Ushio Amagatsu

livre-amagatsu-02.jpgUshio Amagatsu,

Des rivages d’enfance au butô de Sankai Juku

Propos recueillis par Kyoko Iwaki, traduits du japonais parAnne Regaud-Wildenstein, 160 pages, 8 photos couleur et 5 en N et B  réunies en un cahier, 11,5 x 21, 7 cm, broché, éd. Actes Sud, Paris, mai 2013, 19 €.

 ISBN : 978-2-330-01911-2

 

Voilà sans doute un ouvrage qui comblera les amateurs de butô : c’est en effet la première fois qu’Ushio Amagatsu, fondateur de la compagnie japonaise Sankai Juku, livre à son biographe, Kyoko Iwaki, quelques uns de ses souvenirs d’enfance et de jeunesse, lesquels nous permettent de mieux saisir les conceptions esthétiques et le travail d’un chorégraphe connu aujourd’hui dans le monde entier. Il est étonnant de retrouver au fil des entretiens l’humilité et la bonté de cet homme et, surtout, la poésie dont il semble imprégné.

Cet ouvrage, édité au moment de la création parisienne de sa dernière pièce, Umusuna, se compose de deux parties, la première relatant ses souvenirs d’enfance, sa rencontre décisive dans les années 60 avec Akaji Maro avec lequel, entre autres, il fonde le Dairakudakan. C’est au sein de cette compagnie qu’il fait la connaissance de Tatsumi Hijikata et de son mode d’expression si particulier consistant à élaborer le geste dans la douleur en se nourrissant des œuvres de Sade, Breton, Genêt, Bataille, Michaux, Bachelard… C’est encore sous l’impulsion de Maro qu’il fonde le groupe Shankaï Juku, composé, à son origine, de cinq danseurs. Grâce à sa rencontre avec Gérard Coste, conseiller culturel à l’ambassade de France au Japon, il effectue son premier voyage à Paris au tout début de l’année 80, accueilli par Silvia Montfort. On connaît sa fulgurante ascension en France tout d’abord, dans le monde entier ensuite…

La seconde partie de l’ouvrage est consacrée à ses préceptes, à sa conception de la danse, aux différentes thématiques qui parsèment son œuvre, la vie et la mort, le corps, l’œuf, la gravité, le blanc… La création d’une pièce lui demande généralement deux ans. Celles-ci ne sont que le reflet de l’intensité intérieure des danseurs et des tensions qui les habite et qu’ils rayonnent, et non de la force physique qui les anime. S’il sont dévorés par un feu intérieur qui meut leur corps, les contraignant à danser, il leur faut maîtriser totalement le fil de leur conscience pour atteindre l’espace cosmique avant de pouvoir gérer leurs mouvements sur scène. Lorsqu’ils dansent ensemble,  paradoxalement, ils ne se réfèrent ni à la musique, ni au regard des autres, mais uniquement à leur respiration. Elle seule synchronise leurs gestes. Ils ne travaillent jamais ni ne répètent leurs pièces devant un miroir mais se concentrent sur leur conscience et sur ce qu’ils ressentent physiquement. Pour Amagatsu, tous les mouvements doivent naître de l’intérieur et se transmettre par la respiration, et c’est elle qui demeure le lien avec le spectateur. C’est cela qui fait l’originalité de sa danse.

Un livre très explicite qui se lit très facilement et qui donne les clés de l’art de l’un des plus grands maîtres de butô d’aujourd’hui.

J.M. G.

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