Analyse de livres

Le fil d'Ulysse, Retour sur Maguy Marin / Sabine Prokhoris / Les Presses du réel

livre-maguy-marin-prokhoris.jpgLe fil d’Ulysse

 Retour sur Maguy Marin

 

Par Sabine Prokhoris, 392 pages, 29 ill. en couleurs et 1 en N et B + 2 CD (Quand le travail prend la parole et Description d’un combat, films de S. Prokhoris, 180 mn), 19 x 23,5 cm, broché, ed. Les presses du réel, Dijon, 3ème trimestre 2012, 35€.

 ISBN : 978-2-84066-489-5

 

« L’intrication de l’intime et du plus communément partagé, sur le mode non de la confidence complaisante, mais du questionnement jamais clos, voilà sans doute le moteur le plus profond de la danse de Maguy Marin. »  Ces quelques lignes de Sabine Prokhoris, psychanalyste à qui l’on doit également Fabriques de la danse qui reçut en 2007 le prix du meilleur livre de danse décerné par le Syndicat de la critique, résument de façon concise mais précise l’art, la ligne de conduite et les motivations de l’une des chorégraphes les plus prisées de l’hexagone. Et de préciser également dans la préface de cet ouvrage les interrogations de Maguy en une seule phrase : « La vie, la vie malgré tout, malgré les forces de destruction qui peuvent ravager des existences, ou menacent de les rendre inhumaines, comment s’y prendre pour en témoigner ? »

Cet ouvrage, écrit à un moment clef de la carrière de la chorégraphe, est un travail personnel très argumenté reflétant la grande culture de son auteur. Il débute par une analyse raisonnée, voire une dissection minutieuse de quelques unes des œuvres les plus récentes de la chorégraphe, entre autres de Turba, pièce créée en 2007 sur des textes de Lucrèce et qui évoque la cruauté de la guerre, de Cortex, réflexion sur les cinq sens, de Description d’un combat, histoire d’un guerrier tué dans la tourmente de la guerre de Troie, de Salves qui rapporte la caducité des choses, à l’image de la vie, ou de Faces qui retrace la destinée de la masse humaine dont les rythmes et tressaillements ne cessent de parcourir d’incessants séismes.

La seconde partie évoque le travail de la chorégraphe avec ses interprètes et son compagnon et complice, Denis Mariotte. Elle décrit le travail de la compagnie et la genèse d’une œuvre au travers de divers notes et entretiens. L’ouvrage se termine par la présentation d’un extrait de la partition de Ha ! Ha ! et par le parcours des interprètes de la compagnie.

J.M.G.

Danser / Pierre-Emmanuel Sorignet / La Découverte éd.

doc241212-0002.jpgDanser

 

Enquête dans les coulisses d’une vocation,

par Pierre-Emmanuel Sorignet, 336 pages, broché, 12,5 x 19 cm, 2ème édition (poche N° 367), La Découverte éd., Paris, Avril 2012, 12 €.

 ISBN : 978-2-7071-7390-4

 

Voilà un ouvrage que tout danseur professionnel se devrait d’avoir entre les mains car il répond à la quasi-totalité des interrogations qui se posent à lui durant sa carrière. La danse est en effet un art un peu à part dans notre société car il se place à l’intersection d’une technique, d’un langage et d’un style de vie. Le geste dansé est l’élément de base d’un langage adopté aujourd’hui par un nombre croissant de jeunes qui souhaitent l’approfondir jusqu’à l’adopter comme mode de vie, du fait, entre autres, des émotions et des plaisirs qu’il procure et du style de vie qui lui est lié, sans se douter que cette « profession » comportera aussi désagréments et difficultés, parfois difficiles à surmonter.

Durant 10 années, Pierre-Emmanuel Sorignet, sociologue et lui-même danseur, s’est immiscé dans le monde de l’art chorégraphique et en a étudié la sociologie non seulement dans le but d’appréhender les motivations profondes de ceux qui pratiquent cet art jusqu’à en faire un métier mais aussi et surtout de les accompagner dans leur quotidien, tout en répondant à deux questions : pourquoi devient-on danseur ? Et qu’est-ce que créer en dansant ? Ce questionnement l’a conduit à réaliser une vaste enquête au cours de laquelle il a abordé de très nombreux sujets ayant trait à la compréhension fine des mécanismes en jeu dans ce monde artistique, tels que l’influence du chorégraphe sur le mode de vie et le corps, la précarité, les stratégies de recherche d’un emploi et la sélection, le travail de création, le maintien sur le marché, les loisirs du danseur, la reconversion à l’issue de sa carrière, et d’autres, plus intimes, tels ceux qui ont trait à la vocation, l’identité, la fragilité, le statut d’interprète, la sexualité, le destin social, la violence des rapports sociaux, le charisme… Bref, tout ce qu’il faut savoir avant de s’engager dans cette carrière, tout ce qui peut arriver au danseur engagé et, surtout, quelques clés pour se sortir des problèmes qui se sont posés !

J.M.G.

La danse libre / Anne-marie Bruyant / Ch. Rolland éd.

doc241212-0001-1.jpgLa danse libre

Sur les traces d'Isadora Duncan et François Malkovsky

Par Anne-Marie Bruyant, 209 pages, 40 photos en N et B, broché, 16 x 24 cm, Christian Rolland éditions, Collection UltraDanse, Toulouse, Novembre 2012, 24€.

ISBN : 978-2-9538184-4-4

Qui n’a un jour éprouvé le besoin d’exprimer sa joie par quelques pas de danse ? Cette danse libre, naturelle et spontanée, dépourvue de toute contrainte, pratiquée depuis la nuit des temps a cependant été révélée au monde et mise en avant par Isadora Duncan au début du siècle dernier. Par la suite François Malkovsky en a dégagé les principes pour les réunir dans une méthode connue et enseignée dans le monde entier.  Car cette danse qui, à l’inverse de la danse académique, ne fait appel qu’aux mouvements naturels du corps humain, s’avère non seulement un véritable langage mais surtout une voie de transformation, de développement personnel et, même, une voie spirituelle. Elle permet entre autres à ses pratiquants d’accroître le bien-être, de gérer le stress. « On voit à la démarche d’un homme s’il a trouvé sa voie : il ne marche plus, il danse » écrivait Nietzsche dans Zarathoustra. La danse libre obéit à des lois qui nous modèlent, qui font partie intégrante de nous. Son action sur notre corps peut être mise en parallèle avec celle du chant qui déclenche des vibrations sonores : chaque note stimule une zone précise de notre corps et influence son fonctionnement. La danse libre permet d’incarner cette harmonie et provoque un état de conscience qui aide à supporter les vicissitudes de la vie quotidienne.

Cette forme de danse, bien que pratiquée par de nombreux danseurs contemporains, est encore trop méconnue du monde de la danse. C’est parce que la danse libre a transformé sa vie que Anne-Marie Bruyant a rédigé ce livre. Au fil des 9 chapitres, elle évoque ses relations à la musique, à la spiritualité, sa connexion à la religion, son apport aux maux de la civilisation pour terminer par quelques éléments pratiques. Un ouvrage qui offre à tous la possibilité d’acquérir une grande liberté et de s’affranchir des problèmes qui nous pourrissent la vie.

 J.M.G.

Swan / Luc Petton / Rosita Boisseau et laurent Philippe

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Swan

 

Création pour cygnes et danseuses de Luc Petton,

par Rosita Boisseau & Laurent Philippe, 160 pages, 135 photos en couleur et 5 en N et B, 25,5 x 31 cm, relié, Nouvelles éditions Scala, Octobre 2012, 36€.


ISBN : 978-2-35988-075-5

 

On s’en souvient peut-être, Luc Petton et Marilen Iglesias-Breuker avaient présenté Swan au Théâtre National de Chaillot en juin dernier (voir l’article intitulé Luc Petton et Marilen Iglesias-Breuker, La danse des cygnes sur ce même site), dernière des créations de la compagnie "Le Guetteur", un ballet étonnant mettant en scène six cygnes blancs, trois cygnes noirs et six danseuses. Des images fabuleuses, un corps à corps étonnant entre l’Homme et l’animal, laissant entrevoir une complicité réellement fabuleuse, ayant nécessité un énorme travail d’apprivoisement.

Cet ouvrage relate les différentes étapes de l'élaboration de l'oeuvre, depuis son projet jusqu'à l'aboutissement du ballet et, surtout, celles de la domestication et de l’imprégnation  des oiseaux. Nés à la Ménagerie du Jardin des plantes à Paris, ces animaux ont été élevés à la ferme-théâtre de Lamouzinière où Luc Petton a installé sa volière et son studio de répétition, au contact des humains qui, de ce fait, sont devenus leurs parents adoptifs. C’est toute la vie de ces oiseaux au contact des danseurs et de leurs soigneurs qui nous est contée par le menu, à la fois par le texte et l’image : manœuvres d’approche, processus d’apprentissage, échanges, travail théâtral des cygnes et des danseurs, en gardant bien évidemment à l’esprit le célèbre ballet romantique de Petipa et Ivanov, Le Lac des cygnes.

Le livre évoque également la précédente pièce de Luc Petton, La confidence des oiseaux, qui mettait en scène non des cygnes mais des corbeaux et qui était en quelque sorte le prélude à Swan. Un très bel ouvrage qui relate non seulement la genèse d’une œuvre chorégraphique hors du commun mais qui se révèle aussi un véritable livre d’art.

JM. G.

Le corps pensant / Mabel Elsworth Todd / Editions Contredanse

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Le corps pensant,

par Mabel Elsworth Todd, traduit de l’anglais par Elise Argaud et Denise Luccioni, 382 pages, 92 illustrations en noir et blanc, 13,5 x 20 cm, broché, éd. Contredanse, Bruxelles, septembre 2012, 28€.

 EAN : 9782930146348

 

Publié pour la première fois en 1937 aux Etats-Unis sous le titre « The thinking body, a study of the balancing forces of dynamic man », (le corps pensant, une étude de l’équilibre des forces de l’être en mouvement), cet ouvrage examine en détail les principes fondamentaux de la dynamique corporelle, afin de permettre de projeter sa pensée dans le corps en vue d’acquérir confort et efficacité dans les mouvements, donc une meilleure qualité de vie. Cette méthode, basée sur l’étude des équilibres corporels et du mouvement, aboutit en effet à une efficacité accrue des mécanismes moteurs, améliorant également la manière de se tenir et permettant l’exécution de n’importe quel geste ou activité avec plus d’aisance et d’efficience. En effet, pour cette kinésiologue, le moyen le plus pertinent de conserver l’énergie nerveuse est d’atteindre l’équilibre corporel en respectant les principes de la mécanique. 

La première partie de cet ouvrage consiste en une analyse minutieuse et exhaustive des fonctions du corps en lien avec leur action. Elle aborde l’interdépendance existant entre les fonctions du corps et leur développement. La seconde partie traite de problèmes pratiques et de l’application des principes présentés. Elle évoque la thérapie par le mouvement et son orientation précise dans tout entraînement physique, quel qu’il soit, insistant sur l’importance d’un contrôle conscient et intelligent des fonctions coordonnées du corps. Le thème de la respiration fait l’objet d’un exposé très complet : il évoque les principes et structures impliqués et apporte des suggestions pour apprendre à mieux utiliser cette fonction respiratoire. A noter, entre autres, un passage particulièrement pertinent sur les questions de douleur, de tension  et de fatigue musculaire, expliquant leur lien avec la fonction respiratoire. Cet ouvrage, qui est plus d’actualité que jamais, a donc pour but d’acquérir la connaissance qui mène à la préservation et à l’utilisation plus efficace de l’énergie humaine.

J.M. G.

Les Casse-noisettes / Alain Germain / Editions Oslo

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 Les Casse-Noisettes

2 - Les mystères de Londres

 par Alain Germain, 152 pages, 15 x 21 cm, broché, Oslo éditions, Paris, Septembre 2012, 12,95€.

 ISBN : 978-2-35754-089-7

 

Décidément, Alain Germain excelle dans l’art d’accommoder des petits rats à la sauce polar dans les grands temples de l’art de Terpsichore… Dans le premier tome de cette série intitulé Trois petits rats à l’Opéra, l’auteur contait avec une verve pleine d’allant les mésaventures de trois graines d’étoile, Victor, Diana et Chloé, sur la piste d’un mystérieux parchemin jusque dans les fins fonds de la réserve de costumes de l’Opéra de Paris.

Dans ce nouvel ouvrage, lui aussi tout spécialement dévolu à la jeune classe, on retrouve nos trois « Casse-Noisettes » mais cette fois au sein de l’Opéra Royal de Londres, encore embarqués bien malgré eux dans une aventure rocambolesque à la recherche d’un collier de diamants qui aurait appartenu à… La Callas ! A nouveau une histoire pleine de mystère et de suspense dont nos trois inséparables seront bien sûr les héros, un polar merveilleusement bien servi par l’écriture et qui tient le lecteur en haleine jusqu’à la dernière page. A déguster par tous ceux, petits et grands, qui rêvent de s’immiscer un jour dans ces grands vaisseaux pleins de mystère que sont les temples de la danse. Gageons que le prochain se déroulera cette fois en Russie, dans les coulisses du Bolchoï…

J.M. G.

Des danses vers la démocratie / Nathalie Yokel / Dominique Rebaud - Camargo

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Des danses vers la démocratie,

Un regard sur deux décennies de la compagnie Camargo – Dominique Rebaud

par Nathalie Yokel, textes introductifs de Dominique Rebaud et Arnaud Sauer, 88 pages, 80 photos en couleurs et 53 en N et B, 17 x 25 cm, édité à compte d’auteur, Fontenay aux roses, Octobre 2012, 8 €.

En vente auprès de  la compagnie Camargo, L’association chorégraphique, 4, rue la Boissière, 92260 Fontenay aux roses.

 

Vingt ans sans relâche au service de l’art de Terpsichore, ça se fête, notamment par l’édition d’un livre-anniversaire : l’occasion de retracer son parcours, d’analyser sa démarche, de faire le point sur toutes les voies qui s’ouvrent encore sous ses pas… C’est ainsi que Dominique Rebaud  a demandé à Nathalie Yokel de jeter un regard sur son parcours vers un art qu’elle s’est efforcé de rendre toujours plus démocratique, s’engageant à faire en sorte qu’il devienne de plus en plus accessible à l’autre, aux autres.

Dominique Rebaud est en effet un personnage un peu à part dans ce milieu un peu particulier où chacun cherche à briller de mille feux, à tirer la couverture à soi ; son charisme, sa générosité, son besoin de faire participer le plus grand nombre l’ont conduit sur une voie différente, et si elle est devenue chorégraphe, si elle a tenté de réunir tous les arts ensemble sur un même plateau, c’est bien pour faire découvrir et partager avec les autres son ressenti envers un art ou, plutôt, un ensemble de disciplines artistiques qui ont enrichi sa carrière et qui ont été le fil conducteur de sa vie durant plus de vingt ans.

Tout commence dans sa Catalogne natale où elle s’entiche pour la Sardane, une danse traditionnelle locale qui va la mener tout droit vers la danse moderne qu’elle aborde à Lyon sous l’égide de Marie Zighera et de Lucien Mars avant d’entamer des études de lettres à Paris en 1976. C’est là qu’elle rencontre tous ceux qui formeront le G.R.T.O.P., cellule de création dirigée par Carolyn Carlson, puis le CNDC dirigé par Alwin Nikolaïs où elle fera d’ailleurs ses premières armes. Tout ira alors très vite : naissance du groupe Lolita où l’on voit apparaître son goût pour le métissage de l’art de la danse avec les autres arts et où elle manifeste son rejet de l’abstraction au profit du besoin de raconter des histoires… 1993 verra la naissance de la compagnie Camargo avec une de ses pièces les plus célèbres, La gardienne d’oies, qui marque son retour à la littérature et, surtout, la création d’une danse tournée vers les jeunes. Son voyage à Séoul en Corée lui ouvrira de nouvelles portes qui la conduiront peu à peu vers le hip-hop, Suresnes cités danse et, même, l’Opéra de Paris !

