Abou Lagraa / Un monde en soi / Aux origines du monde

 

Abou Lagraa :

Aux origines du monde

 
 Photos E. Boudet

Il y a dans les spectacles d’Abou Lagraa une force, une énergie, une violence à nulle autre pareille. Nouveau regard sur l’humanité, sa dernière œuvre, Un monde en soi, en apporte encore la preuve. Un spectacle d’une virtuosité et, en même temps, d’une élégance étonnantes, réflexion sur la création du monde depuis le chaos originel. La vie prend naissance dans la violence, au beau milieu des éléments déchaînés. Mais, petit à petit, la danse électrisante et électrisée, nerveuse et ponctuée de sauts, souvent en déséquilibre, s’apaise. L’énergie qui traversait peu à peu les premiers hommes est canalisée par leur conscience naissante. Les mouvements instinctifs et désordonnés dont ils étaient animés se maîtrisent. Les sens en éveil, chacun prend conscience de l’existence de l’autre, des autres, par le toucher, l’odorat, la vue… Une hiérarchie dominée par les femmes s’établit bientôt. Les premiers sentiments s’extériorisent, le désir, la tendresse, la passion et l’amour mais, aussi, la violence et la haine, orchestrés par la lutte pour la vie. Des liens se tissent, des clans se forment. L’ordre s’établit. La vie se construit et s’organise peu à peu mais toujours dans la passion et la souffrance. L’Homme ne pourra jamais vivre dans la paix et l’harmonie.

Si ce spectacle, bien qu’un peu linéaire, fascine, c’est bien sûr du fait de la chorégraphie, d’une puissance et d’une beauté à nulle autre pareille, mariage harmonieux du contemporain, du classique et du hip-hop. Elle s’avère souvent sensuelle, fluide et harmonieuse mais peut être aussi violente et alambiquée lorsqu’il le faut. En fait, toujours parfaitement adaptée à la situation décrite. Mais l’on doit aussi souligner le fait qu’elle ait été servie par sept danseurs réellement exceptionnels quant à leur technique et leur expressivité. A ce titre, le chorégraphe peut se montrer exigeant car, ne l’oublions pas, il a reçu l’année dernière le prix « Movimentos » du meilleur danseur international.

Autre atout de cette pièce, le fait qu’elle ait pu bénéficier de la présence du quatuor Debussy sur scène, et ce, grâce à la résidence de la compagnie à Sceaux. Si les partitions de Webern, Cage et Bach choisies par le chorégraphe conviennent parfaitement à ce ballet, la présence des musiciens lui donnait une vibration, une vie indispensables, renforçant son expressivité. Je ne terminerai pas sans dire un mot de la pureté et de la sobriété de la scénographie, là encore en parfait accord avec l’œuvre. Du grand talent. 

J.M. Gourreau 

Un monde en soi / Abou Lagraa, Les Gémeaux / Sceaux / Scène Nationale, 23 et 24 Janvier 2010. 

Prochaines représentations : Annecy, Bonlieu Scène Nationale les 2 et 3 Février ; Albertville, Le Dôme Théâtre 5 Février ; Lyon, Maison de la danse, du 10 au 13 mars 2010 ; Annonay, Théâtre Municipal le 18 mars.

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau