Abou Lagraa / Univers...l'Afrique / L'amour toujours...

 

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Photos Eric Boudet

 

 

Abou Lagraa :

 

L’amour, toujours…

 

C’est à nouveau le thème de l’amour qu’Abou Lagraa retint pour sa nouvelle création, Univers… l’Afrique, une œuvre en deux parties qui fait appel autant au hip hop qu’à la danse contemporaine, tout en les mixant harmonieusement. Une œuvre dépouillée dans laquelle on retrouve le style du chorégraphe, alambiqué bien que d’une fluidité étonnante, très éclectique car pétri de nombreuses influences, reflet de sa double culture, maghrébine et française mais, surtout, d’une sensibilité à fleur de peau.

De tous temps, le chorégraphe a revendiqué le devoir de conforter, voire resserrer les liens culturels entre son pays, la France, et ses racines africaines. C’est la raison pour laquelle cette pièce repose sur des mélodies de Nina Simone, une chanteuse et pianiste américaine noire qui n’a jamais, quant à elle, cessé de revendiquer son africanisme : décédée en France en 2003, elle lutta sa vie durant contre le racisme dans une écriture très originale résultant de la fusion de divers styles : jazz, soul, pop, folk, chants gospel et musique classique… Cet éclectisme est peut-être à rapprocher de celui du chorégraphe, désormais presque aussi à l’aise en danse contemporaine que dans le hip hop, mais il l’a également desservi, Abou Lagraa n’étant malheureusement pas toujours parvenu à amalgamer cette musique à sa danse, celle-ci ayant pu parfois manquer d’unité: à certains moments en effet, la chorégraphie sembla seulement superposée ou accolée la musique, sans obtenir de véritable osmose entre elles et ce, surtout dans la première partie de l’œuvre. Celle-ci était confiée à quatre des meilleurs danseurs de La Baraka, tandis que le chorégraphe faisait appel, pour la seconde partie, à quatre étonnants interprètes du Ballet Contemporain d’Alger. Contraste qui se répercuta bien sûr au niveau de la chorégraphie, à la gestuelle sauvage, animale, émaillée de pulsions charnelles évoquant la puissance mais aussi la fragilité des étreintes des corps dans l’amour, quelles que soient leur race ou la génération à laquelle ils appartiennent. Des corps qui vibrent, ploient, se tordent et chutent pour mieux se relever l’instant d’après. Des êtres qui se dépassent « afin d’atteindre l’idéal de plaire à l’autre pour s’aimer soi-même »…

Sensualité également présente mais à un moindre degré dans la seconde partie, électrisante et plus rythmée, se terminant par un rituel, une sorte de transe quasiment mystique, contrastant avec le début de l’œuvre. Là encore, le chorégraphe mit en avant un pas de deux d’une beauté et d’une force fascinantes, s'opposant avec les autres variations pour lesquelles la musique ne me sembla pas toujours en totale adéquation avec une danse débordant d’énergie. Il n’en reste pas moins une œuvre fort intéressante de par sa conception et sa structure d’une part, de par son univers de contrastes passionnels d’autre part, confirmant que le chorégraphe, loin de s’enfermer dans un système, va toujours à la recherche d’autres horizons, même si ses thèmes de prédilection restent souvent les mêmes.

J.M. Gourreau

 

Univers… l’Afrique / Abou Lagraa, Théâtre des Gémeaux, Sceaux, du 3 au 5 mai 2012, dans le cadre des Rendez-vous chorégraphiques de Sceaux.

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