Atsushi Takenouchi / La vie des fleurs / La quête de la félicité

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Photos J.M. Gourreau

 

Atsushi Takenouchi :

La quête de la félicité

 

C’est l'image d'un vieil homme décharné qui s’offre à nos yeux lorsque les ténèbres se dissipent, la lumière déchirant le voile de l'obscurité. Un de ces Sages que l’on croise au détour du chemin de la sérénité, un vieillard dont le corps entier est empreint de calme, de douceur et de paix. Ses longs cheveux tombent en pluie sur ses épaules. Son regard semble perdu au loin, malgré sa vivacité. Il chemine lentement dans le silence, sans sembler s'apercevoir de notre présence. Quelque chose soudain vient le troubler, le décontenancer. Son être tout entier semble peu à peu envahi par les forces naissantes d'un mal qui va le torturer sous les accents de la musique de Hiroko Komiya (avec laquelle il travaille depuis 1999) et de Nicolas Moulin. Il se cabre alors, se recroqueville, se détend comme un ressort; ses bras se tordent vers l'arrière, se cassent; ses veines se gonflent, saillissent à la surface de la peau; ses lèvres tiraillent ses joues, les déforment; des larmes perlent sur son visage défiguré par la douleur. Il ferme alors les yeux. Sa respiration devient haletante. Des râles s'échappent de sa gorge. Il semble ne plus pouvoir respirer, tremble de tout son corps, agité de secousses et soubresauts impulsifs. Il n'est plus là, il nous a quitté depuis un petit moment déjà. Mais soudain, ses traits se détendent. Il revient avec le calme qui émane des notes égrenées par Hiroko. Une musique subtile parfaitement maîtrisée, totalement adaptée à la danse et magistralement exécutée, faite de souffles, d'orgue indien, de guitare électronique, de pédale d'effet, de cithare frottée par un archet, de gongs et d'une foultitude de cloches et clochettes aux sons aussi étranges et que variés... Un véritable petit orchestre manipulé seulement par deux exécutants !  

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Les traits du danseur, cette fois, se sont détendus. Le rictus qui déformait ses lèvres s'est mué en un sourire qui nous incite à partager cette félicité retrouvée. Cette "fleur de vérité" qu'il recherchait au sein de son existence vient enfin de lui apparaître, de s'offrir à lui. Il la capture, l'enlace, la presse sur son cœur. Rayonnant de bonheur, il cherche à nous en faire partager le parfum et se fraie un chemin au beau milieu des spectateurs. Il ne se départira désormais jamais plus de cette extase dont il est étreint.

Né en 1962 au Japon, Atsushi Takenouchi rejoint en 1980 la compagnie "Hoppo-Butoh-ha“ de Bishop Yamada à Hokkaido, au sein de laquelle il dansera durant six ans. En 1984, il interprète la dernière oeuvre de Tatsumi Hijikata pour cette troupe, Takazashiki. Deux ans plus tard, il fonde sa propre compagnie et crée un courant de butoh un peu particulier, le "Jinen butoh". Jinen est un vieux mot japonais dont la signification englobe tout ce qui est encore plus grand que la nature, de ce qui est entre la Nature et Dieu. Jinen exprime l'univers qui embrasse le soleil, la lune et la terre, et qui est à l'origine de la naissance de toute nature, un mot qui décrit l'univers, son origine et son évolution naturelle. C'est le souffle de cette planète. C'est aussi le tourbillon qui embrasse la lumière et l'obscurité, ainsi que toute forme de vie et de mort. Il n'est donc pas étonnant que Takenouchi aille puiser ses forces au sein de cet univers. On a déjà pu rencontrer ce chorégraphe et danseur - très influencé également par l'art de Kazuo Ohno et de son fils Yoshito - au Festival d'Avignon en 2005 dans le solo Stone notamment, et dans une procession dansée dans les rues de cette ville.

J.M. Gourreau

La vie des fleurs / Atsushi Takenouchi, Espace culturel Bertin Poirée, Paris, 28 janvier 2016.

 
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