Analyse de livres

Merce Cunningham / Chorégraphier pour la caméra / Editions l'oeil d'or

002

Merce Cunningham, Chorégraphier pour la caméra

Conversation avec Annie Suquet et Jean Pomarès, ouvrage réalisé sous la direction de Myriam Bloedé, 80 pages, 31 photos en couleurs et 38 en N et B, 13 x 21 cm, broché, Couverture souple avec rabats, éd. L'œil d'or, Paris, décembre 2013, 12 €.

ISBN :978-2-913661-60-8

Nul n'ignore les talents de Merce Cunningham comme danseur et chorégraphe. Mais sait-on qu'il s'est intéressé en parallèle toute sa vie durant aux techniques de la vidéo, à la modélisation en 3D et au multimédia, s'apercevant très tôt que la perception de l'espace à travers l'œil de la caméra différait fondamentalement de celle de l'espace scénique par l'oeil humain ? "Avec la caméra, dit-il, vous avez la possibilité de changer tout le corps dans l'espace, tout le corps sans l'espace, autrement dit la forme mais aussi toutes les sections de la forme, et puis les plus petits détails". Ce qui permet au rythme, à la force du mouvement et à sa signification de changer. Ces conceptions ont eu une énorme influence sur ses chorégraphies scéniques ultérieures et ont radicalement modifié sa perception de l'art de la danse.

Cet ouvrage rapporte dans sa totalité une rencontre publique qui eut lieu le 17 novembre 1996 dans la grande salle du Centre Pompidou à Paris, conférence organisée par Bénédicte Pesle dans le cadre de la manifestation Vidéodanse 1996 au cours de laquelle intervenaient Merce Cunningham, Annie Suquet et Jean Pomarès sur un thème choisi par Cunningham lui-même, Chorégraphier pour la caméra.

J.M. G.

La danse traditionnelle juive Ashkénaze / Danielle Bailly / L'Harmattan


001 1

La danse traditionnelle juive Ashkénaze,

par Danielle Bailly, avec la collaboration de Michel Borzykowsky, 242 pages, 20 illustrations en N. et B., broché, 15,5 x 20,5 cm, éditions l'Harmattan, Paris, mars 2014, 23 €.

ISBN : 978-2-343-03135-4

Les danses du Yiddishland, c'est à dire les danses des communautés juives d'Europe orientale, sont très différentes des danses israéliennes, beaucoup mieux connues. C'est à la suite d'un colloque organisé par l'UNESCO sur la culture yiddish que Danielle Bailly entama cette monumentale étude sur cet aspect emblématique de la culture populaire juive quasiment ignoré en France. De très longues recherches l'ont conduite petit à petit à retrouver toutes les pièces d'un puzzle d'un art que certes l'auteure pratiquait sans toutefois en en connaître toujours parfaitement la symbolique et la valeur culturelle. Cet ouvrage résulte de la compilation, de la sélection et de la synthèse d'un très grand nombre d'ouvrages et d'articles traitant de ce sujet.

Ce travail est divisé en deux parties, la première évoquant la conception religieuse hassidique de la danse et l'autre, sa partie séculière. Chacune de ces parties est elle-même subdivisée en fonction de la thématique des extraits de textes recherchés et retrouvés. Ainsi Danielle Bailly a t'elle pu retracer et reconstituer l'histoire de chacune de ces danses - souvent détruite par la Shoah - et la replacer dans l'histoire générale du peuple juif, depuis l'époque biblique et à travers les tribulations de la Diaspora jusqu'à nos jours, ce dans l'intérêt de "réhabiliter", aux yeux des occidentaux tout au moins, l'importance de ces danses dans la culture ashkénaze.

L'ouvrage comporte 7 chapitres, le premier ayant trait à la gestuelle de la danse, le second à l'histoire juive comme contexte de ces danses, le troisième aux généralités sur ces danses, le quatrième sur leurs aspects religieux, le cinquième sur leur spécificité dans le hassidisme, le sixième sur leurs aspects psychosociologiques et le septième sur leurs emprunts aux Cours aristocratiques européenne et au folklore. Une documentation précieuse pour toute personne  s'intéressant non seulement à la danse mais aussi à l'histoire de l'émancipation et l'autonomisation des Juifs par rapport à la religion.

J.M.G. 

Bill T. Jones / Je suis une histoire / Actes Sud

 

001

Je suis une histoire,

abécédaire spirituel, par Bill T. Jones, traduit de l'anglais par Alain Sainte-Marie, 152 pages, 12 x 19 cm, Collection Le souffle de l'esprit, Editions Actes Sud, Le Méjean, 13200 Arles, janvier 2014, 12 €.

ISBN :  978-2-330-02714-8

C'est en quelque sorte son autobiographie que nous livre le célèbre chorégraphe américain Bill T. Jones au travers de cet "abécédaire spirituel", nous révélant avec beaucoup de franchise et sans détours quelques unes des facettes de sa personnalité intime, tant sur le plan artistique que sur celui, plus personnel, de sa vie quotidienne et de sa philosophie. Soixante cinq mots judicieusement choisis et plus ou moins longuement commentés nous éclairent ainsi sur certaines des pensées sous-jacentes à ses ballets, à ce qui les sous-tend. On découvre au fil des pages l'exceptionnelle humanité de cet homme qui a consacré sa vie à la danse, son amour de la liberté, les fondements de son homosexualité, son attachement - déterminant sur son œuvre - à son compagnon et partenaire Arnie Zane qui sera emporté, en 1988, par le sida, sa philosophie sur la religion, la société humaine, l'Amérique et Dieu. Une approche fort intéressante sur un homme de légende qui mériterait toutefois d'être poursuivie et approfondie.

J.M.G.

Serge Diaghilev, l'art, la musique et la danse. Lettres, écrits, entretiens / J.M. Nectoux

Livre

Serge Diaghilev, l'art, la musique et la danse,

Lettres, écrits, entretiens

par J.-M. Nectoux, I.S. Zilberstein & V.A. Samkov, 542 pages, testes russes traduits par F. Burgun et M. Cheptiski, 53 illustrations en couleurs et 19 en noir et blanc, 17 x 24 cm, broché, collection Musicologie S, co-édition Centre National de la danse, Institut National d'Histoire de l'Art et Librairie philosophique J. Vrin, 2013, 45 €.

ISBN: 978-2-914124-46-1

 

Cet ouvrage fort attendu est la version française éditée en 1982 par deux historiens russes spécialisés dans le domaine artistique, Ilia Samoïlovitch Zilberstein et Vladimir Alexeïevitch Samkov, version originelle largement enrichie de lettres et documents inédits rassemblés par le musicologue Jean-Michel Nectoux, auteur de plusieurs ouvrages et catalogues d'exposition sur Nijinsky et Diaghilev. Ce document historique d'une valeur incommensurable, outre le fait de nous replonger dans la vie artistique de l'époque des Ballets russes, nous permet d'apprécier leur avènement, la révolution culturelle qu'ils ont provoqué et, surtout, d'évaluer la foi, l'énergie et la ténacité qu'il a fallu à Diaghilev pour s'imposer tant dans le domaine de la peinture que dans celui de la danse, et mener à bien cette entreprise, contre vents et marées. Il nous fait toucher du doigt et apprécier la personnalité, le tempérament, le talent, les goûts mais surtout le combat et les moult difficultés rencontrées par celui qui se définissait fort justement comme

"1- un charlatan, d'ailleurs plein de brio,

 2 - un grand charmeur,

 3 - un insolent,

 4 - un homme possédant beaucoup de logique et peu de scrupules,

 5 - un être affligé semble t'il d'une absence totale de talent..."

Et ce beaucoup mieux que n'importe quel ouvrage de synthèse relatant sa vie et son œuvre, y compris ses propres mémoires. La lecture de ces textes nous apprend également à connaître la plupart des personnes côtoyées par ce génial imprésario, peintres, musiciens chorégraphes, danseurs... qu'il a pour la plupart sortis de l'ombre, mais aussi et surtout toute l'intelligentsia de l'époque, ce grâce à de nombreux extraits inédits de sa correspondance - directe ou indirecte - judicieusement choisis. Au fil des pages, on se rend compte des dissensions et des problèmes souvent incommensurables qui se sont élevés entre les différents protagonistes, lesquels, avec le temps, ont fini par se résoudre et aboutir à la réalisation de ces chefs d'œuvre qui ont préludé et abouti à l'éclosion des nouvelles formes d'art que nous connaissons aujourd'hui.

Signalons encore que ces textes sont agrémentés et illustrés par une iconographie nombreuse et en partie inédite, collectée parmi les pièces non présentées dans les musées et les grandes collections publiques françaises, anglaises, américaines et russes. Un ouvrage que tout amateur d'art et, en particulier, de danse se doit de posséder. 

J.M.G.

Les grandes étoiles du XXè siècle / Gérard Mannoni / Buchet - Chastel

Livre

Les grandes étoiles du XXè siècle,

Par Gérard Mannoni, 348 pages, 53 photos en N. & B., 14 x 20,5 cm, broché, couverture avec rabat, éditions Buchet - Chastel, Série Les grands interprètes, Paris Janvier 2014, 23 €.

ISBN : 978-2-283-02713-4

Il n'est pas toujours évident de traduire et résumer en quelques pages l'art et la personnalité d'artistes que l'on a côtoyés et plus ou moins bien connus durant sa carrière, tout en restant dans l'objectivité et la neutralité... Pas aisé non plus d'en faire le choix lorsque l'on est  contraint par l'éditeur à se limiter à cinquante... Un choix qui a dû se révéler drastique car, au bout du compte, cet ouvrage comporte 53 portraits dépeints par Gérard Mannoni, critique chorégraphique mais aussi musical, dont les écrits ont alimenté tant la presse que l'édition pendant plus de quarante ans. Mais ce choix se révèle fort judicieux et donne une idée précise de ce que fut l'art de Terpsichore au XXème siècle.

Outre de nombreux souvenirs, anecdotes et jugements, ce livre, d'une concision exemplaire, évoque donc la vie et l'art des étoiles qui ont fait leur chemin depuis l'époque de Diaghilev avec Karsavina et Nijinski, jusqu'à la fin du siècle dernier avec, notamment, les étoiles de l'Opéra de Paris, telles José Martinez, Agnès Letestu, Nicolas Le Riche ou Aurélie Dupont. Mais, ne soyons pas trop chauvin, l'auteur n'en a pas oublié pour autant certains danseurs russes, entre autres Uliana Lopatkina ou Svetlana Zakharova, italiens, tel Roberto Bolle, ou japonais, en l'occurrence Tetsuya Kamakawa, lesquels exercent toujours leur art aujourd'hui.

L'originalité  de cet ouvrage résulte dans le fait que, dans un but de facilité de lecture, chaque étoile dispose de son propre chapitre et que la chronologie adoptée est établie selon la date de naissance de l'artiste concerné. Par ailleurs, certains d'entre eux qui, comme Serge Lifar, ont été également chorégraphes, ne sont abordés que sous leur facette de danseur. Une photographie en noir et blanc, inédite ou peu connue, accompagne la notice biographique qui leur est consacrée. 

J.M.G.

Lucinda Childs / Corinne Rondeau / Edition du Centre National de la danse

Lucinda Childs

Temps / danse

Par Corinne Rondeau, 102 pages, 17 illustrations en couleurs et 10 en N. et B. réunies en un cahier, broché, 16,5 x 21 cm, Editions du Centre National de la Danse, Collection Temps / danse, Pantin, Novembre 2013, 27,50 €.

ISBN : 978-2-914124-49-2

 

Voilà un travail très attendu par les aficionados de la danse contemporaine: en effet, aucun ouvrage, du moins en langue française, n'avait jusqu'à ce jour été consacré à l'art singulier de Lucinda Childs. Ce n'est pas seulement son parcours que nous propose Corinne Rondeau, maître de conférences en esthétique et sciences de l'art à l'Université de Nîmes mais une analyse très approfondie de son oeuvre. C'est en 1962 que débute la carrière de Lucinda Childs au Judson Dance Theater où elle ne produira pas moins de 13 pièces en 3 ans, à un rythme qui se ralentira cependant peu à peu les années suivantes mais qui sera tout de même conséquent puisqu'à l'aube de ce millénaire, elle aura déjà produit une soixantaine de pièces. Celles-ci sont marquées d'une part par la dissociation danse / musique et le travail multidirectionnel dans le temps et l'espace, d'autre part par la qualité répétitive de sa danse. Celle-ci "ne consiste pas à montrer des corps en mouvement mais à découvrir le mouvement avec des corps". Et Corinne Rondeau de poursuivre : "La scène devient le lieu d'une dynamique de forces visuelles. (...) Engager son corps et sa perception jusqu'à son paroxysme, voilà ce que produit cette danse sur la conscience du spectateur", l'invitant à entrer lui-même en scène, à se prendre dans le mouvement en voyageant dans le temps. 

Au fil des chapitres, Corinne Rondeau va décortiquer l'art de la chorégraphe en s'appuyant sur plusieurs de ses pièces, et sur les pensées et écrits de ceux qui l'ont influencée ou qui ont collaboré avec elle: Yvonne Rainer, Sol LeWitt, Marcel Duchamp, Robert Morris, Robert Rauschenberg, Robert Wilson, Robert Dunn, Philip Glass, John Cage et Merce Cunningham pour n'en citer que quelques uns. Sont plus particulièrement analysées des œuvres comme Street dance, Solo for character on 3 diagonals de l'Opéra Einstein on the Beach, Katema, Dance, Songs for before et Kilar, sa dernière pièce. L'ouvrage est enrichi de documents inédits de la chorégraphe elle-même ou des artistes qui l'entouraient à ses débuts, et illustré de forts intéressants diagrammes, notes, partitions, dessins et photos facilitant la compréhension de ses œuvres et sa démarche. Il se termine comme il se doit par une liste chronologique de ses chorégraphies et de leur lieu de création.

J.M.G.

 

 

Le Ballet de l'Opéra / éd. Albin Michel / 2ème trimestre 2013

L'histoire flamboyante du Ballet de l'Opéra

Trois siècles de suprématie depuis Louis XIV

Par Marie-Françoise Christout, Jean-Philippe Grosperrin, Sylvie Jacq-Mioche, Marie Glon, Mathias Auclair, Maria Zhiltsova, Christophe Ghristi, Franziska Windt, Marie-Françoise Bouchon, Benjamin Pintiaux, Mark Darlow, Pierre Vidal, Martine Kahane, Olivia Voisin, Emmanuelle Delattre, Rémy Campos, Pauline Girard, Jérôme Maurel, Vannina Olivesi, Laure Guilbert, Ghislaine Thesmar, Sylvie Blin, Florence Poudru, Aurélien Poidevin, Simon Hatab, Gérard Mannoni, Laurent Guido, Stéphanie Gonçalves, Joël Huthwohl, Ines Piovesan, Elisabeth Platel et Brigitte Lefèvre, 360 pages, 287 photos en couleurs et 111 en noir & blanc, relié sous jaquette, 26 x 28 cm, éd. Albin Michel, avec le partenariat de l'Opéra National de Paris, BNF & France musique, Paris, 2ème semestre 2013, 49,90 € jusqu'au 31/12/13 (prix de lancement), 60 € à partir du 01.01.14.

ISBN : 978-2-226208-23-1

 

Depuis 1976, date à laquelle Ivor Guest avait rédigé la première synthèse historique sur le Ballet de l'Opéra de Paris, rien d'une telle envergure n'avait été publié depuis. Ce magnifique ouvrage, de par son éclectisme, non seulement remplace celui de Guest, aujourd'hui épuisé mais, surtout, le complète et le prolonge car il résulte d'une part du savoir non d'un seul mais de plus de 30 auteurs, chacun spécialiste dans son domaine et, d'autre part, d'une iconographie jusque là jamais égalée. Ce travail n'est pas le fruit du hasard: 2013 en effet célèbre le tricentenaire de l'Ecole de danse de l'Opéra. Si les fondements de l'Ecole française d'opéra et de danse datent de 1672, c'est seulement en 1713 que Louis XIV, mettant un terme aux intrigues et difficultés financières de la décennie précédente, créera un nouveau règlement de ce qui deviendra l'Académie Royale de Danse, laquelle traversera le cours du temps. Et nombre des textes que nous retrouvons dans cet ouvrage sont issus des conférences et tables rondes données à l'occasion du tricentenaire de cette noble institution.

L'ouvrage, qui ne comporte pas moins de 62 chapitres, est découpé en trois parties, le ballet de l'Opéra sous l'ancien régime, la révolution et l'Empire, puis cette même institution à l'époque romantique et, enfin, au XXème siècle. Au fil des pages de la première partie, nous pourrons côtoyer des artistes comme Lully, Quinault, Gardel, Pécour, Noverre, Dauberval, La Guimard, les Vestris, Gardel, Sallé et Camargo pour ne citer que les plus célèbres. Dans la seconde partie, période du romantisme et du ballet blanc, nous croiserons les pas de la Taglioni et de la Grisi, de Zambelli, de Giselle, de la Sylphide et de Coppélia, de Jules Perrot, de Degas, de Théophile Gautier, et ceux des habitués et abonnés du Foyer de la danse... La troisième partie verra l'avènement des Ballets russes puis de Lifar, de Balanchine et Robbins, de Roland Petit et Maurice Béjart, de Carolyn Carlson et Jacques Garnier et, pour finir, de Noureev. Un panorama par conséquent extrêmement complet de la danse à l'Opéra, sans oublier l'Ecole de danse, et qui est agrémenté de splendides et fort nombreuses photos, pour la plupart tirées des archives de la bibliothèque du Palais Garnier. 

Photographier la danse / Laurent Philippe - Rosita Boisseau / Nouvelles éditions Scala

Photographier la danse 

Par Laurent Philippe et Rosita Boisseau, 160 pages, 128 photos en couleurs et 12 en N&B, 23 x 30 cm, broché, Nouvelles Editions Scala, Paris, novembre 2013, 29 €.

ISBN :  978-2-35988-107-3

La photographie de danse est un art, l'art de capter l'essence d'un mouvement mais, surtout, sa force, sa puissance et sa beauté pour, ensuite, les immortaliser. Laurent Philippe est sans nul doute aujourd'hui l'un des photographes de danse des plus brillants de notre époque : cela fait maintenant près de 25 ans qu'il fréquente assidûment toutes les salles de spectacle dans lesquelles on peut admirer l'art de Terpsichore ; il a immortalisé les œuvres des plus grands chorégraphes de ces dernières années, et ses photographies sont publiées non seulement dans nombre de magazines et quotidiens mais elles servent et ont également servi à illustrer plusieurs ouvrages sur la danse. Ce splendide recueil est là pour en témoigner: il n'y a qu'à en feuilleter quelques pages pour se rendre compte de son talent. Mais l'originalité de l'ouvrage réside également dans le fait que ces superbes images sont accompagnées de textes de Rosita Boisseau, critique de danse au Monde et à Télérama et auteur elle-même de nombreux livres sur la danse. Autant dire l'une des spécialistes les mieux placées pour commenter ces photographies.

Cet album comporte six parties intitulées Avant, Instant T, Presque parfaite, Détails, Flous, et Témoigner et/ou interpréter qui permettent en quelque sorte de se rendre compte de l'art du photographe, de son éclectisme et de la manière dont il aborde et conçoit son travail. Chapitres qui sont complétés par un entretien avec Rosita Boisseau, et agrémentés de commentaires de chorégraphes tels que Carolyn Carlson, Jean-Claude Gallotta, Angelin Preljocaj, José Montalvo, Jean-Christophe Maillot, Pierre Rigal ou François Chaignaud. Un magnifique ouvrage qui vient à point pour les fêtes de Noël.

