Analyse de livres

Claude Brumachon Benjamin Lamarche, 25 ans de danse à Nantes au Centre chorégraphique national

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Claude Brumachon Benjamin Lamarche, 25 ans de danse à Nantes au Centre chorégraphique national

Ouvrage collectif, 260 pages, 153 photos en couleurs et 95 photos en N et B, 21 x 25,5 cm, broché, couverture avec rabat, éd. Joca Seria & CCN Nantes, décembre 2015, 25 €.

ISBN : 978-2-84809-259-1

Vingt cinq ans déjà, un bail ! Il fallait bien immortaliser la longue et passionnante aventure  de Claude Brumachon et Benjamin Lamarche à Nantes par un ouvrage qui en répertoriait par le menu toutes les étapes ! Une épopée qui s'avère aussi celle du Centre chorégraphique national de Nantes dont les rênes furent confiées dès sa création le 5 mai 1992 à ces deux grands artistes par Brigitte Lefèvre, alors inspectrice générale de la danse au Ministère de la Culture... Ce magnifique ouvrage, largement illustré par des photos de Jean-Jacques Brumachon, frère de Claude, et de Laurent Philippe en particulier, ne se révèle pas seulement un inventaire exhaustif de œuvres avec synopsis, dates, lieux et interprètes des créations de la compagnie - plus de 70 à ce jour - mais aussi un recueil de souvenirs et témoignages de personnalités diverses, artistiques et politiques, amis de longue date, compagnes ou compagnons ayant préludé à la genèse du Centre chorégraphique, tels Jean-Marc Ayrault, Brigitte Lefèvre, Geneviève Page, Yannick Guin, Pierre Leenhardt, Vincent Braud, Marc Chevrier, Agnès Izrine, Christophe Zurfluh, François Gauducheau ou Jean-Louis Jossic, pour n'en citer que quelques uns. Et puis, il y a aussi l'évocation de cet engagement fabuleux et si particulier de ces deux compères et comparses vis à vis de l'art de Terpsichore, de leur profonde humanité, de leurs convictions, de leur formidable énergie dans tout ce qu'ils ont pu entreprendre et, également, ce merveilleux travail de sensibilisation auprès des jeunes et des moins jeunes de la ville de Nantes, ainsi que cet accueil-studio réservé à plus de 70 compagnies !  Des trésors d'histoire...

Mais voilà, toute chose a une fin. C'est une page qui, désormais, se tourne. Ambra Senatore a été nommée pour reprendre le flambeau. Gageons toutefois que Claude et Benjamin ne s'arrêteront pas en si bon chemin et que nous les retrouverons très bientôt sur de nouveaux sentiers, vers de nouvelles aventures artistiques.

J.M.G.

Danser la peinture / Laurent Paillier / Philippe Verrièle / Nouvelles éditions Scala

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Danser la peinture. Pour une contre-histoire dansée de l'art,

par Laurent Paillier et Philippe Verrièle, 172 pages, 96 photographies grand format en couleurs, 23,5 x 30,5 cm, reliure cartonnée, Nouvelles éditions Scala, Paris, Novembre 2015, 35 €.


ISBN : 978-2-35988-154-7

 

Quand un photographe de danse, Laurent Paillier, s'acoquine avec un journaliste de danse, en l'occurrence Philippe Verrièle, pour évoquer la peinture qui, selon ce dernier, n'a guère de lien avec la danse, cela donne des effets aussi étonnants que détonnants... "Ce n'est pas parce que la danse génère de belles images qu'arts plastiques et art chorégraphique ont nécessairement partie liée" peut-on lire dans la préface de ce fort bel ouvrage... d'art ! Une thèse qui peut se défendre si l'on considère que la plupart des peintres qui se sont illustrés dans le domaine de l'art de Terpsichore ne se sont bien évidemment pas immiscés dans le travail du chorégraphe, à quelques exceptions près, les formes inventées par le plasticien pouvant cependant trouver un certain écho dans la chorégraphie.

Mais alors, que cherchaient donc nos deux compères au travers de la réalisation de ces fabuleuses images ? Tout simplement à mettre en avant, à partir de la danse, des pratiques venues des arts plastiques, génératrices d'échanges. Et l'exemple le plus fascinant à mes yeux est celui de Kaori Ito et de Velickovic (en couverture de cet ouvrage). Danser l'œuvre d'un artiste, s'y couler, s'y immiscer, tel est donc le défi proposé par les deux auteurs à onze chorégraphes de la jeune génération, Perrine Valli, Arthur Perole, Tatiana Julien, Jesus Sevari, Leila Gaudin, Malika Djardi, Anne Nguyen, Eric Arnl Burtschy, Erika di Crescenzo, Kaori Ito et Mélanie Perrier qui ont investi chacun une œuvre d'un peintre majeur de notre époque, qu'il s'agisse de Kandinsky, de Brancusi, d'Yves Klein, de Fontana, de Velickovic ou de Pollock pour ne citer que les plus connus, pour la rendre sous une nouvelle forme d’art immortalisée par l’image. Chacun des plasticiens est également évoqué par le danseur dans ses relations proches ou lointaines à l’art chorégraphique. Le résultat est fascinant, comme vous pourrez en juger par vous-mêmes !

J.M. G.

La danse à l'écoute des nouvelles technologies / Julie Talland Terradillos / L'Harmattan

Livre

La danse à l'écoute des nouvelles technologies

Des prothèses numériques aux corps synesthètes, par Julie Talland Terradillos, 234 pages, 13,5 x 21,5 cm, broché, L'Harmattan éd., Paris, Juin 2015, 23,50 €.

ISBN : 978-2-343-04826-0

 

Il n'et plus étonnant de nos jours de voir réunis sur une même scène de la danse, de la musique, de la poésie, du mime, de la magie et du théâtre par le biais de nouvelles technologies, pour voir naître, sous une forme hybride, du spectacle vivant sous la forme de vidéo-projections, d'hologrammes…. Or ces nouvelles technologies, que l'on appelle "art numérique", ou "Computer art" outre-manche, existent - parfois à l’état latent - depuis les années soixante... Aujourd'hui, cet art introduit de profonds bouleversements dans les modes de représentation, de production, de communication, de diffusion et de conservation des œuvres d'art, notamment dans le domaine de la danse. Grâce à la captation vidéo et au cinéma, la danse n'est plus un art de l'éphémère : elle peut être "capturée", diffusée, conservée, archivée, donc reproductible par numérisation, et s'inscrire au sein de l'Histoire. Mais, à l'inverse, quels bouleversements cela entraine t'il sur notre perception de cet art ? L'adjonction d'éléments extérieurs à la danse pure ne risque t'elle pas d'ôter une certaine aura ou une certaine émotion ? L'interaction et l'interactivité de tous ces éléments ne modifient-elles pas notre analyse du mouvement et nos mécanismes perceptifs et cognitifs ? Lorsque le spectateur devient lui-même acteur et déclencheur de l'œuvre, ne perd t'il pas justement sa place de spectateur ? Ne se noie t-il pas dans ce flot de jeux de couleurs, d'images extérieures qui virevoltent devant lui, parfois en 3D ?

Telles sont les réflexions et questions auxquelles tente de répondre Julie Talland Terradillos dans les 3 parties de cet ouvrage, la première consacrée à la danse numérisée, capturée en intégralité par l'outil vidéo, la seconde, sur la manière dont l'interactivité et l'interaction modifient l'analyse du mouvement et les mécanismes de sa perception, et la troisième évoquant la résultante de toutes ces interventions extérieures, à savoir la pluridisciplinarité. Une évolution, une mutation que l’auteure a tenté de décrypter et d’analyser pour nous en faire prendre pleinement conscience.

J.M.G.

Les grands chorégraphes du XXème siècle / Gérard Mannoni / Buchet - Chastel

Livre mannoni

Les grands chorégraphes du XXè siècle,

par Gérard Mannoni , 398 pages, 51 photos pleine page en N et B, 14 X 20,4 cm, broché sous couverture pelliculée, Buchet ● Chastel éd., Paris, Septembre 2015, 23 €.

ISBN : 978-2-283-02811-7

Après Les grandes Etoiles du XXè siècle paru en janvier 2014 chez le même éditeur, voici un nouvel ouvrage de Gérard Mannoni qui nous livre 52 portraits choisis parmi les plus grands chorégraphes du siècle passé et classés, comme dans le précédent, par ordre chronologique. Un choix d'artistes évidemment très personnel qui aurait pu être très différent s'il avait été confié à un autre auteur... Mais aussi un choix qui reflète parfaitement les différents courants nés au cours de ce dernier siècle qui a vu l'avènement de la danse contemporaine. Une évolution souvent faite de révolutions qui, bien sûr, sont allées de pair avec la progression des idées tant sur le plan social, que culturel ou politique, et ce, parallèlement à l'évolution des accompagnements musicaux. C'est en fait toute l'histoire de la danse au XXème siècle que nous livre l'auteur au travers de cette galerie de fascinants portraits. Un choix qui s'est sans doute avéré plus facile que pour celui des danseurs, d'abord parce que les chorégraphes sont bien moins nombreux que ces derniers, mais surtout parce que les grands créateurs ont été les seuls à s'intégrer tout au long de leur carrière au flux de l'invention chorégraphique, et à savoir s'imposer tout en dynamisant leur art.

Gérard Mannoni était sans doute la personne la mieux placée pour réaliser cet ouvrage du fait de son érudition et de son amour conjoints pour la musique et la danse, deux arts inséparables qui ont su évoluer parallèlement, voire même parfois en symbiose. Et si les textes - comme à l'habitude, fort agréables à lire chez cet auteur - évoquent d'abord la vie artistique et les grandes lignes de l'œuvre des chorégraphes concernés, ils fourmillent aussi d'anecdotes, dévoilant parfois un pan peu connu de leur personnalité. Il serait fastidieux de tous les nommer ici mais que l'on se rassure, aucun de ceux qui ont préludé à l'évolution de la danse d'aujourd'hui n'a été oublié.  

J.M.G.

 

Danse contemporaine, le guide / Philippe Noisette / Laurent Philippe / Flammarion

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Danse contemporaine, le guide, œuvres phares, notions clés, idées neuves, dates repères,

par Philippe Noisette, photographies de Laurent Philippe, 17 x 24 cm, 170 photos en couleurs et 11 en N. & B., broché, collection dirigée par Elisabeth Couturier,  Flammarion éd., Paris, mars 2015, 19,90 €.

 
ISBN; 978-2-0813-3925-5

 

En mars 2010, ces mêmes auteurs publiaient chez le même éditeur un premier ouvrage permettant d'appréhender les bases de la danse contemporaine, intitulé "Danse contemporaine, mode d'emploi". Conçu comme un guide, il évoquait les diverses facettes de cet art, en commençant par sa définition et son intérêt, la manière de l'aborder et les évènements qui ont permis son essor pour terminer par une évocation d'une trentaine de chorégraphes contemporains ayant marqué leur temps. Ce travail, très pédagogique et magnifiquement illustré, remporta vite un très grand succès.

Ce nouvel ouvrage réalisé 5 ans plus tard, de la même veine, reprend en partie le premier. Quelques petits changements cependant, certains chapitres s'étant substitués à d'autres, comme celui abordant le thème de la danse contemporaine et des enfants ou celui évoquant la combinaison de cet art avec le verbe ou bien encore, la musicalité. Quelques adaptations aussi dans le chapitre traitant des dates repères, afin de rester dans l'actualité. Quelques ajouts enfin comme celui évoquant Trisha Brown et l'Opéra, mais quelques substitutions parmi les chorégraphes qui ont marqué leur temps et qui sont passés de 30 à 20, ce que l'on peut regretter ! Si l'on note la disparition de cette liste d'Amagatsu, de Bruno Beltrão, de Trisha Brown, de Marie Chouinard, de Merce Cunningham, de Mats Ek, de Jan Fabre, d'Israel Galván, de Raimund Hoghe, de Gilles Jobin, de Susan Linke, de Russel Maliphant, de Mourad Merzouki, de Mathilde Monnier, de José Montalvo, de Josef Nadj, de Meg Stuart et de Saburo Teshigawara, on notera en revanche l'arrivée dans ces pages de Nacera Belaza, de Cécilia Bengoléa et François Chaignaud, d'Olivier Dubois, d'Emanuel Gat, de Daniel Linehan et d'Hofesh Shechter. Mais ce qui fait aussi - et surtout - l'intérêt de ce nouvel ouvrage, c'est qu'il a été enrichi de nombreuses et fort belles photographies inédites de Laurent Philippe, pour partie substituées aux anciennes, qui actualisent elles aussi ce travail, le rendant d'un abord très agréable, lui conférant un nouveau look et la touche de modernité qui, sans elles, lui aurait manqué.

J.M. G.

Carolyn Carlson, de l'intime à l'universel / Thierry Delcourt / Actes Sud

Couverture livre carlson

Carolyn Carlson, de l'intime à l'universel

par Thierry Delcourt, 400 pages, 11,5 x 21,8 cm, 18 photos en N et B et 6 en couleurs réunies en un cahier, broché, Actes Sud éd., Paris septembre 2015, 25 €.

 

Personne aussi bien qu'un psychanalyste-psychiatre ne pouvait décrire avec autant de justesse et de profondeur l'univers intime de Carolyn Carlson, depuis ses premières années avec son maître Alvin Nikolais jusqu'à son aventure actuelle avec le Théâtre national de Chaillot, qui, on l'espère, ne sera pas la dernière... L'intérêt de ce travail qui résulte d'innombrables entretiens réalisés de 2008 à 2013 avec elle-même mais aussi sa famille, ses amis, ses collaborateurs et ses plus fidèles interprètes est qu'il décrit l'artiste non seulement au travers de son œuvre mais aussi et surtout en profondeur, l'auteur étant parvenu à décoder et analyser sa philosophie et certaines de ses pensées les plus profondes, lesquelles bien sûr, sont à l'origine de son art, nous donnant les clés de son "abstraction" tout en décryptant et analysant son inconscient, nous permettant de mieux entrer dans son univers.

Respectant une chronologie biographique, cet essai qui évoque les dessous des créations carlsoniennes, explore tous les registres de l'artiste, les bases et les fondements de son art ainsi que la poésie qui les sous-tend et qui lui ont permis de devenir ce qu'elle est devenue aujourd'hui.

J.M.G

Grandeur et décadence d'une danseuse de flamenco / Fabienne Boullier Cornaton

Grandeur et décadence d'une danseuse de flamenco,

par Fabienne Boullier Cornaton, 218 pages, 13 x 21 cm, L'Harmattan éd., Coll. une vie, une œuvre, Paris, mai 2015, 20 €.

ISBN: 978-2-343-06296-9


Voilà une histoire bien réelle et fort attachante, celle d'une jeune danseuse classique qui, passionnée par le flamenco, quitte la France pour apprendre et approfondir cet art en Espagne avec quelques uns des grands maîtres du moment. Ses bases classiques lui permettent d'assimiler très rapidement cette discipline au point de surpasser bon nombre de professionnelles madrilènes. Travaillant sans relâche, les portes s'ouvrent toutes grandes devant elle mais ses désirs et ambitions la poussent toujours à rechercher quelque chose d'autre ailleurs. Le milieu, il est vrai, n'est pas toujours très reluisant, même si, de temps à autre, elle y fait des rencontres intéressantes. Un parcours parsemé d'espérances mais aussi de chutes qui la conduisent vers le mysticisme.  La danse n'est en effet pas tout dans la vie. Et, comme Mireille Nègre en son temps, Fabienne tente de se tourner vers Dieu, mais l'atmosphère des trappes espagnoles la dégrise. Désenchantée et désenvoûtée, elle rentre en France sans toutefois abandonner totalement l'art de Terpsichore.

Un ouvrage captivant, fort bien écrit, qui donne à réfléchir non seulement sur l'art du flamenco et l'engagement nécessaire pour parvenir à se produire devant un public mais aussi sur sa relation avec le mysticisme et le sacré qui conduisent peu à peu l'auteure sur de nouveaux chemins.

J.M.G.

Dominique Kamga Sofo / Festivals de danse traditionnelle africaine et développement

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Festivals de danse traditionnelle africaine

et développement,

par Dominique Kamga Sofo, 128 pages, 7 photos en N & B., broché, 13,5 x 21,5 cm, L'Harmattan éd., Paris, mars 2015, 14 €.

ISBN: 978-2-343-03843-8

EAN: 9782343038438

 

En Afrique, la danse fait partie des coutumes culturelles ancestrales de la vie quotidienne, lesquelles occupent toujours une place de choix aujourd'hui dans de nombreux pays. En effet, cet art contribue non seulement au développement physique, intellectuel et spirituel de l'être qui le pratique mais aussi et surtout au développement culturel, politique et économique des pays qui le mettent en œuvre à grande échelle, en particulier au niveau national sous la forme de festivals. L'ouvrage de Kamga Sofo est un plaidoyer vibrant pour la survie et le développement des pratiques culturelles ancestrales relatives à l'art de la danse, notamment camerounaise, ainsi que la protection du patrimoine - masques, tenues d'apparat, instruments de musique, langues locales - qui les sous-tend.

De nos jours, dans de très nombreuses régions d'Afrique, chaque chefferie, chaque lamidat organise son festival annuellement ou tous les deux ans avec l'aide des élites intellectuelles locales, en balayant tous les préjugés d'infériorité culturelle inculqués par la colonisation. Après avoir donné un aperçu historique de ces festivals de danse traditionnelle, l'auteur aborde dans une première partie leur dynamique actuelle, leurs enjeux, leurs vertus, leurs défis et, dans une seconde partie, des cas pratiques, exemples pris essentiellement au Cameroun. Ainsi évoque t'il le festival de "tso", une des danses des sociétés secrètes de la chefferie Bandjoun, le festival de "ké" et celui de Ngondo, ouverts, au moins partiellement, au public. Ces festivals sont, pour l'auteur, "le miroir qui renvoie à la face du monde le reflet de l'image historique de l'Afrique culturelle".

J.M.G.

Les Ballets suédois / M. Auclair, F. Claustrat, I. Piovesan, B. Courrège, P. Vidal / éd. Gourcuff Gradenigo

Ballets suédois

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Les Ballets suédois, une compagnie d'avant-garde (1920-1925),

par Mathias Auclair, Frank Claustrat, Borris Courrège, Inès Piovesan & Pierre Vidal, 156 pages, 26 illustrations en couleurs et 79 en N. & B., 24 x 21,5 cm, broché, couverture avec rabat, coédition Opéra de Paris, AROP, BNF & Gourcuff Gradenigo, juin 2014, 29 €.

ISBN: 978-2-35340-186-4

 

C'est à l'occasion de l'exposition sur Les Ballets suédois, une compagnie d'avant-garde qui s'est tenue à la bibliothèque-musée de l'Opéra de Paris de juin à septembre 2014 que ce magnifique livre - ouvrage de référence s'il en est un sur le sujet - a été réalisé sous la houlette de cinq historiens et conservateurs-bibliothécaires des musées nationaux, levant un pan de l'histoire de la danse assez peu connu puisqu'il ne s'est déroulé que sur cinq ans, de 1920 à 1925. Les Ballets Suédois de Rolf de Maré ont pourtant rivalisé d'audace et de modernisme avec les Ballets Russes de Diaghilev, exploitant avec un égal bonheur les relations entre danse, théâtre, musique, peinture et cinéma et ce, avec une activité non moins grande, comme le prouvent les 26 œuvres - parmi lesquelles Relâche et La création du monde - créées durant cette période par le seul et unique chorégraphe de la compagnie, Jean Börlin.

