Critiques Spectacles

Lin HWai-min / Cloud Gate Dance Theatre of Taïwan / Formosa / Le charme et la poésie de l’Orient

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Lin Hwai-min :

Le charme  et la poésie de l’Orient

 

Cela fait tout juste deux ans que l’on ne l’avait pas vu à Paris : c’est en effet en avril 2016 que Lin Hwai-min, fondateur et directeur artistique du Cloud Gate Dance Theatre, s’était produit au Théâtre de la Ville avec Rice, sa dernière chorégraphie en date. Un monde onirique d’une poésie, d’une douceur et d’une chaleur à nulle autre pareilles, évoquant bien évidemment l’atmosphère de Taïwan, son peuple et ses rizières. Il nous revient aujourd’hui, peut-être pour la dernière fois car cet infatigable artiste a tout de même décidé, à 70 ans, après quelque 45 années à la tête de l’une des plus grandes compagnies asiatiques de danse contemporaine, de prendre une retraite méritée... En effet, c’est en 1973 qu’il fondait The Cloud Gate Dance Theatre of Taiwan, à Taipei, compagnie qui acquerra très vite une renommée internationale.

C’est à nouveau son pays que Lin Hwai-min évoque au travers de Formosa, ancien nom de l'île de Taïwan. Selon la légende, ce nom proviendrait d’une interjection prononcée au 16ème siècle par les conquistadores portugais, Isla formosa !, (ce qui peut se traduire par "Quelle belle île !"), lorsqu’ils la découvrirent et mirent pour la première fois les pieds sur son rivage. Toute la beauté de ses paysages, sa nature, son histoire, les us et coutumes de ses habitants se retrouvent au fil des images de cette magnifique fresque qui défile devant nos yeux, agrémentée de musique, de chants, de poèmes et de calligraphies d’une saisissante beauté. Formosa s’appuie en effet fortement sur la poésie des mots et des lignes qui apparaissent furtivement sur le plancher et les murs du plateau : c’est aux artistes Chou Tung-yen et Chang Hao-jan que Lin Hwai-min a commandé une création scénographique picturale entièrement composée de caractères calligraphiques inspirés de la langue chinoise, formant une voie lactée de mots qui vont se noyer dans la mer à l’issue du spectacle. Au début de l’œuvre, les lettres noires qui forment les poèmes sont parfaitement alignées. Au fil du temps cependant, elles se déforment, s’entrecroisent, fusionnent pour mieux se désintégrer l’instant d’après puis se déverser en masse comme l’eau d’un torrent avant de rejoindre dans leur course les danseurs sur scène. Dans la première partie de l’œuvre, les figures et dessins arrondis et spiralés de la chorégraphie se marient harmonieusement avec les caractères projetés sur le sol et le rideau de fond tout en les soulignant, d’autant que la scénographie oppose des soli à des groupes de danseurs qui découpent et sculptent l’espace. Leur gestuelle, sophistiquée et très travaillée, prolongée à l’infini, fait appel à la fois à la danse contemporaine occidentale, à la danse classique, aux arts martiaux, au Taï-chi et au Qi Gong, d’où la virtuosité et l’homogénéité de ces 24 interprètes, leur remarquable fluidité, leur étonnante présence et l’exceptionnelle maîtrise du mouvement dont ils font preuve. Il en résulte une danse imagée, certes alambiquée mais très coulée, parfaitement adaptée à la représentation de toutes les circonstances de la vie à Formose, depuis l’évocation des paysans dans les rizières ou des pêcheurs au bord de la mer jusqu’à la vie trépidante et tourmentée des villes, sujette, comme partout ailleurs, aux vagues de violence, aux règlements de compte, aux conflits et affrontements sauvages des clans pour la conquête du pouvoir et des terres arables. Mais aussi une danse tout aussi évocatrice de l’harmonie, du faste et de la beauté de la faune sauvage, en particulier de ses aigrettes dans les rizières, de la somptuosité des paysages verdoyants qui sont l’apanage de l’île, des vagues impétueuses, voire déchaînées, de l’océan. Une danse sobre, délicate, précieuse et raffinée, soulignée par sa géométrie originale et les tons pastel de la scénographie qui l’auréole, très inspirée par l’esthétique traditionnelle chinoise. Si le solo d’ouverture de Chen Mu-han, évoquant la découverte de Formosa - "une feuille flottant au bord du Pacifique" - s’avère d’une beauté céleste, l’œuvre se termine par une lueur d’espoir, celle d’un homme seul dans le vide sidéral, le regard tourné vers le ciel, symbole de l’avenir.

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Photos : LIU Chen-hsiang

Rien au départ cependant ne prédestinait Lin Hwai-min à la danse : à l’origine en effet, cet artiste débute sa carrière comme écrivain, auteur d’essais dans les années 1960-1970. Sa nouvelle intitulée Cicada est d’ailleurs un succès de librairie à Taïwan, alors que quelques autres de ses nouvelles ont été traduites en anglais et publiées aux États-Unis. Mais il a toujours été fasciné par la danse. C’est à l’âge de 23 ans qu’il commence sa formation dans cette discipline au Centre de danse contemporaine Martha Graham de New York, alors qu’il était encore inscrit en maîtrise es beaux-arts au Writer’s Workshop de l’Université de l'Iowa. En 1973, il fonde le Cloud Gate Dance Theatre of Taiwan.  "Je savais que j'étais trop vieux (pour devenir danseur), mais lorsque je suis retourné à Taiwan, se souvient Lin, j’ai rêvé de devenir chorégraphe. Il n'y avait à l’époque pas de compagnie de danse ; alors nous en avons créé une ". C'était à Taipei en 1973. Lin avait tout juste 26 ans. Depuis lors, il a écrit et créé 90 spectacles, Formosa, ayant vu le jour le 24 novembre dernier.

Deux fois lauréat du prix national des arts de Taïwan, Lin Hwai-min s’est vu décerner des doctorats honorifiques par six universités à Taïwan et Hong Kong. Le département de la culture de la ville de New York lui a concédé un prix d’excellence pour l’ensemble de son œuvre ; outre le fait d’avoir été décoré de l’insigne de Chevalier de l’Ordre des Arts et Lettres par le ministère français de la Culture, il a aussi été lauréat du troisième prix John D. Rockefeller, du prix Joyce de Chicago ainsi que du prix Ramon Magsaysay, appelé « prix Nobel de l’Asie ». En 2000, Lin a été sacré "Chorégraphe du 20e siècle" par Dance Europe ; il a figuré parmi les « personnalités de l’année » de Ballet International et a été nommé "Meilleur chorégraphe" lors de la Biennale de la danse de Lyon. En 2005, le Time Magazine a vu en lui l’un des « héros de l’Asie » et, en 2006, l’International Society of Performing Arts (ISPA) lui a décerné son prix d’Artiste remarquable de l’année.

 

J.M. Gourreau

 

Formosa / Lin Hwai-min, Cloud Gate Dance Theatre of Taiwan, Grande Halle de La Villette, du 30 mai au 2 juin 2018.

  

Millepied, Maliphant et Forsythe / Ballet de l’Opéra de Lyon / La virtuosité mise en exergue

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Photos Blandine Soulage

Ballet de l’Opéra de Lyon : Millepied, Maliphant et Forsythe :

La virtuosité mise en exergue

 

C’est un programme marqué par l’éclectisme que nous offre le Ballet de l’Opéra de Lyon pour son passage à l’Espace Pierre Cardin, un programme constitué de courtes pièces de son répertoire qui, certes, n’ont rien de révolutionnaire, mais qui mettent en avant l’excellence et la virtuosité de ses interprètes et qui, de plus, s’avèrent parfaitement adaptées au lieu dans lequel elles sont présentées. Trois œuvres d’obédience différente émaillent ce programme qui s’ouvre sur Sarabande de Benjamin Millepied, une pièce déjà assez ancienne sur différentes sonates et partitas pour flûte et violon de Jean-Sébastien Bach. Interprétée par quatre danseurs, la chorégraphie, assez sophistiquée et d’une grande richesse, calquée sur la musique, la distord, l’explore, la dissèque, la fait éclater, vibrer. S’ouvrant par un solo plein de verve et d’esprit au sein duquel le violon torture le danseur, l’œuvre, truffée de sauts et de tours d’une virtuosité ahurissante, fait alterner soli, duos et quatuors dans des enchaînements qui en extraient petit à petit toute la substantifique moelle, l’exprimant jusqu’à la dernière goutte, transformant les sons en mouvements d’une expressivité sans égale et d’une très grande originalité.

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Créé en 1998, Critical Mass de Russell Maliphant qui suit Sarabande est également une œuvre d’une construction rigoureuse, mâtinée d’arts martiaux. Celle-ci débute par un solo en silence dansé par Albert Nikolli pour se poursuivre par un duo surprenant, dans lequel la partition musicale stroboscopée signée Richard English et Andy Cowton est entrecoupée de silences brutaux au cours desquels les deux interprètes, Leoannis Pupo-Guillen et Albert Nikolli, en recherche constante d’équilibre, poursuivent la variation sur sa lancée. Les éclairages de Michael Hulls interviennent eux aussi comme partenaires à part entière, accentuant l’atmosphère établie par des illusions d’optique qui annoncent, laissent entrevoir et deviner les variations qui vont suivre. Un ballet aérien et léger mais là encore d’une virtuosité extrême, qui suscite un état de tension permanent.

Steptext que William Forsythe a créé en 1985 et qui terminait le programme est un enchaînement de mouvements énergiques et alambiqués mais très lyriques, caractéristiques du style de ce chorégraphe. Des enchaînements harmonieux d’une incroyable complexité mais d’une saisissante beauté, des équilibres à la limite du déséquilibre, des corps déhanchés, désaxés, tendus à l’extrême, étirés jusqu’aux limites de la rupture mettent en avant la technicité des quatre interprètes qui répondent admirablement aux difficultés instrumentales de la Chaconne de la Sonate n°4 pour violon seul en ré mineur de Jean-Sébastien Bach. Fascinant.

J.M. Gourreau

Sarabande / Benjamin Millepied, Critical Mass / Russell Maliphant, Steptext / William Forsythe, Ballet de l’Opéra de Lyon, Espace Pierre Cardin, Paris, du 2 au 12 mai 2018

Julien Lestel / MisaTango / Une messe dansée

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Photos F. Pinson & D. Malherbe

 

 

Julien Lestel :

Une messe dansée

 

Il lui fallait un cadre à sa mesure. Elle l’a enfin obtenu. Cette MisaTango de Martin Palmieri (dénommée Misa a Buenos Aires en Argentine), bien qu’elle ne soit pas aussi célèbre que la Misa criolla d’Ariel Ramirez ni que les Missa solemnis de Beethoven ou de Mozart, aura fini par bénéficier du faste et de l’aura dont elle aurait dû être parée depuis deux décennies. Créée en août 1996 par l’orchestre symphonique de Cuba au théâtre Broadway de Buenos-Aires, la MisaTango de Palmieri, composée sur des airs de tango, apanage de la culture argentine, comporte cependant tous les éléments traditionnels d’une messe latine: elle en conserve en effet son caractère religieux et respecte le déroulé de la liturgie chrétienne dont on retrouve les cinq parties habituelles sous forme de mouvements assez courts, le Kyrie, le Gloria, le Credo, le Benedictus et l’Agnus dei. Au cours de ce dernier, les phrases mélancoliques du bandonéon préparent l’entrée de la soliste Sophie Hanne, mezzo-soprano dont la voix chaleureuse a l’heur de vous projeter dans un autre monde et de vous réchauffer le cœur… Ces éléments traditionnels ont en effet un rythme dansant, voire envoûtant tout à fait inhabituel. L’orchestre à cordes est ici associé à un piano et à un bandonéon, instrument emblématique du tango, lequel apporte à l’ensemble une touche aussi originale qu’étonnante qui donne à cette messe sublime une tonalité tragique. Cet alliage sonore confère de ce fait à la partition une couleur très particulière, extrêmement attachante, qui met en valeur les voix et se conjugue particulièrement bien avec elles. L’œuvre se termine de manière très émouvante par un Dona nobis pacem, seule véritable fugue de cette pièce pleine de ferveur, avant que la musique ne s’apaise et ne s’éteigne doucement, jusqu’au silence, rédempteur de la sagesse et de la paix.

L’histoire de cette messe, restée longtemps inconnue hors de ses frontières, n’est d’ailleurs pas banale. Laissons son auteur l’évoquer : « J’étais également chef de chœur et pianiste dans un orchestre de tango, raconte-t-il. Comme il n’existe pas de répertoire de tango pour chœur, mes choristes me demandèrent d’écrire un arrangement de tango pour chœur a cappella. Ce fut un véritable désastre : le tango est une culture, un mode de vie qui implique même une façon de marcher ! Or le chœur sonnait totalement européen, et les voix solistes se perdaient sans intérêt. J’ai donc compris qu’il fallait écrire une œuvre originale. Et comme, à cette époque, je m’intéressais beaucoup à la musique religieuse, j’ai décidé d’écrire une Messe, en gardant le latin qui, pour moi, est la langue chorale par excellence. J’ai commencé à chanter le Kyrie sur un thème de tango, puis le Kyrie s’est terminé naturellement. Le reste de l’œuvre a ainsi suivi. Le Pape François a demandé à l’écouter et il en a chaudement fait l’éloge »... 

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Photos B. Faure & D. Malherbe

 

 

C’est seulement en 2012 que cette partition éclatante de chaleur et de sensualité, fortement marquée par la tradition catholique, franchira nos frontières. Cette année-là, la Chorale "A cœur-joie" de Chambéry et son chef, Patrice Rimet, proposent à l'Ensemble "Ad Libitum" et au bandéoniste Jérémy Vannereau de monter l’œuvre en France. Celle-ci est alors encore quasiment inconnue : ils seront parmi les premiers à la présenter dans son intégralité. L’enregistrement en public qu’en ont fait Michel Piquemal, l’Orchestre Pasdeloup et le Chœur Vittoria d’Île de France apportent dès lors une notoriété planétaire à son auteur, Martin Palmiéri. Le succès de cette Misatango est en effet immédiat. C’est alors que la complicité entre Jérémy Vannereau et les musiciens d'"Ad Libitum" se resserre et leur donne envie de poursuivre l'aventure. Les changements de rythme constants et la pléiade de nuances contenues dans la partition ont conduit le chef des chœurs à en accentuer les variations et les oppositions, et à mettre en avant ces contrastes en sollicitant un couple de danseurs à créer une chorégraphie pour illustrer ces évolutions de l’âme. La suite logique était le renforcement de cette formation en invitant un chorégraphe et sa compagnie pour accroître la force de l’œuvre lyrique en incorporant au sein de la mise en scène des pièces dansées à part entière, lesquelles mettraient en avant à la fois la tension dramatique contenue dans les rythmes du tango et la ferveur de la liturgie catholique. D’où le choix d’une chorégraphie classique commandée à un chorégraphe d’une sensualité et d’un charisme notoires, Julien Lestel, lequel, tout en respectant scrupuleusement l’esprit de l’œuvre, parvint avec beaucoup de bonheur à restituer ces différentes atmosphères en faisant alterner soli et duos de couleur et d’expression différentes par son ensemble de dix danseurs. Bien qu’il se soit parfois laissé déborder par la puissance et la tension dramatique de la partition musicale qui éclipsait par instants la danse, il sut réaliser des variations aussi originales que sophistiquées, empreintes auréolées de nombreux portés, d’une très grande beauté et d’une incomparable volupté. Cependant, il n’en restera moins profondément gravées dans notre mémoire des images aussi fascinantes qu’inoubliables, de par leur architecture, leur expressivité, leur élégance et leur pureté, telles celles de ce duo à la fois empreint de profondeur, de spiritualité mais, surtout, d’émotion et de tendresse, qu’il interpréta lui-même avec une soliste de sa compagnie. En prélude à cette messe, avait été spécialement composée par Martin Palmieri lui-même une fort brillante ouverture, à laquelle faisaient suite trois courtes pièces d’Astor Piazzolla dans le même esprit. Une œuvre magistrale aussi ambitieuse que grandiose qui fait honneur à ses auteurs.

J.M. Gourreau

MisaTango / Julien Lestel, musique de Martin Palmieri, Chœur régional Vittoria d’Ile –de-France et Orchestre Pasdeloup, Opéra de Massy, 2 & 3 mai 2018.

On pourra retrouver un excellent enregistrement de cette MisaTango sous le label des éditions Hortus avec les mêmes interprètes, qu’il s’agisse de l’orchestre, des solistes ou des chœurs, enregistrée en public le 1er avril 2016, en l’église Notre-Dame du Liban à Paris. La sortie de ce disque dans les magasins distributeurs, officiellement prévue pour janvier 2017, a été précédée par un concert inaugural en présence du compositeur, le 19 novembre 2016, dans la salle de concert du Conservatoire du 9ème arrondissement de Paris.

 

Benjamin Millepied, Noé Soulier, Ohad Naharin et le L.A. Dance Project / Résolument avant-gardiste

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Benjamin Millepied :

Résolument avant-gardiste

 

Depuis 2012, date de création de son « Los Angeles Dance Project », Benjamin Millepied, ex-directeur de la danse à l’Opéra de Paris (2013 à 2016), désormais fixé aux Etats-Unis, revient de façon régulière dans notre capitale et, pour la seconde fois, au Théâtre des Champs-Elysées. Sous ce vocable de L.A. Dance Project se cache en effet non seulement une compagnie de danseurs et solistes de très haut niveau mais surtout un foyer de création pluridisciplinaire s’efforçant d’évoquer les multiples facettes de cet art. Un laboratoire chorégraphique réunissant une pléiade d’artistes amis du fondateur, bien évidemment des chorégraphes de tous horizons tels Justin Peck, Noé Soulier ou Ohad Naharin, directeur artistique de la Batsheva Dance Company, mais aussi de créateurs dans différents domaines, qu’il s’agisse de compositeurs comme Philip Glass, Nico Muhly, Thierry Escaich, David Lang ou Nicolas Britell, de [plasticiens-décorateurs tels Christopher Wool, Santiago Calatrava ou Mark Bradford, de graphistes comme Barbara Kruger ou Paul Cox ou, encore, de vidéastes comme Dimitri Chamblas… Ce collectif basé à Los Angeles réunit aussi bien des créateurs émergents que confirmés, et contribue activement à la naissance de nouvelles propositions artistiques dans le domaine de la danse. Il est associé entre autres en France au Théâtre du Châtelet à Paris, à la Maison de la Danse à Lyon et à la fondation Luma à Arles, laquelle accueille en résidence pour trois ans cette prodigieuse troupe américaine.

C’est sous la houlette de « Transce-en-Danses » que Benjamin Millepied offre à son public parisien une création, Bach Studies (Part 1) encadrée par une pièce du chorégraphe Noé Soulier, Second Quartet, ainsi que par une œuvre de Ohad Naharin. Personnalité phare de la scène israélienne, formé par Martha Graham et Maurice Béjart, ce chorégraphe « inclassable » est un artiste de grand talent qui peut surprendre par sa liberté d’expression. Ses pièces sont résolument contemporaines, pour ne pas dire avant-gardistes, telle sa dernière création, Yag. Cette œuvre pour six danseurs, créée en 1996 pour la Batsheva Dance C° et que l'on a d'ailleurs pu voir l'été dernier à la fodation Luma, peut dérouter par son intrigue au parfum de mort. Prélude à l’invention de la technique Gaga, Yag, enjoint les danseurs à élaborer instinctivement leurs mouvements à partir de leurs sensations et de leurs perceptions, établissant une connexion entre jouissance et effort, mettant l'accent sur la rapidité, tout en s'appuyant sur les habitudes de son propre mouvement, pour s'efforcer de développer et d'acquérir de nouvelles formes. Un langage dans lequel chaque mouvement a son originalité, chaque danseur ses propres mouvements. Les postures désarticulées de ses interprètes prennent vite des allures animales, du fait de leur agilité et de leur souplesse. La recherche de l’efficience du mouvement est permanente mais elle va de pair avec l’écoute du corps, la recherche d’émotions et la prise de conscience de l’espace. Mais, comme ce fut le cas ici, on peut vite en arriver à un manque de lisibilité et des incohérences, éloignant le spectateur de l’idée originelle. Ainsi l’une des interprètes va-t-elle tracer en diagonale un chemin de croûtons de pain sec (sic) que deux autres danseurs vont se mettre en devoir d’écraser lentement mais consciencieusement tout en produisant des craquements secs du plus désagréable effet… Et tout à l’avenant !

