Boris Eifman / Rodin et son éternelle idole / La douloureuse destinée de Camille Claudel

Rodin 02Rodin 04

.

.

Photos S.M. Khoury

.

.

.

.

Rodin 03

.

Boris Eifman :

La douloureuse destinée de Camille Claudel

 

Certaines destinées tragiques et douloureuses sont devenues célèbres du fait de l'atmosphère passionnée qui les auréole. Celle de Camille Claudel est de celles-là. Tout à la fois élève, égérie, muse et maîtresse d'Auguste Rodin, elle fut victime de ses amours et sombra dans la folie. C'est peut-être davantage la destinée de cette artiste exceptionnelle que Boris Eifman évoque au travers de ce ballet d'une force incommensurable qui met en avant les passions amoureuses de Rodin et de Camille mais aussi la jalousie du maître à l'égard de son élève, laquelle engendra leur rupture et la chute de Camille dans la folie.

Le ballet se compose de deux parties, la première révélant l'univers sinistre et poignant de l'asile dans lequel Camille a été internée. Un univers pitoyable et déprimant qui n'est pas sans évoquer celui de la Giselle de Mats Ek et qui va préfigurer le ton du spectacle. Une visite de Rodin à son ancienne amante le confronte à sa détresse extrême et à son désespoir. Toute sa vie passée lui revient alors en mémoire, sa flamme pour ce modèle qui allait bientôt devenir sa maîtresse, les moments de bonheur intense qu'il vécurent mais aussi les tensions et la haine pathologique qui allaient progressivement détruire Camille, dissensions engendrées par la jalousie naissante et le despotisme du maître.

Le seconde partie évoque un autre volet de la vie tumultueuse et passionnée des deux amants, celui de la création - dans la douleur - de Clotho pour Claudel, de La porte de l'enfer pour Rodin. Une œuvre grandiose fort bien suggérée par le décor "échafaudé" de Zinovij Margolin au sein de l'atelier du sculpteur. Les relations torturées des deux amants reviennent cependant comme un leitmotiv, accès de désespoir pour l'un, soif de domination et de puissance pour l'autre.

L'intérêt de cette œuvre réside dans le fait que Boris Eifman a su merveilleusement bien mettre en valeur tous les problèmes psychologiques qui animent ces personnages grâce à une mise en scène dont l'esthétisme n'a d'égal que le dépouillement qui sublime la danse. Celle ci repose sur une chorégraphie expressive et signifiante, qui dépeint à merveille les sentiments des personnages en scène, ceux de Rodin et de Camille bien sûr mais aussi de Rose, l'épouse fidèle, dévouée à l'extrême mais totalement délaissée... De même, les cauchemars et tortures psychologiques qui étreignent tous les protagonistes de l'œuvre sont l'objet d'attitudes d'une expressivité extrême, souvent poignantes, et de variations d'une grande beauté plastique, magistralement réglées sur des musiques fort judicieusement choisies et signées Ravel, Saint-Saëns, Massenet, Debussy et Satie. Un ballet d'une grande intensité dramatique à la hauteur de la réputation de son auteur. Il faut dire que ce chorégraphe, qui créa sa propre compagnie en 1977, a su rompre avec les règles de l'académisme russe, développant son propre style, cherchant à créer les émotions à partir de l'esthétique et de l'intensité dramatique. Après s'être élevé durant de nombreuses années contre la rigidité du système artistique soviétique, Boris Eifman a finalement été reconnu tant par ses pairs que par l'Etat russe comme un novateur, ce qui lui permet aujourd'hui de présenter ses ballets dans le monde entier. Nous aurons d'ailleurs l'occasion de le revoir du 9 au 11 février prochain au Théâtre des Champs-Elysées à Paris avec sa dernière création, TransanDanses.

J.M. Gourreau

Rodin et son éternelle idole / Boris Eifman, Opéra de Massy, 13 et 14 décembre 2014

Rodin 01La porte de l enfer

 

La porte de l enfer musee rodin

La porte de l'enfer

  (Musée Rodin)

Boris Eifman / Rodin et son éternelle idole / Opéra de Massy / Décembre 2014

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau