Analyse de livres

La danse Flamenca / A. Arnaud-Bestieu & G. Arnaud / L'Harmattan éd.

la-danse-flamenca.jpgLa danse Flamenca, Techniques et esthétiques,

Par Alexandra Arnaud-Bestieu et Gilles Arnaud, 228 pages, 5 illustrations en N et B, broché, 15,5 x 24 cm, Editions l’Harmattan, Collection Univers de la danse, Paris, Juin 2013, 23,50 €.

 

ISBN : 978-2343-00865-3

 

La danse Flamenca est un art qui se développe considérablement de nos jours à travers le monde, alors que, paradoxalement, si de nombreux ouvrages sont consacrés à son histoire, son ethnologie ou sa musicologie, aucun ne développe réellement son caractère, sa démarche et son écriture chorégraphiques. Cet ouvrage qui comble ce vide se veut un précis de danse, voire même un livre-ressource. Un ouvrage « où les préoccupations esthétiques se construisent à l’aune des techniques identifiées : déconstruction de formes et de traits saillants comme autant d’éléments constitutifs de courants, de styles et de touches. »

Ce travail propose donc au lecteur un voyage au cœur de cette danse aux sources pluriséculaires, où vont se mêler des histoires, celles d’une terre, d’un peuple, d‘un art en perpétuelle transformation jusqu’aux rivages du temps présent. L’étude de cette danse au travers d’analyses du mouvement se base sur la théorie du mouvement appliquée à la danse de Rudolf von Laban, laquelle définit tout mouvement à partir de quatre notions fondamentales, l’espace, le temps, le flux et le poids. Différents styles et esthétiques vont ainsi être successivement étudiés, permettant de saisir la danse Flamenca dans son ensemble.

Après quelques rappels historiques sur cet art en perpétuelle transformation, les auteurs évoquent les éléments essentiels de flamencologie, identifient les différents styles et corporéités flamencas avant d’aborder la question de l’avant-garde contemporaine. Un glossaire et une importante bibliographie complètent utilement cet ouvrage qui s’adresse non seulement aux amateurs mais aussi et surtout aux professionnels.

J.M.G.

 

Les mots de la matière / Odile Duboc / Les solitaires intempestifs

o-duboc-les-mots-de-la-matiere.jpgLes mots de la matière,

par Odile Duboc, 256 pages et un DVD, broché, 14 x 20 cm, éd. Les Solitaires Intempestifs, Besançon, décembre 2012, 23 €.

ISBN : 978-2-84681-369-3

 

Odile Duboc a consacré plus de 40 années de sa vie à l’art de Terpsichore. Elle disparaît le 22 avril 2010 des suites d’un cancer. Les mots de la matière sont un recueil de quelques-uns de ses textes les plus marquants, écrits entre 1981 et 2010, et rassemblés par sa complice  de 30 ans, Françoise Michel, qui fut aussi créatrices des lumières de la plupart de ses pièces. Plus qu’une autobiographie, cet ouvrage révèle l’extraordinaire engagement, le combat et les prises de position que cette artiste hors du commun mena toute sa vie durant pour que la danse vive, pour que les danseurs et les intermittents du spectacle soient reconnus et obtiennent les mêmes droits que tous. Il relate bien sûr également le parcours de l’artiste et son œuvre, sa technique, son vécu, sa sensibilité, son besoin d’échange et de partage, et la nécessité impérieuse de transmettre qui l’animait. Quant à sa danse, elle procède d’un chant intérieur naissant de l’exploitation mentale de la rythmique de chacun des quatre éléments, l’air, l’eau, la terre et le feu. Elle ne repose que sur des sensations spatiales et respiratoires que l’artiste s’efforce de mettre en valeur, ainsi que sur l’abandon de son corps, traduisant ainsi ses états d’âme.

Ces textes, remarquablement bien écrits et d’une lecture aisée, ne sont pas rassemblés par ordre chronologique mais par thèmes ou questions : rapport au temps et à la conscience kinesthésique du geste effectué, musicalité des matières de sa danse, indépendance de cette dernière par rapport à la musique, etc… Ils sont accompagnés d’une chronologie de ses pièces et d’un DVD présentant sa technique au travers d’un cours, et trois de ses solos : Langages clandestins (1081), Evidence (1989) et O.D.I.L. (2006).

J.M.G.

 

Les Casse-Noisettes, Péril au Bolchoï / Alain Germain / Editions Oslo

les-casse-noisettes-3-alain-germain.jpgLes Casse-Noisettes

3. Péril au Bolchoï

Par Alain Germain, 192 pages, 14,5 x 21 cm, broché, Oslo éditions, Paris, juin 2013, 12,95€.

ISBN : 978-2-3575-4120-7

 

Vous souvenez-vous de ces trois graines d’étoile, Victor, Diana et Chloé, qui s’étaient retrouvés embarqués bien malgré eux à l’Opéra Royal de Londres dans une aventure rocambolesque, à la recherche d’un collier de diamants qui aurait appartenu La Callas (1) ? Eh bien ce sont encore eux qui vont être les héros d’une aventure tout aussi fantastique que passionnante, qui se passe en Russie, cette fois, plus précisément au Théâtre Bolchoï de Moscou puis au Kirov de Leningrad, développant des trésors d’imagination pour délivrer de la prison où il a été jeté un poète dissident, petit-fils de l’une des plus grandes ballerines russes du moment, pour le faire passer en occident… Un récit palpitant, plein de rebondissements, qui se déroule à nouveau dans les coulisses de deux des plus célèbres temples de la danse au monde, qui dévoilera encore à nos jeunes lecteurs quelques-uns des secrets auréolant la magie du spectacle, à savoir le célèbre Casse-Noisette de Petipa et Tchaïkovski bien sûr !

J.M.G.

(1) Voir sur ce même site l’analyse de l’ouvrage Les Casse-Noisettes 2. Les mystères de Londres, en date du 6 novembre 3012

Anne-Marie Sandrini / Le grand écart

sandrini.jpgLe grand écart,

 Du classique au cancan,

 Par Anne-Marie Sandrini, 272 pages, 16 photos en couleurs et 32 en N & B en deux cahiers, 13,5 x 22 cm, broché, couverture avec rabats, éd du Mauconduit, Paris, février 2013, 23 €.

 ISBN : 979-10-90566-07-01

 

La seule façon de s’aimer, c’est de laisser la vie chanter et de

danser pour la remercier car jamais elle ne cesse de donner...

A.M. Sandrini

 

Certains l’ont bien connue, d’autres, pas du tout. Et pourtant… Issue de deux générations de danseurs, Anne-Marie Sandrini a elle aussi consacré sa vie à l’art de Terpsichore. Une existence aussi passionnante que tumultueuse qui la mena jusqu’au professorat puis à l’Inspection de la danse au Ministère. Toutefois, plus que l’histoire d’une vie dévolue à la danse, c’est un voyage au travers du monde artistique parisien durant presque un siècle et demi qu’elle évoque, monde au sein desquels on croise entre autres Nina Vyroubova, Janine Schwartz, Paulette Dynalix, Serge Lifar, Yves Brieux, Dany Kaye, Fernand Reynaud, Jean Nohain, Fernandel pour n’en citer que quelques uns… Mais c’est aussi une plongée dans l’univers des ses parents et grands parents, tous d’extraordinaires aventuriers du spectacle qui ont connu Rodin, Bourdelle, Claudel, Proust, Debussy, Ravel, Diaghilev, La Argentina... Sa grand-mère Emma Sandrini, fut en effet danseuse étoile à l’Opéra de Paris et son grand-père, Pédro Gailhard, directeur pendant 25 ans  de ce même temple de l’art! Passionné par le bel canto, c’est lui qui fut l’instigateur des matinées à l’Opéra ; et, lui aussi, qui, attachant une importance toute particulière à la direction d’orchestre, fit inscrire le nom des chefs sur les affiches… S’il ne s’intéressait pas spécialement à la danse, ce fut tout de même lui qui fit entrer Carlotta Zambelli dans la « Grande Maison ». Quant à son père, Pierre Sandrini, il fut d’abord Directeur du Moulin Rouge et chorégraphe attitré de l’établissement au sein duquel se produisaient Jane Avril, La Goulue et Valentin le Désossé… avant de faire la renommée internationale du Bal Tabarin, temple du music hall, dont il fut directeur, décorateur, costumier tout à la fois… A sa mort, ce fut sa mère, capitaine du french cancan, qui reprit le flambeau pour faire vibrer cette célèbre institution, malheureusement juste le temps d’une revue…

Plus par peur de ne pouvoir faire honneur à ses parents que par découragement, Anne-Marie, alors âgée de 18 ans, quitte l’Opéra de Paris, à peine quelques mois après son admission dans le corps de ballet. Mais les circonstances firent qu’après un petit passage dans l’orfèvrerie, elle renouera avec cet art au travers du professorat puis de l’inspection de la danse. Une vie trépidante, fourmillante d’anecdotes, desquelles sourd un torrent d’émotions et de nostalgie…

J.M.G.

Ushio Amagatsu

livre-amagatsu-02.jpgUshio Amagatsu,

Des rivages d’enfance au butô de Sankai Juku

Propos recueillis par Kyoko Iwaki, traduits du japonais parAnne Regaud-Wildenstein, 160 pages, 8 photos couleur et 5 en N et B  réunies en un cahier, 11,5 x 21, 7 cm, broché, éd. Actes Sud, Paris, mai 2013, 19 €.

 ISBN : 978-2-330-01911-2

 

Voilà sans doute un ouvrage qui comblera les amateurs de butô : c’est en effet la première fois qu’Ushio Amagatsu, fondateur de la compagnie japonaise Sankai Juku, livre à son biographe, Kyoko Iwaki, quelques uns de ses souvenirs d’enfance et de jeunesse, lesquels nous permettent de mieux saisir les conceptions esthétiques et le travail d’un chorégraphe connu aujourd’hui dans le monde entier. Il est étonnant de retrouver au fil des entretiens l’humilité et la bonté de cet homme et, surtout, la poésie dont il semble imprégné.

Cet ouvrage, édité au moment de la création parisienne de sa dernière pièce, Umusuna, se compose de deux parties, la première relatant ses souvenirs d’enfance, sa rencontre décisive dans les années 60 avec Akaji Maro avec lequel, entre autres, il fonde le Dairakudakan. C’est au sein de cette compagnie qu’il fait la connaissance de Tatsumi Hijikata et de son mode d’expression si particulier consistant à élaborer le geste dans la douleur en se nourrissant des œuvres de Sade, Breton, Genêt, Bataille, Michaux, Bachelard… C’est encore sous l’impulsion de Maro qu’il fonde le groupe Shankaï Juku, composé, à son origine, de cinq danseurs. Grâce à sa rencontre avec Gérard Coste, conseiller culturel à l’ambassade de France au Japon, il effectue son premier voyage à Paris au tout début de l’année 80, accueilli par Silvia Montfort. On connaît sa fulgurante ascension en France tout d’abord, dans le monde entier ensuite…

La seconde partie de l’ouvrage est consacrée à ses préceptes, à sa conception de la danse, aux différentes thématiques qui parsèment son œuvre, la vie et la mort, le corps, l’œuf, la gravité, le blanc… La création d’une pièce lui demande généralement deux ans. Celles-ci ne sont que le reflet de l’intensité intérieure des danseurs et des tensions qui les habite et qu’ils rayonnent, et non de la force physique qui les anime. S’il sont dévorés par un feu intérieur qui meut leur corps, les contraignant à danser, il leur faut maîtriser totalement le fil de leur conscience pour atteindre l’espace cosmique avant de pouvoir gérer leurs mouvements sur scène. Lorsqu’ils dansent ensemble,  paradoxalement, ils ne se réfèrent ni à la musique, ni au regard des autres, mais uniquement à leur respiration. Elle seule synchronise leurs gestes. Ils ne travaillent jamais ni ne répètent leurs pièces devant un miroir mais se concentrent sur leur conscience et sur ce qu’ils ressentent physiquement. Pour Amagatsu, tous les mouvements doivent naître de l’intérieur et se transmettre par la respiration, et c’est elle qui demeure le lien avec le spectateur. C’est cela qui fait l’originalité de sa danse.

Un livre très explicite qui se lit très facilement et qui donne les clés de l’art de l’un des plus grands maîtres de butô d’aujourd’hui.

J.M. G.

Carolyn Carlson, regards, gestes et costumes / Raphaël Didier de l'Homme / Ch. Rolland éditions

carolyn-carlson-1.jpgCarolyn Carlson,

 Regards, gestes, costumes,

par Raphaël-Didier de l’Homme, 168 pages, texte bilingue (français – anglais), 131 photos et couleurs et 6 en N et B, 20,2 x 18,4 cm, broché, Couverture souple à rabats, Christian Rolland éd., Toulouse, Avril 2013, 29 €.

ISBN : 978-2-9538184-5-1

http://www.rolland-editions.fr

  

Carolyn Carlson sous des facettes qu’on ne lui connaissait pas encore, voilà en effet l’impression qui ressort de cet ouvrage lorsqu’on le feuillette pour la première fois. Ce livre rassemble en effet des images d’un peu plus d’une vingtaine de spectacles - dont certaines d’improvisations exceptionnelles - qui témoignent de la sensibilité toute particulière du photographe Raphaël-Didier de l’Homme vis-à-vis de cette grande artiste, laquelle a apporté une inénarrable touche de poésie et de fluidité à la danse contemporaine. La plupart des photographies qu’il présente ont été prises entre 1988 et 2002, à l’exception de Double vision qui date de 2006 et de Mundus imaginalis, de 2010. Ces clichés immortalisent l’étonnante fluidité des gestes de Carolyn, l’exceptionnelle diversité de ses œuvres et son regard très particulier sur notre univers. Un ouvrage agrémenté de quelques calligraphies originales de cette artiste multidisciplinaire, débordante d’activité et qui n’a pas fini de nous étonner…

J.M.G.

 

Traces d'encre / Carolyn Carlson / Actes Sud éd.

traces-d-encre-carolyn-carlson.jpgTraces d’encre,

Calligraphies de Carolyn Carlson, préface de Hassan Massoudi, dédicace de Robert Wilson, 112 pages, 80 illustrations en quadrichromie, 19,6 x 25,5 cm, relié, éd. Actes Sud, Arles, mars 2013, 35€.

ISBN : 978-2-330-00017-2

 

On connaît surtout Carolyn Carlson comme chorégraphe et danseuse, on  connait moins ses étonnants talents en matière de poésie et, surtout, de calligraphie, disciplines artistiques dans lesquelles elle excelle pourtant et qui complètent l’art ô combien éphémère de Terpsichore, « le geste s’évanouissant dès que posé dans l’espace »… Comme l’évoque fort justement dans sa préface le célèbre calligraphe iranien Hassan Massoudi qui a été invité à participer à la pruduction de Métaphore, une œuvre créée en juin 2005 à Istanbul et dans laquelle se côtoyaient danse, musique et calligraphie autour d’un poème de Rumi, « la danse de Carolyn était une calligraphie sans pinceau (…), une calligraphie éphémère, une calligraphie en lumière (…), un envol sans aile où geste et regard tentaient d’atteindre la liberté ».