Second Quartet de Noe Soulier qui ouvrait la soirée n’est pas une œuvre plus explicite ni facilement abordable, le chorégraphe invitant le spectateur à observer attentivement le mouvement avant d’en déchiffrer la motivation. Celle-ci n’est pas nécessairement reliée à une idée mais plutôt à un objet ou une action qui n’est pas aisément identifiable, comme celle de frapper sur un xylophone invisible dont on perçoit le son, lequel déclenche le mouvement et génère sa force comme on a pu en juger au début du spectacle. « Les objets ciblés ne sont pas présents, ou les parties du corps utilisées lors des mouvements sont mal adaptés à leurs objectifs », peut-on lire dans le programme. Et le chorégraphe de poursuivre en donnant un exemple : « un danseur peut frapper un objet imaginaire (…) sans que le spectateur n’ait à connaître les motivations de ces mouvements incomplets. Ils sont destinés à stimuler sa propre mémoire physique en étant dirigés ou définis par quelque chose d’invisible. Ce qui permet d’éclairer le spectateur sur la perception du mouvement lui-même ». Ce qui s’est en tout cas traduit sur scène par des déferlements d’énergie et une gestuelle acrobatique alternant avec des passages plus lents, souvent au sol, et des recherches d’équilibre. Pas vraiment passionnant…

Bien évidemment, c’est Bach Studies (Part 1) qui remporta la mise. Cette œuvre, sur la Partita N° 2 en ré mineur pour violon seul de Bach, est la dernière création de Benjamin Millepied, laquelle n’avait encore jamais été présentée en France. La chorégraphie, fort originale, reflète bien l’essence de la musique qui emprunte à une danse du 17è ou 18è siècle, vraisemblablement une chaconne, son caractère rythmique. Elle fait alterner des soli, duos, trios et quatuors tantôt rapides et enlevés, souvent virtuoses, tantôt plus lents et mesurés, profonds ou enjoués. Il est toutefois un peu dommage que cette partita, jouée en live sur scène par le violoniste Eric Crambes, manquât un peu d’âme… Et puis, curieusement, alors que cela ne figurait pas au programme, Millepied prolongea cette partita par un assez long extrait du chœur de la Passion selon Saint Matthieu du même compositeur. Une pièce interprétée par les dix danseurs et dont l’atmosphère tranchait nettement sur celle qui venait d’être créée par la partita… Une énigme de plus dont on n’aura jamais la clé !

J.M. Gourreau

Second Quartet / Noé Soulier, Bach Studies (Part 1) / Benjamin Millepied, Yag / Ohad Naharin, et le L.A. Dance Project, Théâtre des Champs-Elysées, du 20 au 22 avril 2018.

 

François Lamargot / Reflets / Une vérité pas toujours bonne à entendre...

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                             Ph. Naian                                                                Ph. J.M. Gourreau                                                                   Ph. Naian

François Lamargot :

Une vérité pas toujours bonne à entendre…

 

Il y a un petit relent de José Montalvo dans l’air. Sauf que François Lamargot n’a en fait vu de ce chorégraphe que Carmen, sa dernière œuvre, et non des pièces plus anciennes comme Y Olé ou Don Quichotte du Trocadéro dans lesquelles la vidéo permettait à des personnages sur scène de traverser l’écran, de changer de taille ou de prendre leur envol au dessus du plateau… Reflets aurait-il aussi un arrière-goût humoristique, voire sarcastique évoquant certaines œuvres de Laura Scozzi ? Pas impossible, car il a été l’interprète de plusieurs de ses pièces, notamment de Barbe-neige et les 7 petits cochons au bois dormant (voir dans ces mêmes colonnes à la date du 13 janvier 2014). Cependant Reflets qui est sa 4ème pièce n’est pas un ballet plein d’un humour rayonnant mais, au contraire, une œuvre austère et sombre, certes auto-dérisoire et loufoque, qui trouve ses origines dans un court métrage cinématographique éponyme d’une extrême noirceur, Reflet, que François Lamargot a réalisé en 2015, alors qu’il s’initiait au 7ème art, parallèlement à son activité de chorégraphe.

L’œuvre chorégraphiée qu’il présente aujourd’hui, beaucoup moins sombre que le film, se veut tout de même une satire de la société actuelle dans laquelle l’Homme - entre autres le cortège de nos politiciens - a une fâcheuse tendance à chercher à se mettre constamment en avant et à se représenter à outrance. Elle met en scène un Janus à deux visages, seul sur scène face à un miroir qui va bien évidemment le démultiplier, lui et sa personnalité. Pas toujours facile de décrypter ce qui va se passer, confrontation, lutte, pacte ou ignorance ? Ou tout à la fois ? Attirance, indifférence, répulsion, peur, rejet total sont les différents sentiments qui traversent la rampe par l’intermédiaire d’une danse virile et forte mais aussi, douce, voire parfois même empreinte de sensualité, mêlant avec beaucoup de bonheur hip-hop et danse contemporaine. Mais aussi et surtout par le truchement de la vidéo, laquelle interfère avec la chorégraphie, dédoublant - voire démultipliant - le personnage, révélant la fourberie et la noirceur de son âme, et ce, paradoxalement, sans prétention aucune et, dirais-je même, de façon estompée, avec humour et légèreté ! Où est le vrai du faux ? Une image certes ludique et un peu fantaisiste, voire schizophrénique de la société dans laquelle nous sommes plongés mais qui évoque toutefois parfaitement les travers et outrances de notre enfermement. Kubrick, Scorcèse et Fellini ne sont pas bien loin… « Mon mode d’expression se veut poétique. Je tente d’exprimer une réalité du monde par le langage de la métaphore et de la suggestion, tant pour les danseurs que pour les spectateurs qui s’invitent au voyage. La poésie permet une distance capable d’une autre compréhension des événements. Car elle a pour toile de fond, la paix nécessaire pour constater ce qui passe, ici et là. Or le plus grand inspirateur de mon travail reste mes rêves, une clé qui me permet de réinterroger mes certitudes », révèle le chorégraphe.

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Ph. J.M. Gourreau

C’est à peine âgé de 17 ans que François Lamargot débute sa carrière comme danseur dans plusieurs comédies musicales, telles Gladiateur de Maxime le Forestier et Elie Chouraki ou,  encore, Belles, Belles, Belles de Redha et Claude François. François Lamargot a aussi été l’interprète de différentes pièces d’autres artistes, tels George Momboye, Salia Sanou, Seydou Boro, Claude Brumachon, Blanca Li, Ibrahim Sissoko ou, encore, Anthony Egéa qu’il assista pour les créations de Middle et de Rage en 2011, ainsi que pour celle de Mourad Merzouki, Wasterland, en 2015. Parallèlement à ce travail de danseur et de chorégraphe, il s’initie au cinéma et, la même année, signe son premier court-métrage dansé, Reflet, qui fait introduction à son projet de solo créé en janvier dernier au festival Suresnes-cités-danse. C’est la troisième fois que la Maison des Métallos accueille François Lamargot, qui y avait présenté Akasha en 2011 et Gardien du Temps en 2015.

J.M. Gourreau

Reflets / François Lamargot, La Maison des métallos, Paris, du 13 au 15 avril 2018.

"Signes de printemps" au Regard du Cygne / Toméo Vergés / Cécile Loyer / Thomas Lebrun

"Signes de printemps" au Regard du Cygne

 

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Brigitte Seth & Roser Montlló Guberna dans Luna et lotra performing - Ph. J.M. Gourreau 

 

Voilà une fête chorégraphique aux allures de festival concoctée par deux inénarrables joyeux drilles, pleins de verve et d’humour mais aussi de finesse et d’esprit - j’ai nommé Brigitte Seth et Roser Montlló Guberna - lesquelles ont invité quelques amis chorégraphes et danseurs à partager avec le public durant trois semaines leur enthousiasme et leur passion dans un écrin aussi confortable que chaleureux, amoureusement bichonné par Amy Swanson. Le Regard du Cygne est en effet autant un théâtre pour la danse qu’un lieu convivial "au croisement des cultures, des langues, des langages et des générations", dans lequel on ne peut que se sentir parfaitement à l’aise, tout comme chez soi… Durant une quinzaine de jours, pas moins de onze chorégraphes s’y sont croisés dans une entente cordiale et souveraine, donnant souvent le meilleur d’eux-mêmes : il n’est bien sûr pas possible de tous les évoquer dans ces colonnes ; trois d’entre eux cependant ont davantage attiré mon attention, et c’est de leurs prestations dont je vais vous entretenir.

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Sandrine Maisonneuve dans Que du bonheur / Toméo Vergés - Ph. J.M. Gourreau

Toméo Vergés :

Un va-et-vient aussi cocasse que burlesque

Voilà une idée pour le moins aussi originale que peu banale. A savoir celle de faire exécuter durant une bonne trentaine de minutes à son interprète une étourdissante quantité d’allers retours de cour à jardin et de jardin à cour sur un tapis de sol tout en longueur et ce, juste au- devant de la scène avec, pour seul accompagnement, un métronome… Là, je vous vois venir : seriez-vous enclin à penser que cette machiavélique réitération de pas qui n’est pas sans évoquer ceux d’un "lion en cage" pourrait vite devenir lassante, voire obsessionnelle ? Eh bien non car, ce que je ne vous ai pas encore laissé entendre dans l’histoire, c’est que, si la gestuelle dévolue aux jambes pouvait effectivement paraître aussi agaçante qu’insupportable du fait de sa monotonie, c’est en fait au haut du corps que le chorégraphe a donné la parole. Or, il faut bien l’avouer, tant le visage que les bras et, bien sûr, les mains sont de fabuleux moyens d’expression, que Toméo Vergés a su utiliser et mettre en valeur avec autant d’humour que de délicatesse et d’à-propos. Le résultat est souvent désopilant et plein de fantaisie. Que du bonheur porte en effet bien son titre, d’autant lorsqu’il est présenté dans un tel cadre. C’est à Sandrine Maisonneuve que Toméo a confié ce carcan et cette lourde tâche… laquelle, il faut le souligner, lui va comme un gant ! Pince sans rire elle est, pince sans rire elle reste, du moins durant toute la durée du spectacle. Si, au début de la représentation, elle semble vouloir s’en affranchir, très vite elle va explorer tous les moyens pour attirer l’attention sur sa condition : expressions et gestuelle moqueuses, drolatiques, grotesques, empreintes de désespoir feint (un tantinet forcées, il est vrai), et j’en passe, sans compter les effets de robe qui forcent l’attention et appellent sans coup férir le rire et la bonne humeur. Tout un tas de petits riens qui, par leur charme et leur innocence, vous effacent, comme d’un coup de baguette magique, les ennuis et désagréments de votre journée. Un véritable remède contre la monotonie !

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Moments d'absence - Photos J.M. Gourreau

 

Cécile Loyer :

Aux frontières de la réalité et de la fiction

Etrange travail que ces Moments d’absence aux relents de butô, entre fiction et réalité, ayant pour origine l’œuvre du cinéaste Jean Eustache (1938-1981), en particulier son film, Une sale histoire. Ce diptyque cinématographique en deux volets qui date de 1977 navigue explicitement sur deux territoires, celui d’un documentaire et celui, en parallèle d’une allégorie, vision qui reflète son imagination. Mais, à l’inverse du film qui débute par la fiction pour enchainer sur le document, l’œuvre de Cécile Loyer relate quelques instants mémorables de son passé, en l’occurrence la création à Tokyo, 15 ans plus tôt, de son tout premier solo, Blanc (2000), pour le réactualiser tout en en faisant revivre les principales facettes. Un solo qui évoque le passé d’une femme peu avant son mariage, la magie, la force, la fragilité de ces moments de joie ou de tristesse vécus et partagés avec ceux et celles qui l’ont entouré et qui ont fait chaque jour partie de sa vie. Dix ans plus tard, l’idée l’effleure de reprendre la pièce en la modifiant, en l’adaptant, en la déconnectant du passé, tout comme l’avait fait Jean Eustache dans son court-métrage, conférant ainsi à l’œuvre une nouvelle facette qu’elle s’efforce de transmettre à son interprète, Eric Domeneghetty. Un travail tout en finesse reflétant la générosité extrême de son auteur, aux frontières entre la réalité et l’imaginaire, l’histoire vécue et la fiction, dans deux mises en scène analogues qui s’interpénètrent, abordant des questions qui interpellent mais qui resteront à jamais sans réponse… Un dialogue fascinant dans lequel on ne peut jamais discerner le bon grain de l’ivraie.

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Anne-Sophie Lancelin dans L'étoile jaune - Photos CCN Tours

Thomas Lebrun :

Au paroxysme de l’émotion

Autre registre avec le solo et le duo de Trois décennies d’amour cerné de Thomas Lebrun, pièces abordant les tabous du sida, suivies par le solo L’Etoile jaune du même chorégraphe. Les mots sont impuissants pour le dire et les décrire. Voilà un artiste dont l’œuvre toute entière est imprégnée d’un charisme hors du commun, d’une sensibilité exacerbée et qui ne parle qu’avec son cœur, sentiments parfaitement relayés par ses danseurs, tout particulièrement par Anne-Sophie Lancelin, interprète sublime des deux solos dont l’intensité dramatique rejaillissait avec une force peu commune sur les spectateurs subjugués.

Comme son nom le laisse entendre, Trois décennies d’amour cerné… de doutes ravive les peurs, les questions, les doutes générés dans les années 80 par l’épidémie de sida qui déferla entre autres sur le monde de la danse. Un solo fascinant, d’une grande intensité dramatique, qui révèle avec une force inouïe la crainte de vivre sereinement sa sexualité, le doute qui oppresse et tenaille les partenaires, ne serait-ce qu’à l’approche de l’étreinte, réveillant dans les esprits les risques et les dangers de la maladie. Ressenti exprimé tant dans la gestuelle que par l’étonnante expressivité théâtrale communicative d’Anne-Sophie qui donnait réellement l’impression de le vivre.

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Trois décennies d’amour cerné… de peur - Photos CCN Tours

Même sentiment d’effroi communiqué par Anne-Emmanuelle Deroo et Raphaël Cottin dans leur duo Trois décennies d’amour cerné… de peur, « de la crainte de l'autre et de l'acte, mais que le désir emporte ». Avec l’obsession sous-jacente de la mort. Un sentiment encore bien présent aujourd’hui, malgré les progrès de la médecine qui permettent désormais de soigner ce fléau, voire même de le renvoyer au pays des oubliettes.

Soirée poignante qui se terminait en apothéose avec L’Etoile jaune, solo d’une puissance évocatrice incommensurable extrait de La constellation consternée, pièce qui évoque le massacre de milliers d’innocents par les nazis durant la dernière guerre mondiale. Là encore, l’exceptionnel pouvoir de concentration d’Anne-Sophie Lancelin et sa force intérieure, son rayonnement et son innocence lui permirent d’exprimer toute l’horreur de ce drame, le désarroi, ainsi que la rage sourde et contenue de ceux qui y ont été confrontés et qui en ont fort heureusement réchappé.

J.M. Gourreau

Que du bonheur / Toméo Vergés, Le Regard du Cygne, Paris, 5 & 6 avril 2018. Moments d’absence / Cécile Loyer, Le Regard du Cygne, Paris, 12 & 13 avril 2018. La constellation consternée & L’Etoile jaune / Thomas Lebrun, Le Regard du Cygne, Paris, 12 & 13 avril 2018, dans le cadre du Festival "Signes du printemps".

Salva Sanchis / Radical light / Pas vraiment novateur mais admirablement réalisé

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Salva Sanchis :

Pas vraiment novateur mais admirablement réalisé

 

Ce n’est pas particulièrement original mais c’est bougrement bien fait. Une œuvre platonique issue de quelques mouvements minimalistes instinctifs, anodins, sur une musique elle aussi minimaliste, en sourdine, planante, qui s’amplifie progressivement jusqu’à l’explosion finale, radicale, souveraine. Sur la scène, quatre hommes et une femme. Des hésitations à s’engager, investir ce tapis d’un orange rutilant qui occupe le centre du plateau. Une gestuelle naturelle, insidieuse, à partir de banals échauffements qui se complexifient au fur et à mesure que la musique se fait plus présente, plus puissante. Des phrases qui, toutefois, n’ont rien de réellement extraordinaire mais qui mettent en valeur l’excellence et la virtuosité des exécutants et, surtout, leur énergie. Un démarrage peut-être un peu long mais, au final, pas du tout désagréable. On se laisse aller à admirer la beauté des mouvements concoctés, la pureté de leur ligne. Chaque danseur semble cependant faire ce que bon lui semble, sans s’occuper de ce que fait son voisin.

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Photos Bart Grietens

Puis, sans que l’on s’en rende vraiment compte, la gestuelle, devenue plus prégnante, concentre notre attention, nous prend aux tripes, nous sort de cette torpeur qui nous avait progressivement envahi, dans laquelle nous nous étions lentement installés. Dès lors, tout s’emballe. Le rythme de la musique du duo musical "Discodesafinado" (Joris Vermeiren et Senjan Jansen) devient de plus en plus saccadé, de plus en plus impulsif, engendrant une danse convulsive, mécanique, fougueuse, emportée. Le langage s’approfondit, se charge petit à petit de sens, de pair avec l’intensité de l’écriture et sa profondeur. La musique ruisselle sur les corps, les enveloppe, les habite, mais ils demeurent malgré tout chacun dans leur monde. Ils n’en sortent que pour aller s’écrouler dans un coin, épuisés, ou pour reprendre leur souffle. Bien vite cependant, la fièvre, le besoin de se couler dans le rythme, de s’y mesurer, les ranime : ils rejoignent alors leurs compagnons d’infortune et rentrent dans la sarabande. Dès lors, le spectacle subjugue, hypnotise, devient électrisant. Les performances s’enchaînent à un rythme étourdissant, les danseurs se relayant les uns les autres. Il ne semble toujours rien y avoir de cohérent, même si, par moments, à la fin de la représentation essentiellement, ils parviennent à se rejoindre. Mais ça coule, ça se laisse contempler comme les flots d’un long fleuve qui gagne de l’impétuosité au fil de son parcours, et on s’y laisse prendre. La cadence musicale, syncopée, génère un mouvement perpétuel totalement abstrait, obsessionnel, sans apparentes répétitions. Et l’on en vient à se demander comment les interprètes parviennent à  enregistrer, à retenir ces enchaînements. Car, bien sûr, quasiment tout est écrit, rien n’est laissé ni au hasard, la part de l’improvisation étant réduite. Et c’est bien là le prodige. Car la musique, répétitive, ne permet que bien difficilement de s’y retrouver. Torsions, vrilles, déséquilibres plus étonnants les uns que les autres alternent avec des mouvements au sol du plus bel effet pour, finalement, laisser les corps s’imbriquer les uns dans les autres. Fascinant.

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Salva Sanchis n’est pas un inconnu des aficionados français de danse. En juin 2001 en effet, il a présenté dans ce même théâtre - dans le cadre de la manifestation P.A.R.T.S. (Opening Parts@Paris) - un solo, Gap, intégré l’année suivante dans la pièce de groupe Itch & fear. Ce chorégraphe espagnol, né à Manresa près de Barcelone, débute sa carrière artistique dans le théâtre, le mime et l’aïkido avant de se rendre en Belgique à l’Ecole P.A.R.T.S. d’Anne Teresa de Keersmaker. Il en sortira, diplôme sous le bras, en 1998. Cette même année, le Centre culturel Belem de Lisbonne lui commande une courte pièce pour trois danseurs Underline. Dès lors, tout ira très vite. De 1998 à 2017, date à laquelle il se consacre uniquement à la psychologie, Sanchis ne montera pas moins de 20 chorégraphies et participera à la création de 14 autres, avec Anna Teresa de Keersmaker et Marc Vanruxt essentiellement mais aussi Georgia Vardarou, Peter Lenaerts, Thomas Plischke et Jan Ritsema. Alors que ses premières pièces étaient très influencées par le théâtre, ses dernières, telles Radical light qu’il présente aujourd’hui, sont devenues totalement abstraites. On a également pu le voir comme danseur d’abord chez Anne Teresa de Keersmaeker puis comme chorégraphe associé jusqu’en 2008, période durant laquelle il développera un travail personnel entre danse et musique. En 2010, on le retrouve avec Marc Vanrunxt à la direction artistique de la compagnie flamande Kunst/Werk qu’il quittera définitivement – et avec elle la danse – en 2017. Seules sont aujourd’hui encore présentées ses deux dernières créations, Radical Light (2016) et A love supreme (2017).

J.M. Gourreau

Radical Light / Salva Sanchis, Théâtre de la Bastille, du 9 au 15 avril 2018.

 

Florence Peake / Do disturb / Un festival d’art avant-gardiste au sein duquel la danse a finalement bien trouvé sa place

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Rite / Florence Peake - Ph. J.M. Gourreau

 

Florence Peake :

Un festival d’art avant-gardiste au sein duquel

la danse a finalement bien trouvé sa place

 

Do disturb, vous connaissez ? C’est l’antagoniste de don’t disturb, ne pas déranger… En l’occurrence, un festival au nom engageant, dont la vocation est donc de déranger, de décoiffer, de vous bousculer dans vos habitudes… Un festival désormais annuel de performances tous azimuts, avant-gardistes bien évidemment, qui se tient pour la quatrième année consécutive dans notre capitale, au Palais de Tokyo. Un festival ouvert à tous les arts, qu’il s’agisse des arts inanimés tels la peinture, la sculpture ou l’écriture, ou des arts du mouvement comme le théâtre, le mime, le cirque ou la danse, dans lequel - et c’est là son originalité - le spectateur n’est pas tenu à l’écart. Si, dans cette manifestation, l’art de Terpsichore a été jusqu’à présent relégué au second plan, cette fois-ci ont été programmés, sinon de courts spectacles de danse contemporaine, du moins des performances inhabituelles, voire déjantées. Quatre des prestations proposées peuvent se rapporter à cette catégorie, Rite de la chorégraphe Florence Peake, An homage de Jérémie Nedd, Man Made et Elephant du "Dance on Ensemble", compagnie de vétérans sous l’égide du CND qui a vu le jour en 2015, sans oublier  Dancehall de Cécilia Bengolea, performance de quelque 6 heures autour d’une installation vidéo présentée durant toute une nuit (du 7 au 8 avril).

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Rite / Florence Peake - Cliquer sur les photos pour les agrandir

Encore peu connue en France, Florence Peake, danseuse, chorégraphe et peintre d’origine britannique, réalise, depuis 1995, des performances ludiques aussi étranges que radicales, faisant appel à des matières et des objets inhabituels qu’elle met en relation avec le corps en mouvement, mixant ainsi le théâtre, la sculpture et la danse. Il en naît des images d’une fulgurante beauté plastique, fort originales, du fait notamment des alliances éphémères "live" ainsi créées. Sous l’égide de la célèbre "Hayward Gallery" londonienne qui vient tout juste de réouvrir après deux ans de travaux, Rite s’avère un fascinant jeu sculptural de trois danseuses, en partie sur quelques accents de la fort célèbre partition - sulfureuse pour l’époque - du Sacre du printemps de Stravinsky, et qui illustre ici les ébats dans la boue de trois jeunes femmes aussi affranchies que dénudées… De véritables sculptures en mouvement que n’auraient sans doute pas reniées Rodin ou Camille Claudel. Outre l’attrait artistique évident que présente ce jeu chorégraphique dans la glaise - jeu auréolé en outre de sons amplifiés issus du pétrissage de l’argile ou du glissement des corps sur cette matière - son intérêt tient au fait qu’il évoque avec objectivité le rituel païen primitif sous-jacent dans l’œuvre de Stravinsky. Plusieurs tonnes d’argile ont été nécessaires pour réaliser cette performance qui montre et développe la relation entre le mouvement et la matière originelle brute, notre terre nourricière. L’artiste y présente également le corps comme primal, viscéral, érotique, de « normalisation néo-fasciste », précise-t-elle. Son approche est donc aussi une forme de protestation corporelle cynique contre le climat politique actuel. Une fois le spectacle achevé, l’argile empreinte par les corps des interprètes, laissera une trace sculpturale immuable des ébats chorégraphiques dont elle a été la matière et l’objet.

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An homage / Jérémie Nedd - Ph. J.M. Gourreau

Autre volet chorégraphique de ce festival, An homage de Jeremy Nedd. Né à Brooklyn mais basé à Bâle, ce jeune danseur, chorégraphe et D.J. tout à la fois, tente de s’approprier certains "diktats" esthétiques de la danse contemporaine nés « d’une pratique de déconstruction et de démystification ». An homage, dont il a conçu la chorégraphie, la mise en scène, les lumières et le décor évoque, de par sa texture et ses couleurs argent et or, celles d’une couverture de survie. Au cours du spectacle, deux couples féminins vont mettre en parallèle l’intérêt et l’originalité de l’inspiration ainsi - et surtout - que sa subtile appropriation par le plagiat. Une pièce aussi étonnante qu’électrisante mais d’un abord pas toujours évident.

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Man made / Jan Martens - Ph. J.M. Gourreau

Enfin, Man made est une création du chorégraphe belge Jan Martens dont nous avons pu voir la dernière pièce, Rule of three, en novembre dernier à l’Espace Cardin, dans le cadre du Festival d’automne. Cette nouvelle œuvre, qui fait intervenir les six danseurs vétérans du "Dance on Ensemble" sur une musique répétitive signée Mattef Kuhlmey, est à nouveau un spectacle au sein duquel les leitmotivs - mouvements de rotation et torsion ellipsoïde du corps scandés par les impulsions régulières de la partition musicale - prennent de la puissance et de la vitesse au cours du temps. Ces rythmes sourds interprétés en live, qui évoquent ceux d’une machine qui s’emballe, sont la source de l’énergie motrice et la force propulsive des danseurs, lesquels ont été salués par une ovation à l’issue du spectacle donné en clôture de ce festival.

J.M. Gourreau

Rite / Florence Peake, An homage / Jérémie Nedd & Man Made / Jan Martens et le "Dance on Ensemble", Festival "Do disturb", Palais de Tokyo, Paris, du 6 au 8 avril 2018.

 

Fredérick Gravel / This duet that we’ve already done (so many times) / Amours platoniques

Frédérick Gravel :

Amours platoniques

 

Ils sont là, seuls sur le plateau, comme un vieux couple, dans la plus parfaite indifférence. Et pourtant, ils sont jeunes et beaux, dans la fleur de l’âge. Mais ils n’ont rien à se dire. Aucun des deux ne parait même s’apercevoir de la présence de l’autre, ni pour autant s’en émouvoir. Tout pourrait être merveilleux dans le meilleur des mondes… Ils semblent presque étrangers l’un à l’autre, las de ne rien faire, de n’avoir rien à faire, n’aspirant qu’à trouver une occupation, chacun dans son coin. Les premiers accents musicaux sortent la jeune femme de sa torpeur.  Elle s’étire, cambre son buste vers l’arrière, dirigeant comme par dépit son regard vers le ciel. Lui est assis par terre, prostré sur son livre. Puis, d’un seul coup, alors que rien ne le laissait prévoir, tout s’emballe, de concert avec l’intensité du son qui va jusqu’à devenir assourdissant. Mais le retour au calme est rapide. Simple besoin de se dégourdir, de manifester sa présence ? C’est alors que leurs regards se croisent furtivement, se rejoignent. Ils se lèvent, se placent côte à côte. C’est elle qui ouvre le bal. Une gestuelle d’amoureux timides qui se cherchent, qui n’osent pas encore s’étreindre. Il lui prend les cheveux, les étire, les caresse, les emmêle, les tord. Le face-à-face est énergique, puissant, saccadé. Par moments, on croirait voir deux coqs qui paradent, se jaugent puis s’affrontent. Pourtant, rien ne transparaît de leurs sentiments, ils semblent toujours parfaitement indifférents l’un à l’autre. Chemisier et t-shirt finissent par tomber. Ils se retrouvent tous deux torse nu, étonnés, s’examinent, se palpent mutuellement la peau du ventre, l’étirent avec surprise et étonnement. Un moment étrange, voluptueux, fascinant, plein de douceur et de chaleur, d’une grande beauté. C’est pourtant sans réelle conviction qu’ils vont finir par s’enlacer dans des attitudes inhabituelles, fort originales mais platoniques, tout dans la lenteur. Moments intenses ponctués d’interrogations, de séparations et de rapprochements. L’atmosphère est lourde, triste, pesante. Tout n’est qu’insidieux, suggéré, en demi-teintes. Rien n’est réellement dit. La crudité des éclairages prend alors le relai, accentuant la force des gestes, mettant en valeur la beauté des formes, la violence sous-jacente qui surgit par intermittence. C’est sans étonnement qu’on les verra se séparer et s’écarter lentement, chacun de son côté.

