Janine Solane / Zaïna Falco / Editions l'Harmattan

janine-solane.jpgJanine Solane

Parcours artistique d’une danseuse, chorégraphe, pédagogue… 1912-2006

par Zaïna Falco, 394 pages, 171 illustrations en N. et B., cm, broché, éd. L’Harmattan, Paris, Novembre 2011, 39 €.

ISBN : 978-2-296-55795-6

 

Qui, aujourd’hui, se souvient encore de Janine Solane ? Et pourtant, de 1930 jusqu’à 1960 au moins, son nom fut synonyme de danse en France… Il était alors sur les lèvres de tous les ballétomanes et l’on accourait de tous les horizons pour admirer ses spectacles. N’a-t-elle pas, à l’instar d’un Béjart, rempli 10 soirs de suite la grande salle du Palais de Chaillot ? Sa troupe n’a-t-elle pas compté, entre 1946 et 1960, de 50 à 60 (et même 90) danseurs, tout cela sans aucun sponsoring ? Fervente admiratrice d’Isadora Duncan dont elle adopta en partie le style mais qu’elle compléta par des apports de danse classique et de danse moderne qui lui permirent de se façonner un style très personnel, aisément reconnaissable et totalement original, elle remua les foules par sa simplicité, son humanité, son naturel et sa sincérité. L’école qu’elle créa, la Maîtrise Janine Solane, fut l’école de danse la plus importante de France entre 1948 et 1960. Si cette école subsiste encore aujourd’hui, la troupe, quant à elle, disparut peu à peu, victime de problèmes financiers, ce que l’on peut aisément comprendre quand on sait qu’une œuvre comme La Pastorale qui faisait appel à 60 danseuses (et 140 costumes), ainsi qu’à un orchestre, ne bénéficia pas moins de 86 répétitions avant que son auteur ne la considère comme réellement au point ! Le plus étonnant est que Janine Solane parvenait toujours à rémunérer ses danseurs, musiciens, chefs d’orchestre, accessoiristes, costumiers, éclairagistes, régisseurs… pas réellement à la mesure de leur talent, il est vrai, mais tout cela sans subventions, ce qui serait absolument inimaginable de nos jours ! Heureusement pour elle, la presse fut souvent dithyrambique à son égard mais, comme tout grand artiste, elle eut aussi ses détracteurs, lesquels ne réussirent cependant pas à modifier d’un poil sa ligne de conduite…

Janine Solane forgea son style et son esthétique sur sa volonté de dépouiller la danse de toutes ses "complications physiques", ce en s’abreuvant à trois courants différents : classique, libre et expressionniste. Pour elle, la danse n’était ni le geste, ni la musique mais la projection humaine de la musique au travers du geste, sa transcription charnelle dans l’espace. Tout, en elle, donnait l’impression de facilité, d’élégance et d’un grand raffinement. A l’instar  d’Isadora, elle chercha à libérer les corps des dogmes religieux imposés par des siècles de domination chrétienne, bien que, dans la seconde moitié de sa vie, elle réalisât des œuvres religieuses et sacrées.

C’est tout cela que raconte cet ouvrage, écrit par une de ses anciennes danseuses, et qui se lit réellement comme un roman. S’il est rédigé avec ferveur et passion, il relate surtout avec beaucoup d’exactitude et une foultitude de détails ce que fut la vie et l’œuvre de cette grande artiste, fort injustement oubliée de nos jours. Il analyse en profondeur son parcours, depuis ses premiers pas, son ascension grâce aux concours et, surtout, à la rencontre de Pierre Aldebert, l’un de ses grands admirateurs qui devint l’un des premiers directeurs du Théâtre populaire de Chaillot ; il dissèque en outre avec soin ses principaux ballets, tout spécialement La Fugue, La Passacaille et Saint-Sébastien sous les flèches et consacre également de nombreuses pages à son Ecole et à son enseignement. Un travail réellement passionnant qui aurait cependant pu aller encore plus loin en replaçant l’art de cette grande Dame de la danse dans le paysage chorégraphique de son époque.

J.M.G.

Janine Solane / Zaïna Falco / Editions l'Harmattan

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