Son souhait « d’emmener la culture là où elle n’est pas » la conduira à créer en 2005 « l’Association chorégraphique », une structure d’accueil et, aussi, un laboratoire permettant à des artistes de tout poil de se rencontrer et de dialoguer pour mettre en commun, dans un même élan, diverses pratiques, devant aboutir à l’émergence de nouvelles formes artistiques, comme ces « danses partagées » dont les auteurs assument les singularités mais dont les spectateurs sont parfois aussi les acteurs. Et de laisser la conclusion à Séverine Adamy, l’une des danseuses de la compagnie : « La danse se vit intimement puis se partage, s’offre, s’échange au gré des magnifiques rencontres humaines et artistiques des Parcours ».

J.M.G.

Christian Lacroix, La Source, Ballet de l’Opéra de Paris / Editions Actes Sud - CNCS

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Christian Lacroix, La Source, Ballet de l’Opéra de Paris

 

Par Thierry Le Roy, Brigitte Lefèvre, Jean-Guillaume Bart, Martine Kahane, Clément Hervieu-Léger, Eric Ruf, Christian Lacroix et Delphine Pinasa, 192 pages, 120 illustrations en couleur et 8 et N et B, 22,2 x 28 cm, relié, . coédition Actes Sud - C.N.C.S, Juin 2012, 35€.

ISBN : 978-2-330-00994-6

Ouvrage publié à l’occasion de l’exposition « Christian Lacroix, La Source, Ballet de l’Opéra de Paris », présentée au Centre national du costume de scène et de la scénographie (CNCS) à Moulins, du 16 juin au 31 décembre 2012.

 

Comme le dit fort justement Thierry Le Roy, président du CNCS, dans sa préface, ce centre est décidément un « établissement original, inclassable, porté à étonner son public en le conduisant sur les multiples chemins de la création théâtrale ». Ce musée consacré aux costumes et décors de scène (voir l’ouvrage « L’envers du décor » qui vient d’être publié aux éditions Gourcuff-Gradenigo) organise régulièrement des expositions sur les arts du spectacle, tout spécialement ceux du théâtre et de la danse. Chacune des expositions qui y sont présentées donne lieu non pas à un simple catalogue mais à un véritable ouvrage qui, bien sûr, relate en détail tous les objets exposés ainsi que leur histoire mais il les replace aussi dans leurs contextes passé et présent, ce qui est le cas pour La Source, ballet du XIXè siècle « revisité » en octobre 2011 par Jean-Guillaume Bart à l’Opéra de Paris. L’originalité de cet ouvrage tient au fait qu’il montre « le ballet en train de se faire, dans toutes ses dimensions ». Chacun des protagonistes de l’œuvre évoque à sa manière le cheminement de cette re-création : Brigitte Lefèvre pour le montage du projet, Marine Kahane pour la truculente histoire du ballet à travers les siècles, Jean-Guillaume Bart pour sa chorégraphie, les sources d’inspiration et les recherches afférentes à celle-ci, Clément Hervieu-Léger pour sa dramaturgie et la transposition du livret originel de 1866, Eric Ruf pour les décors et la scénographie, Christian Lacroix pour l’élaboration des costumes pour chacun des interprètes et Delphine Pinasa pour leur réalisation (ainsi que celle des accessoires) dans les ateliers de couture du Palais Garnier. Tous, autant les uns que les autres, nous racontent de truculentes histoires qui rendent la lecture de ce livre passionnant. Un de ses autres attraits est sa splendide et remarquable illustration, révélant d'une part des images du passé que les ballétomanes n'ont encore jamais eu l'occasion de voir à ce jour parce que jamais sorties des cartons de la bibliothèque, d'autre part le travail fabuleux des "petites mains" des ateliers de couture, dont on n'aurait jamais soupçonné la minutie. Ce fabuleux ouvrage se termine bien évidemment par un rappel de l’argument de ce ballet remis au goût du jour.

J.M. G.

L'envers du décor à la Comédie-Française et à l'Opéra de Paris au XIXè siècle

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L’envers du décor

à la Comédie Française et à l’Opéra de Paris au XIXè siècle

Ouvrage sous la direction Catherine Join-Diéterle, avec la collaboration de  Mathias Auclair, Alain Batifoulier, Cécile Coutin, Pauline Girard, Noëlle Guibert, Simon de Tovar, Jacqueline Razgonnikoff, Agathe Sanjuan et Olivia Voisin, 192 pp., 98 photos en couleurs et 87 en N et B, 24 x 22 cm, relié à l’italienne, éd. Gourcuff Gradenigo, Montreuil, Janvier 2012, 29 €.

ISBN : 978-2-353340- 123-9

 

C’est à la faveur de l’exposition L’envers du décor à la Comédie française et à l’Opéra de Paris au XIXè siècle au Centre national du costume de scène et de la scénographie (CNCS) en janvier dernier que ce fort bel ouvrage, largement illustré,  a pu voir le jour. L’art de la mise en scène, des décors et des costumes, né dans les années 1730, atteignit cependant son apogée à l’époque romantique, ce que retrace cet ouvrage qui dévoile les révolutions scéniques, artistiques et techniques apparues à cette période, lesquelles ont influencé tous les arts de la scène jusqu’à nos jours. Au fil des pages, le lecteur pourra découvrir une centaine d’esquisses et de maquettes de décor choisies parmi les spectacles majeurs du XIXè siècle, pour la plupart issues du département des Arts du spectacle du fonds de la Bibliothèque Nationale de France, de la Bibliothèque-musée de L’Opéra National de Paris et du fonds de la Comédie-Française. Le grand intérêt de ce livre, outre de faire une rétrospective historique de cet art, est de présenter en miroir aux décors, des restitutions de ceux-ci en volume, ainsi que des dessins et des images animées, explicitant le fonctionnement des mécanismes de la machinerie nécessaire à la fabrication de l’illusion et de la féérie.

Sont également abordés dans cet ouvrage quelques notions sur l’histoire de l’Opéra et de la Comédie-Française au XIXè siècle, ainsi que sur les décorateurs, chefs machinistes et régisseurs qui y ont exercé leur art. Les chapitres les plus captivants, Secrets de coulisses et Trucs et curiosités, dévoilent d’une part tout ce qui a permis des effets merveilleux, les illusions et transformations « à l’envers du décor », d’autre part tous les artifices des décorateurs et machinistes qui ont donné lieu à la réalisation d’effets étonnants. L’ouvrage se termine par un chapitre sur le décor proprement dit et son évolution. Un document que tout amateur d’art lyrique, chorégraphique ou théâtral se doit de posséder.

J.M. G.

La danse contemporaine, une révolution réussie ? / Patrick Germain-Thomas

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La danse contemporaine, une révolution réussie ?

Manifeste pour une danse du présent et de l’avenir,

par Patrick Germain-Thomas, 199 pages, 16,5 x 23 cm, broché, coéd. Arcadi - de l’attribut, Juin 2012, 14,50 €.

 

Née dans les années 1970, la danse contemporaine a, jusqu’à présent, été considérée comme le parent pauvre des politiques culturelles. Elle dépendait en effet de deux parents, « la musique qui la nourrissait (…) et le théâtre qui la logeait », pour reprendre l’image d’Anne-Marie Reynaud. Toutefois, à la fin des années 1990, elle sort de l’ombre grâce à la création de 19 Centres Chorégraphiques Nationaux (CCN) financés par l’Etat et les collectivités locales, ainsi que celle du Centre National de danse de Pantin (CND). Parallèlement à ce mouvement d’autonomisation, elle devient catégorie d’intervention à part entière, enseignée dans les conservatoires et programmée dans les réseaux de diffusion nationaux. Toutefois, nombre de chorégraphes peinent encore à trouver des débouchés, et les compagnies se voient réduites à faire appel presque uniquement à des danseurs intermittents.

L’ouvrage de Patrick Germain-Thomas, en s’interrogeant sur le devenir de la danse contemporaine en France, évoque les trois composantes déterminantes de son avenir : l’action publique, le marché du spectacle et les formes d’emplois. Une enquête approfondie au sein du monde chorégraphique prenant en compte à la fois les points de vue tant des compagnies de danse que  des structures de diffusion, des instances publiques nationales et locales, et des critiques, lui permet de répondre au moins partiellement à la question posée. La première partie expose les raisons de l’initiation d’un soutien public à la danse contemporaine en France et les étapes de la construction d’une politique dans ce domaine. La seconde étudie la réalité concrète des interactions entre les artistes, les diffuseurs et les tutelles. La troisième explore les éventuels prolongements de la lutte pour une véritable reconnaissance de la danse contemporaine dans toute sa spécificité.

J.M.G.