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Photos Claudia Chan & Nans Bortuzzo

Cette histoire d’un couple ordinaire, en tout cas ressentie comme telle, interprétée par son auteur et par la danseuse Brianna Lombardo, reflète très fidèlement la pensée de Frédérick Gravel qui se refusait à faire du déjà vu, à savoir des relations évoluant entre l’amour et la haine, l’attraction et la répulsion. « Ce duo ne se joue pas dans le début de l’amour ou la fin de l’amour. Il se joue dans un moment où les choses sont acceptées chez l’autre, où les tensions sont parties. Ce temps de la relation permet de travailler sur le duo sans être dans le besoin ou dans la peur de l’autre, mais dans l’acceptation de l’autre ».

Ce n’est pas la première fois que ce chorégraphe canadien se produit au Théâtre de la Bastille. Il y avait en effet présenté il y a quatre ans Usually beauty fails, patchwork constitué de plusieurs petits duos (dont l’un, d’ailleurs, avec Brianna Lombardo), pièces qu’il considérait comme inachevées ou incomplètement exploitées, et qu’il a décidé de reprendre et d’étoffer. Ainsi est né This duet that we’ve already done (so many times), duo émotionnel hors des sentiers battus qui évolue au gré du temps, en fonction de l’attention que lui prêtent les spectateurs et de leur réactions au cours de la représentation.

J.M. Gourreau

This duet that we’ve already done (so many times) / Frédérick Gravel, Théâtre de la Bastille, du 4 au 8 avril 2018.

 

 

Leslie Mannès / Atomic 3001 / Vers la robotisation de l'Homme

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Leslie Mannès :

Vers la robotisation de l’Homme

 

Etonnant présage que la performance de cette artiste qui ne laisse rien augurer de bon pour l’avenir de l’espèce humaine, soumise à une mécanisation de plus en plus prégnante, de plus en plus poussée, qui la conduit peu à peu à annihiler ses pensées, sa réflexion, sa volonté, à se laisser mener par la machine, à devenir elle-même asservie par celle-ci, comme le serait un esclave, voire un jouet. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : l’être que nous avons en effet devant les yeux n’a plus rien d’humain, ni même d’animal. Il semble tout entier envoûté par le son qui l’auréole, possédé par quelque démon insidieux et se trouve dans l’incapacité de réagir, de s’extirper de l’engrenage dans lequel il s’est lui-même - sans s’en rendre compte - engoncé.

A peine sommes-nous confortablement calés dans notre fauteuil que nous voilà saisis par les notes sournoises et lancinantes d’une musique répétitive, à peine audibles au début, les feux de la rampe ne s’étant pas encore éteints. Alors que la lumière s’estompe, celles-ci deviennent plus insidieuses, enveloppantes, de plus en plus puissantes, conquérant petit à petit l’espace tout entier. Sur scène apparait alors une femme, tout de rouge vêtue, qui, dès son entrée, semble possédée par cette musique techno convulsive et envoûtante qui lui saisit d’abord les bras, leur imprimant une sorte de décharge à chacune de ses impulsions, avant de gagner les hanches et le bassin, leur conférant un mouvement de va-et-vient et de rotation alternés. Un rythme effréné et obsédant, entrecoupé cependant de cassures mais qui l’amène à la transe et à la folie dont elle ne sortira qu’à l’arrêt de cette musique, épuisée. On ne peut s’empêcher de penser à l’Apprenti sorcier de Walt Disney sur la musique de Paul Dukas, narrant l’aventure de Mickey Mouse travesti en jeune sorcier, encore incapable de maîtriser les forces maléfiques qu’il a lui-même provoquées. Ou, encore, à ces machines qui s’emballent et dont on devient le jouet, dans l’incapacité que l’on est de les maîtriser.

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Photos J.M. Gourreau

La chorégraphe et interprète d’Atomic 3001, Leslie Mannès, n’est pas inconnue du public français. Si elle vit et exerce son art majoritairement à Bruxelles, on a pu la voir comme interprète depuis 2006 dans diverses pièces de la compagnie Mossoux-Bonté. Elle a également travaillé avec la chorégraphe brésilienne Ayelen Parolin et, dernièrement, avec Maxence Rey, notamment dans l’interprétation de Sous ma peau. En 2012, elle a aussi joué le rôle de Deborah dans le film Fatcat de Nicolas Deschuyteneer et Patricia Gelise, long métrage  évoquant l’urbanisme bruxellois qui dévaste cette ville depuis des décennies par les logiques répétitives et incohérentes du « tout raser pour tout remplacer ». Ses premiers travaux chorégraphiques voient le jour en 2005, mais ce n’est qu’en 2012 qu’elle crée, avec Louise Baduel, sa compagnie, « System Failure ». Ses recherches, à mi-chemin entre le théâtre et la danse, mettent en avant des moyens futuristes permettant d’anticiper la vision du monde qui nous entoure et de de regarder autrement. Le premier spectacle de la compagnie, précisément dénommé System failure, est créé en 2013 aux « Brigittines » à Bruxelles. Cette œuvre, qui explore la thématique du contrôle de l’automatisation en naviguant avec humour dans la science-fiction, a été présentée en Avignon au théâtre des Doms en 2015. C’est également cette année-là que ces deux chorégraphes créent leur second spectacle, Human decision, qui spécule par l’absurde sur un futur où les nouvelles technologies pourraient modifier fondamentalement la nature humaine, son corps, ses émotions, sa communication. Atomic 3001, en collaboration avec le compositeur Thomas Turine et l’éclairagiste Vincent Lemaître, toujours dans la même logique de création, voit le jour en mars 2016 au festival In movement des « Brigittines ». Ce spectacle nous est aujourd’hui présenté dans le cadre du festival Incandescences, en partenariat avec les Journées Danse Dense ainsi que dans celui des rendez-vous "On y danse 2018".

J.M. Gourreau

Atomic 3001 / Leslie Mannès, Centre Culturel Wallonie-Bruxelles, 3 & 4 avril 2018.