni leur correspondance à ce sujet n'ont été retrouvées. Il semble que tout ait procédé de l'entente tacite, de l'admiration réciproque  et de la confiance que les deux hommes se vouaient. L'intérêt de cet ouvrage réside bien sûr dans la description et l'étude de la composition et des sources d'inspiration de cette œuvre mais aussi dans la polémique qu'elle suscita, tant lors des prémices de sa réalisation - Chagall ayant bien failli y renoncer - qu'au cours de son exécution et lors de son achèvement,...  Malraux n'a t'il pas été en effet accusé publiquement de vandalisme ? Tant qu’à faire, écrivait André Ferrier dans France Observateur du 16 août 1962, pourquoi aussi ne pas « tout peindre en bleu et habiller les nudités-torchères de robes Fontana ou, même, obliger l’orchestre à jouer en mesure ? Tout cela serait amusant peut-être, inattendu en tout cas, moderne, en un mot »… Bref, malgré la violence des critiques, l’œuvre, qui respectait le plafond originel de Lenepveu, sera inaugurée en grande pompe le 23 septembre 1964, remportant l’adhésion totale du public.

Ce « bouquet de rêves en pétales » comme le nommera Mathias Auclair est en fait une ronde picturale composée de cinq « pétales », panneaux associant à une couleur définie deux compositeurs. C’est ainsi que le blanc est apparié à Rameau et à Debussy, le vert à Berlioz et Wagner, le jaune à Tchaikovski et Adam, le bleu à Mozart et Moussorgski, le rouge, à Ravel et Stravinski, tandis que l’anneau central est dévolu à Bizet, Beethoven, Gluck et Verdi. Un magnifique ouvrage qui reproduit avec une parfaite exactitude le travail de Chagall, en particulier cet effet de vitrail qui est la caractéristique de l’œuvre.

J.M.G.

Le manteau d'Arlequin / Jean-Albert Cartier / Editions de l'Amandier

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.Le manteau d'Arlequin,

par Jean-Albert Cartier, 304 pages, 12 photos en couleurs et 16 en N.et B., 15 x 21,5 cm, broché, éditions de l'Amandier, Paris, décembre 2014, 25 €.

ISBN : 978-2-35516-261-9

Voilà un ouvrage qui comblera de joie aussi bien les ballétomanes que les amateurs d'art lyrique, tout particulièrement ceux qui ont vécu la seconde moitié du XXème siècle. Jean-Albert Cartier est en effet l'un de ceux qui ont préludé aux destinées tant de l'art chorégraphique que de l'art lyrique de cette époque, du fait de ses fonctions à la direction des plus grandes scènes de France, L'Opéra de Paris et le Théâtre du Châtelet bien sûr mais aussi l'Opéra d'Angers, le Ballet-théâtre de Nancy et l'Opéra de Nice ;  il dirigea en outre le Ballet Théâtre contemporain et fonda le festival d'Anjou, celui de Paris ainsi que le festival de musique baroque de Versailles. Difficile d'avoir une vie mieux remplie ! C'est toute l'aventure de cette vie que l'on trouvera dans cette autobiographie, ses rencontres avec les plus grands artistes et créateurs du siècle dernier, qu'il s'agisse de chorégraphes et danseurs, de compositeurs, chefs d'orchestre et artistes lyriques, de peintres décorateurs et costumiers. Une vie trépidante qu'il sut mener d'une main ferme mais gantée de velours, ayant souvent à faire à forte partie. Je n'en veux pour témoin que cette truculente anecdote relative à ses démêlés avec Noureev lors des prémisses de sa nomination à l'Opéra : "Si vous à l'Opéra, moi faire tricot", lui avait-il sorti tout de go... Les trésors de diplomatie que Jean-Albert sut déployer eurent vite fait de faire entendre raison à ce turbulent artiste...

L'ouvrage, d'une écriture brillante pleine de verve, d'humour et de poésie mais aussi de simplicité et d'émotion - ce qui ne s'avère pas étonnant quand on apprend que son auteur a également été critique d'art durant une bonne quinzaine d'années au journal Combat - fourmille d'anecdotes aussi savoureuses que passionnantes, tant dans le domaine de l'art chorégraphique, évoqué dans sa première partie, que dans l'art lyrique, objet de la seconde ; mais c'est surtout un grand livre de l'histoire de l'art sous toutes ses formes dans notre pays.

J.M.G.