Alain Platel / Tauberbach / Un univers de schizophrènes

TauberbachTauberbach

Alain Platel :Tauberbach

Un univers de schizophrènes

 

Si l'idée était aussi séduisante qu'originale, la réalisation le fut moins. Il s'agissait ni plus ni moins que d'immerger le spectateur dans un monde de parias, celui des schizophrènes et des sourds. Tout simplement pour lui faire prendre conscience de leur marginalité, de leur différence. A l'origine, toujours ce fameux CD de musique vocale de Bach chanté par un chœur de...  sourds,  qui avait déjà été à l'origine de Lets op Bach (1998) et de Wolf (2003). Et puis, aussi, un documentaire de Marion Prado sur une brésilienne schizophrène, Estamira, vivant depuis une vingtaine d'années dans un dépotoir des faubourgs de Rio de Janeiro.

La mise en scène, spectaculaire, est à la mesure du talent de Platel qui s'avère de plus en plus délaisser la chorégraphie pour se tourner vers la scénographie et le théâtre. La danse en effet s'avère le parent pauvre de cette œuvre, à l'exception de quelques trop brefs mais superbes instants à l'issue du spectacle. Le rideau se lève sur un plateau jonché de vieux vêtements déchirés qui le recouvrent entièrement, parfois sur plusieurs épaisseurs. Un véritable dépotoir ! Il n'y a pas de boîtes de conserves vides ni de vieux objets rouillés mais c'est tout juste... Deux portiques  transversaux mobiles à deux mètres du sol servent non seulement de support à d'autres vêtements déchirés mais aussi de "canapé" à quelques pauvres hères qui ont élu domicile en ces insalubres lieux, sur lesquels une femme en haillons semble régner. On s'aperçoit bien vite que toutes ces petites gens accusent quelques difficultés à partager leur perception de la vie avec les autres, ce qui entraîne des comportements et des discours étranges, parfois délirants. Ils sont en effet schizophrènes et sourds, commentant leurs actes et leurs choix d'une manière tantôt inintelligible, tantôt irréelle. Ils semblent pourtant à l'aise dans leur domaine, jouant parfois les uns avec les autres mais restent le plus souvent seuls dans leur coin, animés par une gestuelle désordonnée, inutile. Curieusement ils n'inspirent aucune pitié ni compassion, mais seulement, au bout d'un certain temps, de l'indifférence. Platel aurait-il raté son but ? L'œuvre, qui s'étale sur une heure et demie, aurait sans doute gagné à être plus concise, plus musicale aussi et, surtout, plus dansée.

J.M. Gourreau

Tauberbach / Alain Platel et les Ballets C de la B, Théâtre National de Chaillot, du 24 janvier au 1er février 2014.

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau