Critiques Spectacles

Angelin Preljocaj / La fresque / La fille aux cheveux de rêve

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Photos J.C. Carbonne

Angelin Preljocaj:

La fille aux cheveux de rêve

 

Angelin Preljocaj est un merveilleux conteur. Les histoires qu'il nous narre par le menu, que ce soit Roméo et Juliette, l’Anoure, Blanche Neige, Sidharta ou La Fresque, sa dernière création, sont toujours d'une lisibilité et d’une clarté telles que le spectateur n'ait aucun mal à s'y insérer, à les vivre ou les revivre. La Fresque s’inspire d’un conte chinois, La peinture sur le mur, qui évoque les péripéties de deux voyageurs, Chu et Meng, qui, pour fuir la tempête qui éclate, se réfugient dans un petit temple qu'ils croisent sur leur chemin. Le maître de céans, un vieux moine, les conduit chemin faisant devant une somptueuse fresque représentant cinq jeunes filles dans un bosquet de pins. L'une d'elles, cheveux de jais flottant au vent, fascine Chu qui la contemple longuement. Un miracle s'accomplit alors: le tableau s'anime et notre voyageur y pénètre. Son aventure durera plusieurs années, vivant des moments d'intense bonheur avec sa dulcinée, séductrice aussi belle que sensuelle, à laquelle il est impossible de résister. Toutefois l'intervention aussi brutale qu’inopinée de guerriers en armure dorée vient mettre fin au rêve. Chu se retrouve dans le présent aux pieds de son compagnon devant la fresque. Mais, au sein de celle-ci, un petit détail avait changé: sa bien-aimée arborait un magnifique chignon, symbole des femmes mariées...

Au travers de cette histoire fantasmagorique d'un amour impossible aux croisées de deux cultures, Preljocaj a sans doute moins cherché à nous faire vivre un rêve merveilleux qu'à nous rapprocher des réalités virtuelles (ou multimedia subversifs), apanage de la jeunesse d'aujourd'hui, lesquelles permettent à des certains d'entre nous, grâce à une technologie informatique, de vivre une expérience d'immersion dans un monde numériquement créé, univers qui peut être imaginaire, symbolique ou simuler certains aspects du monde réel*, par exemple avec le jeu Pokemon Go. « J’aimerais explorer dans ce spectacle les relations mystérieuses existantes entre la représentation et le réel, nous dit le chorégraphe ». Ce à quoi il est parfaitement parvenu.

Créée le 20 septembre dernier à Aix-en-Provence, La Fresque, sur le plan chorégraphique, est une œuvre particulièrement bien construite, la gestuelle, d’une grande fluidité, mettant en valeur la pureté et la quasi immatérialité des jeunes filles, alors qu'à contrario, celle élaborée pour les hommes, qu’il s’agisse des voyageurs, du moine ou des guerriers, a préservé leur vigueur, leur tempérament rude et viril, voire leur brutalité. Et ce, d’autant que la chorégraphie est truffée de sauts et de figures d’une difficulté comme Preljocaj seul ose en proposer, ce qui n'empêche pas ses danseurs de l'interpréter avec brio et d'une façon magistrale.

C’est peut-être la scénographie aux tons pastel de Constance Guisset nimbée des lumières d’Eric Soyer qui s’avère l’élément le plus intéressant dans cette œuvre d’un grand dépouillement, celle-ci étant axée, on s’en sera douté, sur l’importance de la chevelure de l’élue, clé de ce conte. On la retrouve à tous les niveaux, sous forme de volutes, de lianes, de tresses et de chimères dans la vidéo « flottante » et éthérée auréolant le spectacle, mais aussi dans les mouvements incisifs, saccadés et répétitifs des cinq jeunes filles du tableau, sous les accents orientalisants de la musique électronique de Nicolas Godin.

Paradoxalement, lors de la représentation qu'il m'a été donné de voir, cette œuvre, d’une grande portée symbolique, resta un peu linéaire et manqua un tantinet de lyrisme et d’émotion, sans que l’on puisse en déterminer précisément la raison. Etait-ce dû aux difficultés dont la chorégraphie est truffée, était-ce dû la partition électronique pas toujours en adéquation avec la danse ou aux problèmes techniques inhérents à chaque représentation, je ne saurais le dire. Toujours est-il qu’il lui manquait encore ce petit rien qui aurait pu la rendre absolument parfaite.

J.M. Gourreau

La Fresque / Angelin Preljocaj, Opéra Royal, Château de Versailles, du 29 novembre au 4 décembre 2016.

 

* P. Fuchs, extrait du Traité de la réalité virtuelle, Presse des Mines éd., 2000.

