Adam Lindner / Parade / Parade revisitée

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Parade : costume de Picasso lors de la création 

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Photos J.M. Gourreau

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Adam Lindner :

Parade revisitée

 

Voilà une fort passionnante mais surprenante relecture de l'un des plus célèbres ballets de Diaghilev. Lors de sa création, le 18 mai 1917 sur la scène du Théâtre du Théâtre du Châtelet à Paris, Parade avait choqué les spectateurs, voire même déclenché un véritable scandale, du fait surtout des dissonances de la musique d'Erik Satie, ce qui - soit dit en passant - vaudra d'ailleurs à ce dernier d'être traîné par un journaliste devant les tribunaux et condamné à huit jours de prison ! Parmi les notes des instruments de l'orchestre, on pouvait en effet entendre le crépitement d'une machine à écrire, les sons d'un "bouteillophone", de sirènes, d'un sifflet, d'une roue de loterie et même le coup de feu d'un pistolet. L'"incongruité" des décors cubistes de Pablo Picasso n'était en outre pas en reste, d'autant que l'on vivait les moments les plus critiques de la guerre. Les danseurs quant à eux étaient affublés de costumes multicolores en carton pâte qui les dissimulaient presque entièrement ! S'ils ne pouvaient réellement danser bien que ces déguisements leur laissassent une grande liberté de mouvements, ils mimaient quelques gestes de la "vie réelle" dans le but d'attirer les badauds sous le chapiteau d'un cirque forain. Petite anecdote au passage : c'est en écrivant le livret de ce ballet qu'Apollinaire inventa le mot de sur-réalisme...

Il est bien évident que l'œuvre du chorégraphe allemand Adam Lindner, présentée dans le cadre des rencontres chorégraphiques de Seine-Saint-Denis, est assez éloignée du ballet de Léonide Massine, tout comme le fut la version de Preljocaj pour l'Opéra de Paris en 1993. Mais, malgré un épurement et une simplification extrêmes, il a su en garder l'atmosphère et l'esprit. Du chapiteau forain, il ne reste qu'un pan de mur gris en faux marbre avec deux entrées plus ou moins masquées. Exit également les costumes de carton-pâte aussi amusants qu'originaux qui avaient pu faire la joie des spectateurs de l'époque, pour laisser place à des décors géométriques que n'aurait sans doute pas renié le Picasso de l'époque cubiste. Les seuls éléments colorés qui subsistent encore sont un panneau carré et une sphère dodécagonale, (la balle du jongleur ?) dont la couleur vert vif entre en résonance avec l'homochromie gris-souris du reste du décor, offrant aux spectateurs une scénographie harmonieuse du meilleur goût. La chorégraphie confiée à trois danseurs en solo - écho aux trois solistes de la création - aussi inventive que signifiante, évoque tour à tour la rage, le défi et la recherche de "manœuvres" de séduction. Une œuvre qui trouve réellement son intérêt dans sa comparaison avec la création de 1917 par les Ballets Russes de Diaghilev.

J.M. Gourreau

Parade / Adam Linder, MC93 de Bobigny, 6 & 7 mai 2014, dans le cadre des Rencontres Chorégraphiques Internationales de Seine-Saint-Denis.

Adam Lindner / Parade / Bobigny / Mai 2014

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