Souvenirs / Marie Taglioni / Gremese

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de et par Marie Taglioni, Le manuscrit inédit de la grande danseuse romantique 

Edition établie, présentée et annotée par Bruno Ligore, préface de Flavia Pappacena, avec un essai d’Audrey Gay-Mazuel, conservatrice du patrimoine au musée des arts décoratifs de Paris, 192 pages, 28 illustrations en couleur et 3 en N. & B. en un cahier central, relié sous jaquette, 18 x 25 cm, éd. Gremese, Rome, diffusion en France Eyrolles, Juin 2017, 35 €.

ISBN : 978-2-36677-116-9.

Symbole du Ballet romantique par excellence, Marie Taglioni est sans doute la ballerine la plus célèbre de son époque. Née en avril 1804 dans une famille de danseurs, elle doit sa renommée au ballet pré-romantique La Sylphide : ce chef d'œuvre sur la musique de Jean-Madeleine Schneitzhoeffer fut en effet créé pour elle en 1832 par son père, Filippo Taglioni, au cours de son mandat à l’Opéra de Paris. Ce que l'on sait moins en revanche, c'est que Marie écrivait aussi d'une manière remarquable et qu'elle nous a laissé, au travers de 7 petits carnets, ses "Souvenirs", un document exceptionnel non seulement sur son art et son talent (c'est elle qui a valorisé les "pointes") mais aussi sur la vie artistique, sociale et politique de son temps(1). Les éditions Gremese ont d'ailleurs publié l’année dernière, sous la plume de F. Falcone et P. Veroli, un très bel ouvrage sur cette artiste et sa famille(2) rassemblant quelque 200 images, peintures, gravures, lithographies, photographies et objets d'art, réunis pour la plupart par deux collectionneurs italiens, Debra et Madison Sowell.

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Marie Taglioni, par Harry Scheffer, Vers 1829                      Marie Taglioni, âgée Anonyme, Vers 1870-1880                                Marie Taglioni, Anonyme, Vers 1830-1840   

                                                                                           Illustrations provenant du cahier central de l'ouvrage

Achevés en 1883, un an avant la mort de leur auteur, ces carnets, avaient fait l’objet entre autres d’une étude par Léandre Vaillat, écrivain et critique de danse, travail qui fut publié aux éditions Albin Michel en 1942 sous le titre La Taglioni ou la vie d’une danseuse, avec la collaboration de Serge Lifar d’ailleurs. Disparus à la fin de la seconde guerre mondiale, les manuscrits originaux ont été redécouverts par Bruno Ligore, doctorant en danse à l’université Côte d'Azur, alors qu'il faisait des recherches sur cette artiste à la demande des auteurs de l'ouvrage précité, Marie Taglioni et sa famille, à la bibliothèque de l'Opéra de Paris. Ce n'est en fait pas dans les archives de cette bibliothèque qu'il retrouva ces documents mais aux archives du Musée des arts décoratifs, lesquels y avaient été légués par Auguste Gilbert de Voisins, le petit fils de Marie Taglioni. Le cheminement effectué par Bruno Ligore pour retrouver ces cahiers, retracé dans les premières pages de cet ouvrage, est d’ailleurs véritablement digne des meilleures intrigues policières…

La seconde partie de ce livre est consacrée aux 7 cahiers du manuscrit de Marie Taglioni, retranscrits in extenso par Bruno Ligoré,  jusqu'à leur orthographe. Si on les compare aux textes publiés par Léandre Vaillat en 1942, on s'aperçoit que ce dernier a pris quelque liberté avec les textes originaux en les coupant et en les réorganisant, tout en leur adjoignant divers commentaires, adaptations pas toujours très heureuses d'ailleurs. Ces écrits s'avèrent cependant d'un grand intérêt car, outre la vision que la Taglioni pouvait avoir d'elle-même et de sa famille, ils nous donnent un aperçu original de la vie à cette époque et ce, sous la plume d'une femme de la haute société, ce qui était loin d'être fréquent... En outre, ces textes, pleins de verve et d'allant, fourmillent d'anecdotes truculentes plus cocasses les unes que les autres, ce qui rend leur lecture un véritable régal. On y croise au fil des pages toutes sortes de personnages, du monde de la danse bien sûr comme Fanny et Thérèse Elssler, Tamara Karsavina, Sophie Hedwige Karsten, Serge Lifar, Emma Livry, Lola Montez, Paul, Philippe et Salvatore Taglioni, mais aussi des personnalités de l'époque, tels Jérôme Bonaparte, roi de Westphalie, Caroline de Bade, reine de Bavière, la comtesse et le comte Gilbert de Voisins, Gustave III, roi de Suède, la princesse et le prince Hoehnlohe-Öhringen, Louis XVI, Maximilien 1er, roi de Bavière, le vicomte Sosthène de La Rochefoucauld, Pierre Louys, Napoléon 1er ainsi que Napoléon II, Duc de Reichstadt, et bien d'autres encore... Voilà donc un ouvrage captivant que les ballétomanes, spécialement les fans de  l'époque romantique, auront à cœur de déguster à petites doses, ce d'autant qu'il est agrémenté de documents iconographiques encore inédits...

J.M.G.

(1) "Ils renferment de piquantes révélations sur la haute société de Berlin, de Vienne, de Paris vers 1840, et de très curieux détails sur l’ancienne cour de Belgique au temps du sage roi Léopold, si justement nommé le Nestor des souverains. Le monde artistique de l’époque y est aussi l’objet d’appréciations originales et l’on y voit défiler presque tous les sujets de l’Opéra de Paris, de 1835 à 1860" (in Le Petit Marseillais du 24 mai 1884).

(2)Marie Taglioni et sa famille, Icônes du Ballet romantique, par M.U. Sowell, D.H. Sowell, F. Falcone & P. Veroli, Gremese ed., août 2016.

 

Souvenirs / Marie Taglioni / Gremese / Juin 2017

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