Lisbeth Gruwez / Dances Bob Dylan / Une générosité sans bornes

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Photos Luc Depreteire

 

Lisbeth Gruwez :

Une générosité sans bornes
 

 

Rien ne prédisposait Lisbeth Gruwez à danser sur des musiques de Bob Dylan. Car cette danseuse et chorégraphe flamande dont la chaleur et le charisme enflamment le moindre de ses gestes, s’était jusque là illustrée dans un répertoire totalement différent. En fait, elle doit cette initiative à son compagnon et complice, le musicien et compositeur Maarten Van Cauwenberghe, lequel, durant des années, a passé en boucle la musique et les chansons cette icône de la contre-culture, lors des échauffements des danseurs de sa compagnie, "Voetvolk". C’est donc ensemble qu’ils ont choisi huit chansons des années 60 pour faire revivre l’image de ce poète des années hippies qu’elle a appris bien malgré elle à aimer.

Huit soli émouvants par leur simplicité, leur spontanéité, leur fluidité et le dépouillement de leur mise en scène, la danseuse, de blanc vêtue, évoluant très simplement mais avec une légèreté incommensurable sur le miroir d’un tapis de sol noir profond qui reflétait son image. Huit danses d’une grande spontanéité, totalement calquées sur les mélodies de Bob Dylan, traduisant leur essence et l’engagement dont elles étaient empreintes : tantôt la joie qui en émanait, (One more cup of coffee ; it’s allright Ma), tantôt la tristesse dont elles étaient imprégnées (The ballad of Hollis Brown ; Knockin’ on heaven’s door). C’est sans doute Sad-eyed lady of the lowlands à la mélodie répétitive et lancinante qui inspira à la chorégraphe-interprète son plus poignant solo, hymne à Sara Lownds avec laquelle Dylan allait se marier. C’est l’image d’une femme qui semble à la fois résister à l'auteur et s'abandonner à lui. Un long poème qui s’avère une déclaration d'amour, une danse viscérale empreinte de sincérité et de mélancolie, telle qu'on la retrouve dans les œuvres classiques du romantisme.

Lisbeth Gruwez n’est pas une inconnue du public français. Cette émule de Jan Fabre se fit connaître au Festival d’Avignon en créant notamment en 2001 l'une de ses pièces les plus fascinantes, Je suis sang. Dances Bob Dylan fut présentée pour la première fois sur une scène parisienne lors des Rencontres Chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis les 9 et 10 juin 2015. Peu de temps auparavant, très exactement en mars 2015, Lisbeth interprétait sur cette même scène du théâtre de la Bastille sa dernière pièce, It's going to get worse and worse and worse, my friend (voir ma critique dans ces mêmes colonnes). Elle s'y révélait déjà, comme une artiste spontanée, d’un charisme et d’une générosité sans bornes, dont l’aisance et la fluidité de la gestuelle s'avéraient remarquables. Ce qui se confirme aujourd'hui : n’invita t’elle pas, à l’issue de ce dernier spectacle, son public - lequel ne se le fit pas dire deux fois - à partager une dernière danse sur la scène avec elle ?

J.M. Gourreau

Dances Bob Dylan / Lisbeth Gruwez & Maarten Van Cauwenberghe, Théâtre de la Bastille, du 28 novembre au 3 décembre 2016.

Jann Gallois / Compact / Un corps à corps fascinant

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Photos J.M. Gourreau

Jann Gallois :

Un corps à corps fascinant

 

De l'art de faire des nœuds avec son corps... Voilà un petit bijou comme l’on aimerait en voir plus souvent, un spectacle superbe mais…  trop court, bien trop court ! Il est certes fort rare que l’on qualifie une œuvre de cette épithète… Généralement en effet, c’est plutôt l’inverse que l'on ressent ! Et pourtant…

Compact, qui ne dure que 23 minutes, est un duo aussi original qu'émouvant concocté par Jann Gallois et Rafael Smadja, un duo axé sur le contact et les sensations émises par deux êtres qui s'étreignent furieusement, se nouent et se dénouent, se tordent et se vrillent ensemble jusqu’à leur fusion totale, comme s'ils cherchaient à pénétrer l'un dans l'autre... Les corps s'emmêlent, s'entremêlent et se démêlent avec une aisance et une souplesse fascinante pour former des tableaux vivants qui s'élaborent harmonieusement avec une simplicité et un naturel étonnants. Les rares arrêts sur image font naître une pléiade d’émotions plus intenses les unes que les autres. Celles d'un amour passionnel et fusionnel bien sûr mais aussi et surtout celles d'un échange et d'un partage, d'une harmonie et d'une félicité que rien ne saurait briser. S'en dégagent une impression de plénitude, de bonheur communicatif qui enveloppent le spectateur, lui communiquant une sensation de bien-être qui tient en haleine. La puissance et la force des relations entre ces deux êtres, tantôt empreintes de sérénité, tantôt d'une très grande violence, subjuguent du fait de leur réalisme et de leur véracité. Voilà un couple qui ne danse pas pour ne rien dire. La chorégraphe a en effet été amenée pour cette création "à se questionner sur les principes fondamentaux de la vie en communion (avec les autres) et du contact spirituel entre deux âmes".

Gallois jann compact 04 l etoile du nord 23 11 16Gallois jann compact 21 l etoile du nord 23 11 16Gallois jann compact 19 l etoile du nord 23 11Jann Gallois est venue à la danse contemporaine par le hip-hop. On la retrouve de 2008 à 2014 comme interprète dans diverses compagnies, celles de Sébastien Lefrançois, Sylvain Groud, Angelin Preljocaj et Kaori Ito entre autres. C'est en 2012 qu'elle se lance dans la chorégraphie et fonde  la compagnie "BurnOut". Sa première création, le solo P=mg, se verra récompensé à 9 reprises par des prix nationaux et internationaux. Compact est sa troisième création et son premier duo.

J.M. Gourreau

Compact / Jann Gallois, L'Etoile du Nord, 23 novembre 2016, dans le cadre du festival "Avis de turbulences #12".

Mourad Merzouki / Yo Gee Ti / Un heureux coup de foudre

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Photos Michel Cavalca

 

 

Mourad Merzouki :

Un heureux coup de foudre

 

Le hip-hop n'est pas l'apanage des seuls occidentaux. Avec Yo Gee Ti, les Asiatiques nous apportent en effet la démonstration qu’ils sont aussi rompus que nous au hip-hop, tout comme les Brésiliens avec Agwa en 2008. C’est lors d’un voyage à Taïwan au cours duquel Mourad Merzouki présentait Récital qu’il a rencontré pour la première fois les danseurs du « National Chiang Kai-Chek Cultural Center ». Coup de foudre de part et d’autre. Si Mourad fut séduit par la richesse des traditions ancestrales des artistes de ce pays, les danseurs taïwanais, eux, le furent par la virtuosité et les prouesses techniques des danseurs afro-européens. Ainsi, de cette rencontre, naquit Yo Gee Ti, une création de Mourad pour cinq danseurs taïwanais et cinq danseurs de la compagnie "Käfig", œuvre que nous avons pu voir pour la première fois en 2012 et qui est redonnée cette année dans divers lieux du Val-de-Marne, dans le cadre de la 4ème édition du Festival Kalypso.

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Aucun argument pour supporter ce ballet, rien que le faire-valoir des danseurs dans une sorte de confrontation de civilisations, voire de compétition qui, en fait, n’en est pas une, les capacités tant techniques qu’artistiques des interprètes des deux compagnies se révélant à tel point équivalentes qu’il est difficile, voire impossible, même à moyenne distance, de les différencier les uns des autres. La chorégraphie, toujours très originale, est mâtinée d’étonnantes acrobaties. Mais l'intérêt de cette pièce tient davantage dans sa scénographie: ainsi, au début du spectacle, cinq colonnes de laine brute tressée, concrétions stalactitiques ou lianes fossilisées conçues par le jeune styliste Johan Ku, servent d'écrin à un cordon d'êtres fantomatiques, méduses ou éponges, ployés au sol, évoluant à la surface d’une mer noire comme le jais: de ces formes inquiétantes sculptées dans la laine émergent finalement une vague de danseurs louvoyant au rythme d'une envoûtante musique pour cordes et percussions signée AS'N. Une contrainte qui astreint le chorégraphe à un nouveau rapport entre l’espace et le mouvement, à la croisée du hip-hop et de la danse contemporaine. Ce ne sera, d’un bout à l’autre, qu’une suite de tableaux plus attachants les uns que les autres, bien que manquant toutefois un peu d’émotion. C'est sans doute le dernier tableau de cette œuvre qui s'avère le plus fascinant, les colonnes de laine tressée ayant été dénouées pour former une sorte de tricot de fils issus des cintres ou de forêt de bouleaux dépouillés de leurs feuilles en hiver, avec et derrière lequel évoluent les danseurs. Comme toujours chez Merzouki, ses pièces ne sont pas uniquement un faire-valoir du hip-hop ou de la break dance mais une réelle œuvre d’art total dans laquelle la scénographie tient une place prépondérante. Yo Gee Ti en apporte une nouvelle fois la preuve.

J.M. Gourreau

01 yo gee ti michel cavalcaYo Gee Ti / Mourad Merzouki, Créteil, Maison des arts, 22 et 23 novembre 2016, dans le cadre de la 4ème édition du Festival Kalypso.

Olivier Dubois / Tragédie / Transe

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Photos F. Stemmer

 

 

Olivier Dubois:

Transe

Ils sont dix huit, neuf femmes et neuf hommes, nus comme des vers. Sortant progressivement de l'ombre, les premiers s'avancent dans un va-et-vient obstiné, d'abord un par un puis par petits groupes depuis le fond de scène jusqu'au devant du public avant de s'en retourner pour refaire le même trajet, inlassablement, tel un défilé de mannequins. Une marche implacable, martiale, quasi-militaire, comme télécommandée, répétée à l'envi pendant près de trois quarts d'heure, du même pas. Des allers-retours dans l'urgence, martelés par la musique - obsessionnelle elle aussi - de François Caffenne, qui fascinent, obnubilent par leur répétitivité. La mécanique est réglée comme un mécanisme d'horlogerie et l'on ne s'aperçoit qu'à peine des changements de rythme et de direction progressifs qui vont amener cette marée humaine - une vingtaine de danseurs suffit en effet à en donner l'impression - à modifier sa forme et le sens de sa marche. Individualisés au départ, les corps bientôt se fondent en une masse qui tantôt se fragmente pour s'affronter, tantôt se regroupe en cercle tout en s'évitant, tantôt fusionne embarquée dans une folie communicative, détruisant la géométrie originelle rigoureuse et ordonnée où les corps se frôlaient sans jamais se toucher. Petit à petit, cette humanité, libérant son énergie, donne alors libre cours à ses pulsions orgiaques, révélant la sauvagerie et la bestialité dont elle est animée. En se libérant ainsi, les corps à l'état brut vibrent puis entrent en transe, dévoilant cet état de corps originel qui se débarrasse de tous ces troubles "historiques, sociologiques et psychologiques" qui lui avaient été conférés par la civilisation. Une danse tribale hypnotique et obnubilante qui entraîne peu à peu dans son sillage les spectateurs subjugués.

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Tragédie est le troisième volet d'une trilogie, Etude critique pour un trompe l'œil, dont le premier volet, Révolution, a été créée en 2009 et le second, Rouge, en 2011. Cette dernière œuvre, qui s'appuie sur La naissance de la tragédie de Nietzsche, a vu le jour avec un énorme succès au festival d'Avignon en 2012. La question à laquelle Olivier Dubois tente de répondre au travers de celle-ci tient en quelques mots: "Qu'est-ce que l'humanité" ? D'où la mise à nu aussi nécessaire qu'indispensable du corps - ce qui, d'ailleurs, ne choque ni ne relève plus de la provocation aujourd'hui, - la vibration de la chair étant un des véhicules princeps de l'émotion comme des sensations qui n'est plus à démontrer. Et le chorégraphe de conclure: "Le simple fait d'être homme ne fait pas l'humanité"...

J.M. Gourreau

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Tragédie / Olivier Dubois et le Ballet du Nord, Théâtre de Saint-Quentin en Yvelines, 19 novembre 2016.

https://www.youtube.com/watch?v=A3Jno6Y5u9w

 

Shapeshiftig / Linda Hayford, Parasite / Sandrine Lescourant & Images / Antoinette Gomis / A l'heure du partage

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                Parasite / Sandrine Lescourant                                    Shapeshifting / Linda Hayford                                           Images / Antoinette Gomis

                                                                                                                     Photos Benoîte Fanton

Linda Hayford, Sandrine Lescourant & Antoinette Gomis au Festival Kalypso:

A l’heure du partage

 

Plus riche et plus éclectique que jamais... Cette 4ème édition du festival de danse Kalypso, placée sous la houlette de Mourad Merzouki, met en lumière jusqu'au 18 décembre de nouveaux talents, tout en investissant de nouveaux territoires et de nouveaux lieux, décloisonnant l'art de Terpsichore. En synergie avec le festival Karavel de Bron créé par cet infatigable chorégraphe quelques années plus tôt, ce sont plus de 50 compagnies de hip-hop colonisant quelques 25 lieux qui auront pu se produire dans ces deux pôles durant 3 mois. Que de chemin parcouru depuis la naissance de cet art dans notre pays il y a plus de 30 ans !

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Correria agwa / Mourad Merzouki

Si, cette année, l’accent est mis sur sa compagnie "Käfig" qui fête ses 20 ans d’existence, Mourad Merzouki n’en a pas moins oublié la jeune génération puisqu’il présente, dans ses "plateaux partagés", toute une pléiade de jeunes talents, parmi lesquels Sandrine Lescourant, Linda Hayford et Antoinette Gomis.

Shapeshifting, la première création sur scène de Linda Hayford, est un solo intuitif très animal dans lequel se mêlent hip-hop, house-dance et popping, sa danse de prédilection. Une danse stroboscopée toute en ondulations, torsions, rotations, ruptures d'équilibres, qui engage le corps dans sa totalité. Un travail axé sur l'écoute de la musique fort suggestive, il est vrai, d'Abraham Diallo, et magnifiquement mis en lumière par Ydir Acef. Originaire de Rennes, Linda Hayford, qui fait partie de la compagnie "Par terre" d'Anne Nguyen, est réputée pour ses performances dans des battles internationaux.

Parasite de Sandrine Lescourant - alias Mufasa dans le milieu des battles - est aussi la première chorégraphie de cette artiste, laquelle s'est également appuyée sur une partition d'Abraham Diallo: c'est une pièce très suggestive et d'une construction fascinante, qui évoque sur un ton badin et moqueur quelques uns des sentiments qui étreignent un groupe de cinq jeunes filles lors de leur première rencontre. Ecoute et observation de l'Autre, analyse de ses sentiments, partage ou rejet, pour finir par l'adoption d'une attitude commune réfléchie et raisonnée, non sans avoir tourné en dérision les petits côtés de chacune, leur fragilité, leurs faiblesses ou leurs forces. Une œuvre légère et ludique sur les relations humaines créée en octobre dernier dans le cadre du festival Karavel à Lyon.

Troisième et dernier jeune talent, Antoinette Gomis et son solo Images, un vibrant hommage à Nina Simone, pianiste et compositrice américaine très engagée qui, toute sa vie durant, a lutté contre l’esclavage et l’inégalité raciale pour l’obtention de droits civiques communs entre blancs et noirs. C’est la chanson See Line woman de Nina Simone, laquelle évoque avec beaucoup de nostalgie certaines facettes de la condition de la femme noire en Amérique, qui sert de support à une chorégraphie poignante axée sur une gestuelle coulée et très liée, laquelle met en avant le charisme de la chorégraphe et la fluidité remarquable de ses bras. Une œuvre qui vous va droit au cœur.  

Affaire à suivre...

J.M. Gourreau

Shapeshifting / Linda Hayford, Parasite / Sandrine Lescourant & Images / Antoinette Gomis, Grande Halle de La Villette, 15 & 16 novembre 2016, dans le cadre du Festival Kalypso.

Rocío Molina / Caída del Cielo / Du zapateado comme vous n'en avez jamais vu

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Photos Pablo Guidali

Rocío Molina:

Du zapateado comme vous n'en avez jamais vu

Pablo guidali 003Elle est Andalouse, de Malaga, très exactement. C'est une adepte du flamenco, plus précisément du duende ; elle est délurée, irrévérencieuse, iconoclaste même, mais bourrée de talent. Son nom: Rocío Molina. Partout où elle passe, elle laisse des égratignures. Vous l'avez certainement déjà rencontrée aux détours du Palais de Chaillot où elle s'est produite dans Mujeres en 2008, puis dans Cuendo Las Piedras Vuelen l'année suivante et, enfin, dans Danzaora en 2013. Avec elle, il faut toujours s'attendre au pire. Ce qui a bien failli se produire d'ailleurs, car le rideau s'ouvre sur quatre musiciens entamant une sorte de rock endiablé : elle ne va pas nous faire des claquettes sur une telle musique quand même ? Eh bien si, mais pas tout de suite, sans que vous vous en rendiez compte, tout en douceur. Et ce n'est qu'à l'issue de la représentation que vous vous exclamez: "elle en a du culot tout de même" ! Mais elle vous a subjugué et vous êtes absolument ravi de son impertinence et de son audace... Une maîtresse femme !

Il faut avouer que Caída del Cielo, ce qui peut se traduire par "Chute du ciel" - et qui évoque donc un cataclysme, ce qui n'est pas totalement faux -, est un spectacle particulièrement bien monté et, surtout, remarquablement bien interprété, tant par les chanteurs que par la chorégraphe-interprète elle-même. Pourtant, à la voir comme ça, petite et rondouillarde, elle n'a rien d'une danseuse de flamenco telle que l'on se la représente habituellement, grande, noble, hiératique et imbue de son art. Lorsqu'elle fait son entrée sur scène après la brève séquence de musique rock dans sa robe blanche terminée par une traîne ornée de falbalas et qu'elle entame, sur un magnifique chant traditionnel aussi grave et rauque que profond, une danse espagnole mâtinée de danse contemporaine et entrelardée de reptations et de roulades au sol (sic), on se demande bien jusqu'où elle va aller dans son iconoclasme... Mais lorsqu'elle se relève et entame un zapatéado endiablé avec une maestria ahurissante, on a compris qu'elle maitrisait parfaitement son art et qu'elle allait très vite le transgresser. Sa vivacité et sa fougue n'ont d'égales que son imagination débridée. A ce titre, la séquence où elle parcourt le plateau à pas lents et mesurés, à nouveau vêtue d'une robe à traîne qu'elle plonge dans un bain de colorant violine avant de l'enfiler de manière à laisser derrière elle un tableau abstrait relayé par une vidéo sur grand écran, est d'une originalité à vous couper le souffle. C'est la raison pour laquelle on est prêt à lui pardonner bien vite ses incartades, telle celle de s'enfiler - avec ses quatre musiciens et chanteurs - un paquet de chips an beau milieu du spectacle... Bon, vous l'aurez compris, on ne s'ennuie pas une seconde avec une telle "pile électrique" aussi exubérante qu'attachante, et les 80 minutes que durent le spectacle passent quasiment sans que vous vous en soyez aperçu...

J.M. Gourreau

Caída del Cielo / Rocío Molina, Théâtre National de la danse Chaillot, du 3 au 11 novembre 2016.

Robin Orlin / Albert Ibokwe Khoza /And so you see... / Requiem pour l'humanité

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Photos Jérôme Seron

 

Robin Orlin:

Requiem pour l'humanité

 

Avec Robin Orlin, on est constamment à la merci d’une surprise de taille. La plupart de ses spectacles s'avèrent de prime abord énigmatiques, si bien qu'à leur issue, on se demande toujours sur quel bateau elle nous a embarqué. Très vite cependant, les brumes se dissipent et les contours de son message - récurrent, voire même obsessionnel, à savoir la lutte contre l'apartheid - se dessinent petit à petit. And so you see... Our honourable blue sky and ever enduring sun... Can only be consumed slice by slice... ne déroge pas à la règle: c'est un étonnant solo pour un non moins surprenant danseur et chorégraphe sud-africain tout comme elle, Albert Ibokwe Khoza, qui vient de Soweto. Leur collaboration n'a rien de surprenant: lui aussi se bat pour reconquérir sa liberté et ses droits à la différence ; lui aussi prône l'égalité des peuples et des sexes ; lui aussi cherche par tous les moyens à aller de l'avant et fuir un conservatisme désuet.

Au travers de cette  œuvre, ce leitmotiv va être traduit par le quotidien d'un homme dissident, lequel utilise l'ironie comme arme, "renvoyant une image plus risquée, improbable et, au final, défiante, à travers le miroir que nous tendons à nous-mêmes". Images improbables certes, j'irai même jusqu'à dire surréalistes, voire kafkaïennes, comme le dit fort justement Robin Orlin qui, cette fois, s'est servie du thème des 7 péchés capitaux pour faire passer son message. Dès son entrée dans la salle, le spectateur découvre sur la scène un immense et luxueux fauteuil qui, curieusement, tourne le dos au public : il en émerge une masse ronde emmaillotée dans un film plastique transparent, laquelle se révèle être une tête sur de fort larges épaules. Au fond du plateau, une petite estrade sur laquelle repose une caméra dont les images, filmées sur le plateau, vont être retranscrites en direct sur le mur, face aux spectateurs.

Au début du spectacle, alors que des clichés de zébus défilent en fond de scène, attestant que nous sommes bien en Afrique, le caméraman s'avance vers le fauteuil, un long couteau à la main : il se met alors en devoir de découper l'enveloppe de plastique enrubannant la tête qui émerge du fauteuil: vous vous en serez douté, ce n'est pas un chatoyant papillon qui va sortir de cette curieuse chrysalide mais un individu plantureux, alias Albert Silindokuhle Ibokwe Khoza* : celui-ci va poursuivre lui-même ce démaillotage non sans une once de colère, nous faisant ainsi part de son dépit, voire de son courroux d'avoir été ainsi ligoté et réduit au silence. Privation de liberté qui, bien évidemment, va le conduire à commettre deux nouveaux péchés capitaux, l'envie et la gourmandise, lesquels vont se manifester à la vue d'un plateau d'oranges qu’il va aussitôt dévorer littéralement comme un goret, sous les accents lénifiants d'une musique de Mozart… Et tout à l'avenant, le moment le plus étonnant étant peut-être celui où il invite – ou plutôt, enjoint – avec beaucoup d'humour deux spectateurs, choisis au hasard dans la salle sur leur bonne mine, de descendre sur scène pour... faire sa toilette, ce avant de se farder comme une mijaurée en embrassant son miroir devant la caméra, puis de se peinturlurer entièrement le corps d'un éclatant bleu-schtroumpf !

Des actions farfelues, me direz-vous, mais pas si absurdes que cela et, a contrario, tout aussi pathétiques que poignantes lorsque l'on prend conscience que la prestation de cet être, planté là, devant nous, est en fait un cri qu'il s'efforce de nous faire entendre, un rugissement qu’il émet non pour son propre bénéfice mais pour celui des générations futures, ces jeunes qu'il cherche à émanciper pour qu’ils ne tombent pas comme ses pairs dans la médiocrité. Voilà une belle leçon d'humanité que l’on n’est pas prêt d’oublier. Gageons que la collaboration entre ces deux artistes unis dans un même combat ne s’arrêtera pas en si bon chemin…

J.M. Gourreau

And so you see... Our honourable blue sky and ever enduring sun... Can only be consumed slice by slice... / Robin Orlin & Albert Silindokuhle Ibokwe Khoza, Théâtre de la Bastille, du 3 octobre au 12 novembre 2016, dans le cadre de la 45ème édition du Festival d'Automne à Paris.

