Arihiro Yamada / Edge of the solitude /

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Photos J.M. Gourreau

 

Arihiro Yamada :

Dans les pas de Kô Murobushi

Kô Murobushi était son seul et unique maître. Il lui avait tout donné, l'envie de vivre, l'envie de danser, l'envie de partager l'existence. Mais il s'est éteint, le 18 juin dernier, laissant un grand vide dans le cœur de celui qu'il considérait comme son fils spirituel. Ils avaient tous deux projeté de faire le voyage ensemble, de Tokyo à Paris, pour ces fêtes de fin d'année. Hélas, le destin en a décidé autrement. Et Arihiro, qui ne connaissait pas encore la ville-lumière, s'y est rendu seul, pour honorer sa promesse. Seul ? Non, pas tout à fait car l'esprit de Kô ne cessait de le hanter depuis sa disparition, l'accompagnant durant tout son parcours, guidant ses moindres gestes, ses moindres pas jusque sur la scène du théâtre.

Il est difficile d'imaginer la douleur qui peut vous tenailler lorsqu'on perd un être cher pour la première fois. Et que l'on se retrouve seul, désemparé, à devoir poursuivre et mener à son terme l'œuvre ébauchée en commun, alors que tout s'écroule, d'un seul coup. Le souvenir de l’être disparu vous hante et vous torture à chaque instant, revenant comme un leitmotiv à la mémoire. C'est cette douleur viscérale, ce sentiment de vide, d'impuissance, de solitude, d'inutilité totale face à l'adversité qu'Arihiro exprima, sans doute pour nous faire partager sa détresse, à quelques mètres de nos yeux, avec un réalisme aussi saisissant que communicatif. Oh, bien sûr, il n'arrivait pas à la cheville de son maître dans l'expressivité et l'art de communiquer ses émotions et ses tourments, du simple fait de son jeune âge et de son inexpérience; mais il fallait le voir se tordre, s'affaisser brutalement au sol sous les coups du destin et y rester plaqué, maintenu comme par une force invisible, malgré ses efforts désespérés pour se relever. Il fallait le voir prendre à deux mains l'une de ses jambes devenue inutile pour la ramener auprès de l'autre, comme si elle ne pouvait plus se mouvoir. Il fallait le voir tenter, dans un suprême effort, de les aligner toutes deux côte à côte, de les redresser dans un silence lourd et pesant, le visage embué de sueur et de larmes, tiraillé par la souffrance : de sa bouche ouverte, la bave au coin des lèvres, s'échappait un long cri guttural… Poignant !

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Alors que rien ne le laissait prévoir, le silence lourd et pesant fut soudain déchiré par les premiers accents d’une musique particulièrement bien connue, celle du Boléro de Ravel. Un formidable coup de fouet sur cet être décontenancé, à terre, les yeux révulsés, qui sembla cependant reprendre confiance en lui, au prix d'efforts surhumains. C’était étonnant de voir l’effet des impulsions de ce leitmotiv sur ce corps frêle, presque diaphane, qui tenta tout au long de cette mélodie répétitive, de surmonter l’épreuve. Mais celle-ci s’avéra au bout du compte trop pesante pour un être aussi fragile qui, finalement, n’y parvint pas, se refermant sur lui-même dans un profond désespoir.

J.M. Gourreau

Edge of the solitude / Arihiro Yamada, création dédiée à la mémoire de Kô Murobushi, Espace Culturel Bertin Poirée, Paris, 8 et 9 décembre 2015, dans le cadre de la manifestation « Corps d’hivers ».

 
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