J.M.G.

Passerelles / Mourad Merzouki, chorégraphe nomade


Passerelles   

Mourad Merzouki, chorégraphe nomade,

par Aurélie Noailly, en collaboration avec Mourad Merzouki, préface de Guy Darmet, 168 pages, 176 photos de Michel Cavalca, 24 x 23 cm, relié sous jaquette, éd. Compagnie Käfig / Centre chorégraphique de Créteil et du Val de Marne, septembre 2010, 30 €.

ISBN : 978-2-7466-2508-2

C'est à la fois un portrait d'artiste et un fascinant livre d'images que cet ouvrage qui relate la personnalité hors du commun de ce chorégraphe dont la particularité est de rendre au hip-hop ses lettres de noblesse partout à travers le monde. En effet, l'un des atouts de Mourad Merzouki, actuel directeur du CCN de Créteil, c'est, outre son charisme, d'être infatigable. La compagnie Käfig, fondée en 1996, a déjà fait à plusieurs reprises le tour du monde et affiché ses spectacles dans 45 pays. Certaines de ses chorégraphies, comme Le chêne et le roseau, Terrain vague ou Id ont été présentées devant plus de 150 000 spectateurs. L'ouvrage évoque certaines de ses œuvres comme Agwa et Correria, Recital, Terrain vague ou Boxe boxe, lors d'une représentation chacune dans un pays différent, ce qui agrémente les fabuleuses images du ballet par de non moins belles photos des villes et pays traversés, le Brésil, la Chine et l'Inde en particulier. Une splendide évocation du chorégraphe, de ses danseurs et de leur parcours.

J.M.G. 

La danse classique est-elle en danger ?/ Daniel Picard / Ch. Rolland éd.

image-livre-transferee-le-5112013.jpg


La danse classique est-elle en danger ?


Par Daniel Picard, 74 pages, 6 illustrations en N. et B., 13 x 20 cm, broché, éd. Christian Rolland, Toulouse-Aucamville, Septembre 2013,  9,50 €.
ISBN : 978-2-9538184-6-8

C’est une évidence, la danse classique, bien que toujours et fort heureusement enseignée, est en train de disparaître des scènes françaises. Irrémédiablement. Constat que Damien Picard, passionné par l'art de Terpsichore depuis le début des années soixante, dénonce avec amertume tout en en faisant son apologie et en proposant quelques bien timides solutions pour enrayer son déclin. Si le défaut de financements et les contraintes de rentabilité en sont une des causes, ce ne sont certes pas les seules, la plus importante s’avérant être le manque d’engagement tant des autorités culturelles de tutelle que du public. D’où l’impossibilité pour la majorité des artistes professionnels pratiquant cet art aujourd'hui d’en vivre sans avoir recours à une reconversion au moins partielle.

Réflexion que l’auteur poursuit en analysant la déformation, voire la désagrégation des œuvres du passé, lesquelles ne bénéficiaient bien sûr ni de vidéo à l’époque de leur conception, ni de protection par la SACD ou la SACEM comme aujourd’hui. Aussi, lorsque ces pièces sont remontées, peuvent-elles parfois n’avoir qu’une lointaine ressemblance avec les œuvres originales, si tant est qu’elles ne fassent pas l’objet de plagiat. Et l’auteur de prendre en exemple, pour illustrer ses dires, la version  de Coppélia de Patrice Bart et celle de La Source de Jean-Guillaume Bart, ce tout en évoquant, entre autres, la mémoire de certaines artistes comme Madeleine Lafon, aujourd’hui disparue, et dont l’édifiant texte d’une conférence prononcée à Paris en mai 1955 figure intégralement en annexe à l’ouvrage.

J.M.G.