 

* Nous avons pu découvrir ce danseur et chorégraphe noir en mars-avril dernier au Cent Quatre à Paris dans un  remarquable solo, Influences of a closet chant, une œuvre poignante de son cru dans laquelle il revendiquait son homosexualité et évoquait les difficultés et embûches qui émaillaient son chemin, ainsi que les insurmontables barrières qui s'élevaient devant lui lorsqu'il cherchait à faire évoluer les mentalités

Dominique Rebaud, Thierry Thieû Niang & Tatiana Julien / Festival Danses ouvertes / Fontenay-aux-Roses

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Douve, première figure / Tatiana Julien - Photos J.M. Gourreau

 

Dominique Rebaud, Thierry Thieû Niang & Tatiana Julien:

Dans un esprit de partage, de 7 à 77 ans

 

Sous toutes les formes, pour tous les goûts: cette formule à elle seule pourrait résumer l'esprit dans lequel s'est déroulé le festival "Danses Ouvertes" de Fontenay-aux-Roses, concocté par la compagnie Camargo, sous l'égide de Dominique Rebaud et d'Arnaud Sauer. Un festival dont la particularité est de réunir en alternance au cours de la journée des danseurs amateurs et professionnels de tous âges, certains d'entre eux ayant même dépassé - et de loin - les 77 ans... Ce dans un réel esprit de solidarité et de partage. Car c'est en cela que réside l'originalité de ce festival, les plus jeunes ayant pu côtoyer à leur guise et à tous moments les plus grands. Le programme en effet faisait alterner - sur des placettes dédiées du Gymnase du Parc de Fontenay-aux-Roses - un puzzle de courtes pièces de divers chorégraphes qui dialoguent et se répondent: des pièces tant classiques que modernes ou traditionnelles qui se nourrissent les unes des autres: interprétées par des amateurs de tous âges et de tous niveaux, elles cohabitaient dans un espace global avec des œuvres plus longues et plus élaborées, réalisées par des chorégraphes dont la renommée n'est plus à faire, tel Thierry Thieû Niang: à cette occasion, cet artiste a redonné sa vision aussi singulière qu'étonnante du Sacre du printemps de Stravinski.

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Du Printemps / Thierry Nieû Niang

Photos A. Sauer

 

 

L'originalité de cette œuvre, créée au Festival d'Avignon en 2011, réside dans le fait qu'elle a été conçue, également dans esprit de partage, pour des amateurs, 25 séniors très exactement. Son auteur y voit en effet un questionnement social : en donnant l’occasion à cette classe plus vraiment toute jeune de monter sur scène et de se mettre en avant dans un contexte artistique, c’est lui redonner une place dans la société, place à laquelle nombre de ces amateurs aspiraient secrètement sans pouvoir toujours parvenir à l’occuper. La meilleure preuve en est que, cinq ans plus tard, la quasi-totalité des danseurs présents à la création avaient répondu à l’appel… Comme je l’ai écrit dans ces mêmes colonnes à l’occasion de la création de sa pièce Les gens de chez moi en mars 2014, le but recherché par Thierry Niang n'est ni plus ni moins que celui de redéfinir et d’améliorer, au sein d'une même cohorte, les relations entre des gens de différentes générations et de différentes cultures, afin de tisser de nouveaux liens entre eux. Ce tout en créant une œuvre artistique qui puisse, de par son impact, resserrer les liens préétablis. C’est en effet dans cet esprit de fraternité qu’a été conçu Du printemps !, cette longue marche circulaire sur le thème de l’écoulement du temps et du cycle de la vie, avec ses changements permanents de rythme au gré des possibilités de chacun des participants. Une lutte constante avec soi-même, en cherchant à dépasser ses possibilités pour aller toujours plus loin, en s’aidant - lorsque la nécessité s’en fait sentir - de l’autre, des autres.

Autre point fort de cette soirée, la prestation de Tatiana Julien, Douve, première figure, un solo contemporain de 2012 inspiré du recueil Du mouvement et de l'immobilité de Douve d'Yves Bonnefoy. Une danse poignante, torturée, sauvage, ancestrale, dans laquelle la chorégraphe-interprète questionne la place de la danse face à la mort, lui livrant un combat dont sa vie sera l’enjeu.

