Akram Khan / Desh / Retour au pays

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Akram Khan :


Photos D. Vaughan

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Retour au pays

Il n’a pas usurpé sa réputation : Akram Khan est réellement un danseur fabuleux ! Desh, qu’il présente pour les fêtes de Noël au Théâtre de la Ville à Paris, le démontre à nouveau : sa gestuelle spectaculaire conjuguant le kathak, danse narrative traditionnelle du Nord de l’Inde, à la danse occidentale actuelle est désormais légendaire. Son énergie, la qualité de ses mouvements, sa gestuelle spiralée « dans l’urgence », ses voltes à une vitesse étonnante forcent l’admiration. Qualités qui ont sans doute incité Sidi Larbi Cherkaoui à créer avec lui en 2005 le duo Zero degree, Sylvie Guillem à être son partenaire l’année suivante dans Sacred monsters, et Juliette Binoche à partager avec lui le duo In-1 en 2008. Sa célébrité s’est encore accrue récemment puisqu’il a été chargé de la partie chorégraphique de la cérémonie d’ouverture des J.O. de Londres – Séquence du souvenir – au mois de juillet dernier.

C’est dire que ce solo autobiographique, créé à Londres en septembre 2011 et qui fut salué par la critique londonienne comme l’une, sinon la meilleure, de ses œuvres, était attendu avec grand intérêt. Mais la pièce ne reçut pas l’ovation présumée, les goûts du public de ce côté de la Manche n’étant sans doute pas les mêmes que ceux de nos voisins… Desh, qui signifie terre ou patrie en sanskrit, est certes une œuvre grandiose mais extrêmement confuse, foisonnant d’idées disparates qui semblent jetées là pêle-mêle, fusant dans tous les sens, apparemment sans le fil conducteur qui permettrait au public de s’y retrouver. Ce kaléidoscope d’images déroute le spectateur qui finit par laisser vagabonder son esprit sans plus chercher à comprendre ce qui se déroule sous ses yeux.

Certains éléments du spectacle peuvent pourtant être aisément décryptés. Le rideau s’ouvre sur un voyageur esseulé, vêtu d’un misérable manteau écru : il s’enfonce vers l’infini de l’horizon, nous invitant à le suivre dans son périple vers un passé qu’il fera surgir des entrailles de la terre à grand coups de masse sur le sol. C’est alors que le Bengladesh, terre nourricière de ses ancêtres, surgit à nos yeux dans toute sa misère et son horreur, les guerres meurtrières, la drogue et la pollution y ayant laissé leur empreinte. Le chorégraphe évoque surtout par le geste et la parole le souvenir de son père avec lequel il rétablit un dialogue imaginaire : il était, il est vrai, souvent en conflit avec lui mais il l’admirait aussi beaucoup pour avoir pendant longtemps nourri les 200 habitants de son village. Il se souvient encore de la nature exubérante, noyée par les pluies de la mousson, et des arbres géants de la forêt tropicale qu’il gravissait jusqu’à la canopée, dérobant le miel aux abeilles sauvages, allant à la chasse aux papillons, se confrontant aux crocodiles et éléphants… Tous ces instants entre réalité et fiction, un tantinet magiques, sont certes évoqués de façon spectaculaire par le metteur en scène Tim Yip mais ils sont aussi entrecoupés de fréquents allers-retours avec certains moments de la vie du chorégraphe à Londres, lesquels nuisent à la compréhension et l’harmonie générale de l’œuvre, d’autant que les époques se télescopent comme dans les contes. C’est d’autant plus dommage que les effets visuels sont extrêmement soignés…

J.M. Gourreau

 

Desh / Akram Khan, Théâtre de la Ville, du 19 décembre 2012 au 2 janvier 2013.

 

 

 

 

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