Akaji Maro / Crazy Camel / La fascination de l'or

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Photo Adelap.com

Akaji Maro:

La fascination de l'or

 

P1270389 copieDernier spectacle présenté au cours de la tournée de la compagnie Dairakudakan en France,  Crazy Camel d'Akaji Maro est peut-être aussi le moins spectaculaire des trois. C'est en effet l'une de ses premières pièces - on a d'ailleurs pu déjà la voir du 18 au 20 octobre 2012 à la Maison de la Culture du Japon à Paris - mais aussi la moins aboutie sur le plan scénographique du fait de sa conception et de sa réalisation : en effet, Crazy Camel est une émanation d'un spectacle de "Kimpun Show", un numéro de cabaret très célèbre au Japon, « interprété par des danseurs quasi nus, aux corps huilés recouverts d'or. (...) Alors que, dans le butô, les danseurs sont recouverts de poudre blanche, les corps, dans le Kimpun Show, ont un aspect métallique qui reflète les lumières »*. Cet effet spectaculaire dont on trouve l'origine dans le célèbre film britannique Goldfinger (James Bond), réalisé par Guy Hamilton en 1964 rappelle le meurtre de Tilly Masterson, la compagne de Bond, asphyxiée par le majordome de Goldfinger, lequel avait recouvert le corps de la jeune femme d'une couche de poussière d'or (kimpun). « A l'époque en effet, nous dit Maro, on croyait que cette poudre empêchait la peau de respirer et pouvait provoquer la mort. Aussi, dans les cabarets nippons, les présentateurs annonçaient-ils le Kimpun Show avec impétuosité et ardeur : "Profitez bien de ce spectacle car, au bout de 15 minutes, les danseurs vont avoir du mal à respirer ! Et après, ils risquent de mourir..." A vrai dire, ils ne risquaient rien. On ne meurt pas en prenant son bain »*. Mais le fait est que c'était spectaculaire et que cela pouvait faire frissonner ! 

Il faut dire aussi et surtout que c'est le kimpun show qui a permis le maintien et l'envolée du butô, ainsi qu'à Akaji Maro de se faire connaître en occident. A l'époque en effet, Akaji faisait partie du petit groupe de danseurs de la troupe d'Hijikata et, chaque fois que ce dernier montait un spectacle de danse, cela se soldait par un gros déficit financier du fait de son avant-gardisme. La caisse était alors renflouée avec l'argent du Kimpun Show, très populaire, ce qui permettait à ses danseurs de survivre. Les premiers spectacles de la compagnie Dairakudakan, au sein de laquelle on trouvait Ushio Amagatsu, Kô Murobushi et, un peu plus tard, Carlotta Ikeda, étaient des dérivés du Kimpun Show, dans une mise en scène insolite et d'imposants décors.

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Photos Kimpun

Crazy Camel, qui n'est pas sans évoquer le Crazy Horse, d'où son nom, s'apparente donc à une revue de cabaret aussi grotesque que délirante mais d'un érotisme raffiné et provoquant - un étudiant ne s'évanouira-il pas de suites d'un priapisme ? - tout cela sous les accents des Quatre saisons de Vivaldi... Une revue qui met en scène des sculptures vivantes fantasmatiques que Maro va épicer de sa présence sous l'apparence d'un séducteur aussi entreprenant que malicieux, faisant lui aussi la cour à une frêle et primesautière jeune fille dans une suite de saynètes guillerettes, ce en alternance avec le show aussi puissant qu'impressionnant des danseurs recouverts d'or. Des images théâtrales dans un univers cosmique au sein desquelles la beauté fait alliance avec l'horreur, la vie côtoie la mort, l'enfer rejoint le paradis.

J.M. Gourreau

Crazy Camel / Akaji Maro, Maison de la musique de Nanterre, 15 & 16 décembre 2017.

* Akaji Maro, Danser avec l'invisible, par Aya Soejima, Archimbaud éd., Paris, novembre 2017.

 

Akaji Maro / Crazy Camel / Dairakudakan / Nanterre / Décembre 2017 / Butô

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