Voilà donc une troisième édition fort enrichissante de ce qui pourrait devenir un nouveau festival questionnant la place de la danse dans notre société, et motivé par le désir – la nécessité même – de donner à tout un chacun l’envie de danser. Un festival parfaitement original où le spectateur est invité à déambuler comme le visiteur d'un musée dans un espace scénographié au sein duquel artistes et public sont invités à se rencontrer.

J.M. Gourreau

Du printemps ! / Thierry Thieû Niang & Douve, première figure / Tatiana Julien. Festival Danses Ouvertes de Fontenay-aux-Roses, 29 & 30 Octobre 2016.

 

Gisèle Vienne / Kindertotenlieder / Un univers morbide dénué de tout intérêt

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Photos Mathilde Darel

Gisèle Vienne:

Un univers morbide dénué de tout intérêt

 

Pas le moindre petit pas de danse de quel style que ce soit dans ce spectacle qui se déroule dans une semi-obscurité, entre chien et loup, dans un lieu indéfinissable laissant exhaler un parfum de mort. Le sol est recouvert de neige. Des êtres asexués évoluent lentement et à pas feutrés au beau milieu de poupées inertes en habits de deuil. L'atmosphère est glauque, lourde, pesante. Une créature chimérique s'extirpe d'un cercueil. Dès lors tout bascule. Deux êtres étranges aux allures ursines affublés de six cornes, à la fois celles d'un bouc et d'un bélier, font leur apparition: ce sont des "Perchten"* qui traversent brutalement la scène, heurtant de plein fouet deux poupées de taille humaine qu'ils renversent avant de s'enfiler d'un trait une canette de bière, tout en se débarrassant de leurs oripeaux de fourrure. Des sons aussi tonitruants que déchirants à réveiller un mort, un vrombissement cyclonique issu des instruments de Stephen O'Malley & de Peter Rehberg, amplifiés au delà du supportable, envahissent la salle. C'est alors que l'un de nos deux "Perchten" - qui a repris une allure humaine - larde de coups de couteau une jeune femme qui va se révéler immortelle, tandis que l'autre se rue sur un adolescent, le roue de coups, déchire avec rage ses vêtements, le déshabille entièrement et l'abandonne dans la neige dans la tenue d'Adam, sans ménagement ni la moindre once de remords.

Quel message Gisèle Vienne, connue avant tout par les adeptes de Terpsichore comme chorégraphe mais qui s'est avérée aussi dans d'autres circonstances fervente adepte de l'art de la marionnette, a t'elle voulu nous faire passer au travers de ces exactions purement gratuites mais non exemptes de sensualité ? L'horreur du monde dans lequel nous vivons ? Cherchait-elle à nous faire prendre conscience des pulsions et fantasmes liés à la cruauté et à l'expiation qui, parfois, nous étreignent ? La lecture du programme nous apprend qu'au travers de ces Kindertotenlieder (Mahler doit s'en retourner dans sa tombe...) Gisèle Vienne, se référant au concept de l'"Inquiétante étrangeté" (Das Unheimliche dans sa langue originale) que Freud écrivit en 1919, tenta "de questionner la représentation de l'effroi, liée à celle de la mort, et la proximité constante qu'elle entretient avec les propriétés humaines, comme l'apparence du corps et le comportement".

Ce n'est malheureusement pas la juxtaposition ou le collage bout à bout d'actions morbides ou de scènes d'horreur dans une mise en scène sulfureuse empreinte de décadentisme qui vont réveiller nos peurs d'enfants, ni même engendrer un quelconque sentiment d'effroi. Il eut fallu pour cela créer une véritable atmosphère d'horreur en suivant un fil conducteur pour parvenir à un suspense final haut en couleurs; il eut fallu pour cela bâtir une réelle histoire que l'on puisse faire sienne et dans laquelle on puisse s'immiscer, ce qui ne fut pas le cas. Et l'on ressort déçu, d'une part que les marionnettes ne soient traitées que comme des objets sans prendre réellement part au spectacle, d'autre part que Gisèle Vienne, que la mort semble fasciner, n'ait fait appel à ses talents de chorégraphe pour nous faire vivre, si noire fût-elle, une fiction qui nous emmène réellement dans un univers à la Sade, du moins à la Edgar Poe.

J.M. Gourreau

Kindertotenlieder / Gisèle Vienne, Centre Pompidou, 27 et 28 octobre 2016.

 

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Perchten

Photos Max Resdefault

et Festival de Salzbourg

 

*Les Perchten sont des êtres fantasmagoriques issus du folklore bavarois qui hantent les campagnes autrichiennes en décembre et janvier, particulièrement au moment de l'épiphanie. Ils endossent deux formes, les bons (Schönperchten) et les mauvais (Schiachperchten), les premiers apparaissant le jour pour apporter chance et richesses au peuple, les seconds étant des êtres maléfiques qui commettent leurs exactions la nuit, chassant les démons et punissant les âmes damnées.