Cette calligraphie, ode à la nature et à l’unité du monde, inspirée par le bouddhisme zen, est celle que l’on retrouve au fil des pages de ce magnifique ouvrage bilingue, agrémenté de quelques uns de ses poèmes traduits en français par Jean-Pierre Siméon.

J.M.G.

Le corps prêt à danser, secrets de la danse japonaise selon la méthode Alishina

juju-alishima.jpgLe corps prêt à danser

Secrets de la danse japonaise selon la méthode Alishina,

 

Par Juju Alishina, traduit du japonais par Michiko Suzuki, 296 pages, 34 photos en N et B, 15,5 x 24 cm, broché, L’Harmattan éd., Paris, Janvier 2013, 29€.

 

ISBN : 978-2-336-29006-5

 

 Né au Japon sous les pas de Tatsumi Hijikata et de Kazuo Ohno au milieu de XXème siècle, le butô est un art chorégraphique basé sur l’improvisation qui a toujours fasciné les occidentaux mais qui leur est bien souvent inaccessible, du fait de la différence de culture et d’esprit. Il se transmet généralement de danseur à danseur par voie orale et, bien que plusieurs adeptes japonais de cette discipline l’enseignent en France par l’intermédiaire de cours et de stages notamment, il n’existait jusqu’alors aucun ouvrage dans notre langue permettant de l’aborder.

Julia Alishina, chorégraphe et danseuse nipponne, fondatrice de la compagnie Nuba que l’on a pu voir entre autres au Festival d’Avignon en 1993, s’est installée depuis 1998 à Paris. Enseignant cet art depuis plus de 15 ans, elle s’est mise en devoir de coucher sur le papier dans sa langue maternelle sa méthode d’enseignement, travail qui s’est concrétisé en 2010 par la parution à Tokyo d’un ouvrage aujourd’hui traduit en français.

Cette méthode, qui a pour origine son expérience pédagogique de terrain ainsi que les notes et conseils pratiques qu’elle a dispensés à ses disciples, notamment à ceux qui la remplaçaient lors de ses absences dans ses tournées, relate son expérience et la culture de son corps, développées et enrichies jour après jour pour aboutir à une danse à mi-chemin entre le butô et la danse contemporaine. L’ouvrage s’avère en fait un recueil de conseils et d’exercices permettant, tant aux profanes qu’aux initiés, la préparation du corps (formation de base), l’entraînement du « kî » puis l’improvisation pour, finalement, en arriver à mieux connaître les capacités de son être. Ce dans le but de l’adapter, en développer les fonctions et mieux appréhender l’utilisation de l’énergie du « kî », afin de permettre à son corps d’être à tout moment en harmonie avec celui des autres.

J.M.G.

Le fil d'Ulysse, Retour sur Maguy Marin / Sabine Prokhoris / Les Presses du réel

livre-maguy-marin-prokhoris.jpgLe fil d’Ulysse

 Retour sur Maguy Marin

 

Par Sabine Prokhoris, 392 pages, 29 ill. en couleurs et 1 en N et B + 2 CD (Quand le travail prend la parole et Description d’un combat, films de S. Prokhoris, 180 mn), 19 x 23,5 cm, broché, ed. Les presses du réel, Dijon, 3ème trimestre 2012, 35€.

 ISBN : 978-2-84066-489-5

 

« L’intrication de l’intime et du plus communément partagé, sur le mode non de la confidence complaisante, mais du questionnement jamais clos, voilà sans doute le moteur le plus profond de la danse de Maguy Marin. »  Ces quelques lignes de Sabine Prokhoris, psychanalyste à qui l’on doit également Fabriques de la danse qui reçut en 2007 le prix du meilleur livre de danse décerné par le Syndicat de la critique, résument de façon concise mais précise l’art, la ligne de conduite et les motivations de l’une des chorégraphes les plus prisées de l’hexagone. Et de préciser également dans la préface de cet ouvrage les interrogations de Maguy en une seule phrase : « La vie, la vie malgré tout, malgré les forces de destruction qui peuvent ravager des existences, ou menacent de les rendre inhumaines, comment s’y prendre pour en témoigner ? »

Cet ouvrage, écrit à un moment clef de la carrière de la chorégraphe, est un travail personnel très argumenté reflétant la grande culture de son auteur. Il débute par une analyse raisonnée, voire une dissection minutieuse de quelques unes des œuvres les plus récentes de la chorégraphe, entre autres de Turba, pièce créée en 2007 sur des textes de Lucrèce et qui évoque la cruauté de la guerre, de Cortex, réflexion sur les cinq sens, de Description d’un combat, histoire d’un guerrier tué dans la tourmente de la guerre de Troie, de Salves qui rapporte la caducité des choses, à l’image de la vie, ou de Faces qui retrace la destinée de la masse humaine dont les rythmes et tressaillements ne cessent de parcourir d’incessants séismes.

La seconde partie évoque le travail de la chorégraphe avec ses interprètes et son compagnon et complice, Denis Mariotte. Elle décrit le travail de la compagnie et la genèse d’une œuvre au travers de divers notes et entretiens. L’ouvrage se termine par la présentation d’un extrait de la partition de Ha ! Ha ! et par le parcours des interprètes de la compagnie.

J.M.G.

Danser / Pierre-Emmanuel Sorignet / La Découverte éd.

doc241212-0002.jpgDanser

 

Enquête dans les coulisses d’une vocation,

par Pierre-Emmanuel Sorignet, 336 pages, broché, 12,5 x 19 cm, 2ème édition (poche N° 367), La Découverte éd., Paris, Avril 2012, 12 €.

 ISBN : 978-2-7071-7390-4

 

Voilà un ouvrage que tout danseur professionnel se devrait d’avoir entre les mains car il répond à la quasi-totalité des interrogations qui se posent à lui durant sa carrière. La danse est en effet un art un peu à part dans notre société car il se place à l’intersection d’une technique, d’un langage et d’un style de vie. Le geste dansé est l’élément de base d’un langage adopté aujourd’hui par un nombre croissant de jeunes qui souhaitent l’approfondir jusqu’à l’adopter comme mode de vie, du fait, entre autres, des émotions et des plaisirs qu’il procure et du style de vie qui lui est lié, sans se douter que cette « profession » comportera aussi désagréments et difficultés, parfois difficiles à surmonter.

Durant 10 années, Pierre-Emmanuel Sorignet, sociologue et lui-même danseur, s’est immiscé dans le monde de l’art chorégraphique et en a étudié la sociologie non seulement dans le but d’appréhender les motivations profondes de ceux qui pratiquent cet art jusqu’à en faire un métier mais aussi et surtout de les accompagner dans leur quotidien, tout en répondant à deux questions : pourquoi devient-on danseur ? Et qu’est-ce que créer en dansant ? Ce questionnement l’a conduit à réaliser une vaste enquête au cours de laquelle il a abordé de très nombreux sujets ayant trait à la compréhension fine des mécanismes en jeu dans ce monde artistique, tels que l’influence du chorégraphe sur le mode de vie et le corps, la précarité, les stratégies de recherche d’un emploi et la sélection, le travail de création, le maintien sur le marché, les loisirs du danseur, la reconversion à l’issue de sa carrière, et d’autres, plus intimes, tels ceux qui ont trait à la vocation, l’identité, la fragilité, le statut d’interprète, la sexualité, le destin social, la violence des rapports sociaux, le charisme… Bref, tout ce qu’il faut savoir avant de s’engager dans cette carrière, tout ce qui peut arriver au danseur engagé et, surtout, quelques clés pour se sortir des problèmes qui se sont posés !

J.M.G.