Abou Lagraâ / Un étonnant Boléro

Sofiane Abou Lagraâ :

 

 

Un étonnant boléro

 

C’est peut-être la musique la plus célèbre au monde. Peut-être aussi celle la plus utilisée par les chorégraphes. Avec plus ou moins de bonheur d’ailleurs car nombre d’entre eux s’y sont cassés les dents. Lorsque Ravel composa son Boléro pour Ida Rubinstein en 1928, il était loin d’imaginer que ses rythmes répétitifs qui montent en puissance par l’adjonction de nouveaux instruments lors de l’exécution de l’œuvre aurait un tel effet émotionnel, voire sexuel…

C’est avec beaucoup d’intelligence qu’Abou Lagraâ a abordé cette partition, faisant abstraction de toute la signification que lui avaient donné ses prédécesseurs. Bien sûr, il s’est laissé séduire par le rythme qui, finalement, s’adapte parfaitement au hip-hop mais ce sont les pulsions générées par cette musique lancinante qui lui ont donné l’idée de confronter les dix danseurs entre eux, de construire à chacun une chorégraphie qui le mette en valeur mais aussi les mettent en compétition tous ensemble. Leur énergie, leur puissance et leur légèreté sont impressionnantes, leur technique parfois aussi. Tantôt les corps ivres dessinent dans l’espace des signes cabalistiques, tantôt ils semblent se nouer pour mieux se dénouer par la suite. Les jambes rebelles entraînent bassins puis bustes dans des torsions d’une complexité qui n’a paradoxalement d’égale que sa fluidité. Les bras s’étirent, se cabrent, gémissent, supplient. Expriment leur vécu, leurs souffrances mais aussi leur engagement et la joie intérieure des artistes de pouvoir danser hors de leurs frontières. Car leur aventure n’est pas banale. Ils sont tous issus de la rue. Tous d’Alger. Sélectionnés parmi quelque 400 candidats qui ont dû travailler d’arrache-pied dans des conditions que l’on ose à peine imaginer. Mais qui, désormais, sont intégrés au Ballet National dont ils constituent la cellule contemporaine. 

Pour Abou Lagraâ qui cherchait à instaurer un pont culturel entre l’Europe et le Maghreb, à établir des liens entre tradition et modernité, le Boléro s’imposait car, dans son pays, cette musique est l’emblème de la musique classique. Quasiment tout le monde la connaît, entre autres cette jeunesse qui tente de s’affirmer. C’est donc elle qu’il a choisi de faire naître et monter du brouhaha de la ville, émerger des klaxons et des cris stridents des enfants des banlieues d’Alger. Le pendant sera donné en seconde partie avec ces poignants chants des Aurès interprétés de façon sublime par Houria Aïchi sur lesquels Abou Lagraâ a également réglé des variations de hip-hop dans le même esprit que celles qu’il avait imaginées pour le Boléro.

Ce retour aux sources se terminera sur un tableau cher au chorégraphe, l’eau purificatrice de cette couleur et de cette crasse qui marquent les différences, qui fait naître l’espoir et, de ce fait, la vie.

J.M. Gourreau

 

Nya / Sofiane Abou Lagraâ, Création à Alger le 18 Septembre 2010 ;

                                              Création en France à la Biennale de Lyon le 26 Septembre 2010 ;

                                              Création en région parisienne aux Gémeaux à Sceaux du 8 au 10 Octobre 2010 ;

Prochaines représentations : -     13 et 14 Octobre à Annecy ;

-         16 Octobre à Dazevieux ;

-         19 et 20 Octobre à Valenciennes ;

-         14 Janvier 2011 à Mâcon ;

-         21, 22 et 23 Janvier 2011 à Suresnes ;

-         26 Janvier 2011 à Besançon ;

-         28 et 29 Janvier à Clermont-Ferrand.

Commentaires (1)

1. DECAGNY VERONIQUE 01/05/2011

Bonjour,
Je vais aller vous voir le 7 juin à Vernaison.
(pub sur le site de la mairie de Vernaison spectacles quasiment absente ; dommage...).

Ce serait bien de créer une chorégraphie d'après
l'air d'Idir et Mila A VAVA INOUVA 1976.
Très bonne continuation.

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