Alan Lucien Øyen / Bon voyage, Bob / N’est pas Pina qui veut…

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Alan Lucien Øyen :

N’est pas Pina qui veut…

 

Alan lucien oyen foto siren hoyland s terUn hommage à Pina Bausch ? Certes, tous les ingrédients y sont. Mais, malheureusement, la sauce ne prend pas… L’idée, pourtant, était on ne peut plus louable. Car on la regrette bougrement, cette grande dame de la danse disparue il y a tout juste 10 ans, le 30 juin 2009... Son nom, ses œuvres resteront pour toujours gravées dans la mémoire de ceux qui ont eu l’heur d’en goûter quelques unes… Alan Lucien Øyen n’a certes pas connu Pina mais, à voir Bon Voyage Bob, créé le 2 juin 2018 au Tanztheater de Wuppertal, l’on peut cependant affirmer qu’il a bien saisi les multiples facettes de l’art de cette chorégraphe - tout en cherchant à s’en emparer pour tenter de faire revivre son souvenir avec l’aide de seize de ses danseurs. Pas n’importe lesquels, d’ailleurs. Helena Pikon, Julie Shanahan, Nazareth Panadero, Rainer Behr entre autres, lesquels ont tous passé de nombreuses années, voire quelques décennies avec elle… Et, dans ce témoignage, tout comme elle le pratiquait, il les a sondés, questionnés, auscultés, interrogés pendant des heures et des heures, pour se nourrir de leur vie quotidienne et de l’atmosphère locale dans laquelle ils ont vécu, quel que soit le lieu, pour, par la suite, traduire sentiments et souvenirs en propositions chorégraphiques. Mais Pina avait l’heur de les enrober dans une "sauce" qui les liait, les amalgamait, et l’art de bâtir une histoire qui rendait ces anecdotes plausibles et dignes d’intérêt. L’approche de ce jeune et pourtant talentueux chorégraphe norvégien - qui est aussi metteur en scène et écrivain, et que l’on a d’ailleurs déjà pu voir à Chaillot dans Kodak en janvier 2018 - est très théâtrale, parfois davantage même que celle de Pina et, surtout, plus proche du cinéma. Øyen étant très influencé par cet art, ses œuvres sont en effet, elles aussi, marquées par les turpitudes du monde qui l’entoure, ce qui lui permet de s’inspirer d’une multitude de sources, notamment de conversations et d’expériences personnelles, et elles sont toujours à la recherche d’une expression sincère et humaine.

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Photos Mats Backer

L’accent, ici, est donné sur la mort et le deuil, sous tous leurs aspects et toutes leurs formes, durant 3 longues heures, ce qui n’est pas sans évoquer la durée de certains spectacles de Pina. Il faut dire qu’Alan Lucien Øyen est lui aussi coutumier de la chose car il a tout de même conçu un opéra dansé de 5 heures et demie, Cœlacanthe, qui a remporté le prix Hedda pour le meilleur texte de scène en 2014... Si Bon voyage, Bob est truffé de moments sombres entre fiction et réalité, d’autres le sont moins, voire même oniriques ou surréalistes comme le jeu du pendu ou l’image de ce cheval dansant derrière un couple d’amoureux qui devisent tendrement. L’œuvre évolue dans une atmosphère générale lourde, fataliste, créée aussi bien par la mise en scène sur plusieurs plans grâce à un ensemble de praticables amovibles évoluant simultanément, que par les textes dont le chorégraphe est également l’auteur. Les passages dansés, trop rares, sont toutefois réellement fabuleux, en raison d’une part, de l’originalité de leur écriture chorégraphique, sophistiquée mais élégante, d’autre part, d’une sublissime interprétation par des danseurs exceptionnels, aussi bien les vétérans que les plus jeunes d’ailleurs. Il est dommage que cet artiste bourré de ressources n’ait pas mis davantage ses talents au service d’un art dans lequel il excelle réellement, celui de Terpsichore !

J.M. Gourreau

Bon voyage, Bob / Alan Lucien Øyen / Tanztheater Wuppertal, Théâtre National de Chaillot, dans le cadre de la programmation du Théâtre de la ville hors les murs, du 29 juin au 3 juillet 2019.

 

Alan Lucien Øyen / Bon voyage Bob / Tanztheater Wuppertal / Théâtre de Chaillot / Juin 2019

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