Akram Khan / Vertical road / La quête de la sagesse

 

Photo R. Haughton

Akram Khan :

 

La quête de la sagesse

 

 

Tout se trouve peut-être dans le titre : Vertical road, chemin vertical. Pourquoi vertical alors que tout se déroule sur un plateau horizontal ? Lorsque l’on interroge le chorégraphe sur la signification profonde de son œuvre, il ne répond pas. « Tout est dans la danse, dit-il, je veux seulement que le spectateur y mette des histoires, ses histoires. » Pourtant, lorsqu’on découvre ce spectacle, d’une beauté et d’une force à vous couper le souffle, autant sur le plan scénographique que chorégraphique, on ne doute pas un moment qu’il y a une trame, une logique dans ce qui nous est donné à voir. Des scènes, fragmentaires, sont d’ailleurs très explicites, une révolte matée ou des ébats amoureux par exemple. Mais leur articulation reste pour beaucoup d’entre nous mystérieuse.

Quand on connaît un peu la philosophie d’Akram Khan, ses origines mi-bangladaise, mi européenne et sa quête de spiritualité, on peut penser que les deux mondes séparés sur le plateau par un étonnant rideau translucide de cour à jardin sont l’un, le monde terrestre, et l’autre celui, céleste, des dieux. Or le chemin vertical dont il est fait allusion dans le titre pourrait être celui sur lequel va se dérouler le spectacle. Dès lors tout devient lumineux, et cet extraordinaire danseur situé de l’autre côté du mur, Salah El Brogy, qui va régenter le monde des humains, peut être assimilé à un prophète descendu sur terre pour remettre les hommes dans le droit chemin. 

A ce titre, le début de l’œuvre est suffisamment explicite. Au lever du rideau, on découvre en effet sept danseurs en triangle, couchés sur le sol, prostrés, la face contre terre comme pour fuir les éléments déchaînés, alors qu’apparaît derrière le mur translucide l’ombre menaçante d’un personnage venu on ne sait d’où et auquel les forces de la nature semblent obéir. Après avoir tracé des signes cabalistiques, il atterrit dans le monde des hommes, s’avérant une sorte de gourou divin qui va se diriger vers sept tablettes verticalement dressées les unes à côté des autres dans un coin de la scène pour les renverser. Tables de la loi ou symbole des âmes de ces humains ? On imagine alors aisément la suite, le soulèvement - une très belle image d’ailleurs, évoquant le butô, dans laquelle les danseurs se débarrassent de la crasse blanche qui les recouvre, - la révolte des hommes, difficilement réprimée d’ailleurs, leur acquisition progressive de la sagesse et de la sérénité puis leur ascension vers la spiritualité dans un monde meilleur, celui de l’au delà.

Si l’argument, bien que finalement assez évident, n’était peut-être pas au premier abord facile à saisir, c’est peut-être qu’il ne méritait pas aux yeux du chorégraphe une aussi grande importance, la part belle étant faite à la danse. Et, en fait, c’est d’abord ce qui fascine dans ce spectacle : une danse impulsive, violente, tribale, parfois mécanique, tarabiscotée mais très travaillée, d’autant plus forte et plus cohérente qu’elle est souvent exécutée par les sept danseurs ensemble, face à celle, plus nuancée, empreinte de calme et de sérénité, du gourou. Une opposition fort judicieuse qui met en avant les flots d’énergie que déversent les sept « mortels » sur une musique obsédante et rythmée qui, par moments, évoque les battements cardiaques. Une œuvre d’une force incommensurable qui donne à réfléchir.

J.M. Gourreau

 

Vertical road / Akram Khan, Théâtre de la Ville, Mars 2011.

 

Prochaines représentations :

-          23 – 24 Mai 2011 , Nantes, Le Grand T

-          24 – 25 Juin 2011, Marseille

-          8 - 9 Novembre 2011, Toulouse

-          6 - 7 Mars 2012, Grenoble

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