C'est en effet toute l'histoire de cette fabuleuse troupe qui nous est rapportée très fidèlement à partir des prestigieux documents qui nous ont été légués par leur directeur, Rolf de Maré. En 1931 en effet, celui-ci fonde "Les Archives internationales de la Danse" qui rassemblent entre autres dans un musée les pièces relatives à la danse et au folklore collectées par ce mécène à travers le monde et, en particulier, toutes celles qui avaient trait aux Ballets Suédois. La seconde guerre mondiale mettant un coup d'arrêt à cette institution, Rolf de Maré décide de partager entre la France et la Suède ses collections : c'est ainsi que la moitié de celles-ci se retrouve dans un fonds dédié à la Bibliothèque-musée de l'Opéra Garnier et l'autre, en Suède, à Stockholm.

Si ce livre remarquablement illustré révèle une partie des trésors qui nous ont été légués, son intérêt réside essentiellement dans l'évocation exhaustive des représentations et l'analyse des ballets de Börlin créés durant ces cinq années pour la plupart au Théâtre des Champs-Elysées, évoquant le travail d'artistes prestigieux tels Bonnard, De Chirico, Foujita, Hélié, Léger, Picabia, Steinlen pour les peintres, Auric, Albeniz, Alfvén, Debussy, Fauré, Glazounov, Honegger, Milhaud, Poulenc, Ravel, Satie, Tailleferre pour les compositeurs, et Claudel, Cocteau et Pirandello pour les librettistes.

J.M.G.

Corps, espace, image / Miranda Tufnell & Chris Crickmay / Editions Cpntredanse

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Corps, espace, image,

par Miranda Tufnell  & Chris Crickmay, traduit de l'anglais par Elise Argaud, 224 pages, 110 illustrations en N. et B., 16,5 x 23 cm, broché, éditions Contredanse, Bruxelles, Novembre 2014, 28 €.

EAN: 9782930146379

Le titre ne le laisse pas entendre, ce livre parle d'improvisation, à savoir d'exploration, d'observation et d'écoute du corps, "du moyen de faire resurgir des couches d'expérience, de sensation, de personnalité et d'émotion que nous traversons trop vite ou refoulons en temps normal, du moyen d'explorer toujours plus en profondeur l'instant toujours plus vaste et changeant". Lorsqu'on improvise, nous dit encore l'auteur, "chaque étape implique un mode de pensée particulier. Un dialogue est nécessaire entre ordre et désordre, entre libérer l'esprit de ses entraves et se faire un avis objectif".

Ce manuel jette donc les bases de l'improvisation et son but est de nous accompagner dans sa pratique, "de stimuler plutôt que de délivrer un savoir, proposant au lecteur autant de points de départ pour son propre voyage".

Les idées et notions présentées dans cet ouvrage font allusion aux enseignements qui nous ont été laissés par la Loïe Fuller et Isadora Duncan mais aussi le Bauhaus, le théâtre d'Antonin Artaud, Merce Cunningham, Anna Halprin, Allan Kaprow et le Tadeusz Kantor. Durant cette première moitié du XXème siècle en effet, tous les courants artistiques quels qu'ils soient, et la danse en particulier, ont effectué de nombreux emprunts à la vie quotidienne, et s'en sont nourris. Ce travail en 4 parties commence donc par une étude précise de l'anatomie et des différentes fonctions du corps, agrémentées de quelques exercices permettant d'en prendre conscience, avant d'aborder l'improvisation proprement dite, à savoir l'exploration du corps et de ce qui l'entoure, ce par le mouvement ; une troisième partie intitulée Paysages définit un cadre englobant à la fois les lieux, le corps, les matériaux, la lumière et les sons. La dernière partie se tourne bien évidemment vers la représentation publique. Un ouvrage de lecture aisée dont les illustrations sont particulièrement bien adaptées au propos et qui devrait être le livre de chevet de tout adepte, novice ou confirmé, de l'improvisation.

J.M.G.