Alban Richard / Nombrer les étoiles / Un certain parfum du passé

 

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Photos Agathe Poupeney

Alban Richard:

Un certain parfum du passé

 

Une plongée exploratoire dans la seconde moitié du Moyen-âge, voilà un travail qui sort de l'ordinaire. Non qu'Alban Richard veuille, au travers de sa dernière création, revisiter ou exhumer les danses de l'époque médiévale à la manière de certains chorégraphes et chercheurs contemporains tel l’italien Andréa Francalanci, mais il cherche en tout cas à en retrouver le climat, l’infinie douceur, la préciosité, la pureté. Les rondeaux, ballades, caroles et autres cansos, poèmes lyriques sur la musique de Guillaume de Machaut, autrefois chantés par les troubadours devant la Cour royale, se prêtent en effet particulièrement bien à ces danses médiévales, les représentations données au cours des siècles passés sont en effet là pour en témoigner. Comme naguère son travail sur la musique de Xénakis*, la danse abstraite toute en courbes, ellipses et spirales que propose Alban Richard pour cette création s'avère en adéquation parfaite avec les partitions sélectionnées : même univers, même rythme, même structure, même atmosphère empreinte de calme et de sérénité. Sur ce plan, la réussite est parfaite, d’autant que tous les interprètes sont prodigieux, tout particulièrement les chanteurs de l’Ensemble Alla francesca aux voix pures, cristallines et pleines de chaleur. Les cinq danseurs ne sont toutefois pas en reste, leur corps devenant « l’émanation des humeurs, des couleurs et des affects de la musique ».

Mais là où le bât blesse, c’est ce zeste de monotonie qui s’installe insidieusement dans la seconde partie du spectacle, monotonie engendrée par une certaine uniformité de la musique servant les chansons et ballades choisies, apanage de l’époque, traitant toutes de la solitude, de l’éloignement et de l’oubli ; et ce d’autant que le chorégraphe a bien pris soin d’en respecter autant l’esprit que le climat. Et puis, pourquoi avoir placé tout ce petit monde dans un écrin noir comme la nuit et, qui plus est, l’avoir affublé de vêtements tout aussi ténébreux, apparemment sans aucune réelle recherche esthétique ? Il est vrai cependant que ces costumes convenaient parfaitement à l’avant-dernier tableau, une sorte de danse macabre torturée mais fort originale, élaborée sur les souffles artificiellement amplifiés des danseurs, « rituel d’envoûtement vénéneux » qui avait en outre le mérite de rompre la monotonie du passage précédent… Une bacchanale qui demeurera à n'en pas douter l’un des temps forts de ce ballet.

J.M. Gourreau

Nombrer les étoiles / Alban Richard, Théâtre 71, Malakoff, 8 et 9 mars 2016.

*cf. sur ce même site l’analyse de Pléiades sur une musique de Xenakis, œuvre calquée sur la partition éponyme de ce compositeur.

 

Alban Richard / Nombrer les étoiles / Théâtre 71 Malakoff / Mars 2016

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