Analyser les œuvres en danse / Isabelle Ginot / Philippe Guisgand / C.N.D.

Img 3

Analyser les œuvres en danse, Partitions pour le regard,

par Isabelle Ginot et Philippe Guisgand, 272 pages, 16 illustrations, 16x24 cm., éd. Centre national de la danse, Coll. Recherches, janvier 2021, 25 €.

ISBN : 979-10-97388-08-9.

Comment analyser objectivement le spectacle que l’on vient de voir ? Comment disserter à bon escient sur sa valeur ? C’est là tout l’art du critique, bien évidemment, mais aussi la question que tout spectateur et tout artiste quel qu’il soit se pose et doit se poser à l’issue d’un spectacle, chorégraphique en l’occurrence, dans un but de partage notamment. Un art complexe et bien difficile qu’Isabelle Ginot et Philippe Guisgand évoquent pour nous par le truchement de cet ouvrage en trois parties, la première étant consacrée à nos repères éthiques et théoriques, la seconde, aux outils et pratiques de l’analyse, et la troisième, aux usages sociaux, à savoir la raison et la manière de débattre ou écrire sur une œuvre donnée. Sans passer par l’acquisition préalable d’un vocabulaire technique ou analytique, les auteurs cherchent à rendre le regard analytique du spectateur plus aiguisé tout en tenant compte de l’importance et des dimensions poétiques et artistiques de l’œuvre.

Pour Guisgand, analyser n’est pas expliquer un spectacle mais plutôt rendre notre réception accessible à l’Autre, dans l’espoir de conférer, ne fût-ce que temporairement, une unité au monde. Et pour Isabelle Ginot, les œuvres importent parce qu’elles font problème, qu’elles mettent nos façons usuelles de sentir et de comprendre en échec, (…) qu’elles n’obéissent pas à ce que l’on sait déjà, et parce qu’aucune analyse ne permet de dissoudre cette opacité ou de la résoudre. (...) Or le travail de l’analyste n’est pas d’illuminer les œuvres de son savoir mais de s’engager dans une relation avec elles, dominée par une dynamique d’intuition, d’invention, de poésie, loin de tout contrôle ou autorité. Une démarche qui se place du côté d’une approche subjective et réceptive.

Au travers de cette boîte à outils, les auteurs cherchent à rendre explicites et visibles les processus de l’analyse d’œuvres habituellement invisibles afin, notamment, de faire durer le plaisir. Ils aboutissent cependant à la conclusion qu’il n’existe en fait ni regard idéal, ni méthode pour analyser les œuvres en danse. Chacun est invité à sortir du jugement, du goût personnel ou du sentiment d’ineffable pour explorer différentes modalités de regard, entre le temps de la contemplation d’une œuvre et la formulation d’une pensée construite à son sujet.

J.M.G.

 

Analyser les œuvres en danse / Isabelle Ginot / Philippe Guisgand / C.N.D. / Janvier 2021

Ajouter un commentaire