Alban Richard / Pléiades / Jeu de correspondances

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Photo Agathe Poupeney

Alban Richard :

 

Jeu de correspondances

 

 Qui eut cru que la musique de Xenakis pouvait aussi bien servir la danse ? Ou, plus exactement, la danse aussi bien s’adapter à la musique abstraite de Iannis Xenakis ? Tout, finalement, n’est qu’une question de rythme et de musicalité, tant de la part des danseurs que des musiciens. A l’origine, Pléiades est une commande de la ville de Strasbourg au célèbre Ensemble de percussions de cette cité, lequel créa l’œuvre en mai 1979. Une pièce brillante pour xylophones et timbales qui exige une coordination parfaite de la part des six musiciens qui l’exécutent. C’est seulement en 2011 qu’Alban Richard s’intéresse à la partition de cet adepte et promoteur de la musique massique et stochastique, par ailleurs polytechnicien. Il était aussi assistant de Le Corbusier, et avait conçu 21 ans auparavant l’architecture du pavillon Philips pour l’Exposition Universelle de Bruxelles : ce bâtiment demeura d’ailleurs pour son créateur « une représentation physique de sa musique. »

La pièce chorégraphiée par Alban Richard suit pas à pas l’œuvre que Xénakis composa sur son ordinateur. Celle-ci comporte quatre mouvements, Mélanges, Claviers, Métaux et Peaux, noms donnés en référence aux instruments utilisés par le compositeur. A ces quatre parties, le chorégraphe en rajouta une cinquième, Silences, réplique dansée de Mélanges, chorégraphiée dans le silence. Xénakis avait proposé l’exécution des mouvements de son œuvre selon deux ordres différents, ordres qui ne furent pas pour autant adoptés par Alban Richard qui en suivit un troisième, intervertissant Métaux et Claviers par rapport à la première proposition de Xenakis. En outre, il plaça ses Silences à la suite de Mélanges, mouvement non dansé ( encore que les musiciens, en changeant constamment d’instrument, exécutent eux-mêmes un véritable ballet) situé en amont de la pièce et qui fait intervenir à la fois les xylophones, vibraphones, marimbas et xylorimbas utilisés dans Claviers, ainsi que les tambours africains, tam-tam et bongos de Peaux. A noter, pour la petite histoire, que Xenakis inventa pour l’occasion, un nouvel instrument qu’il nomma sixxen (contraction de six, le nombre de musiciens, et de xen pour Xenakis), instrument formé de 19 barres de bronze, d’acier et d’aluminium accordé de manière microtonale par quart ou demi ton. Sur le plan chorégraphique, Silences se traduit par une suite de variations géométriques reflétant parfaitement la complexité de Mélanges, alors que Claviers, Métaux et Peaux, exécutés à leur suite, sont d’une facture chorégraphique plus légère, bien que très construite. Cela dit, l’intérêt de l’œuvre présentée ainsi réside d’abord dans l’extraordinaire osmose entre les musiciens et les danseurs qui se renvoient sans cesse la balle : le tempo semble en effet tantôt donné par les musiciens, tantôt par les danseurs qui leur font alors écho, tant par leur gestuelle que par leurs déplacements dont la vitesse et l’amplitude sont modulés par la sonorité, le timbre et la puissance des sons émis par les instruments. C’est bien évidemment le dernier mouvement, Peaux, qui conclue ce concert dansé par une sarabande infernale, quasi génératrice de transe chez le spectateur. Un moment inoubliable qu’il était totalement inutile de ponctuer par des éclairages vacillants tentant vainement de suivre le rythme magique de la partition dansée.

J.M. Gourreau

 

Pléiades / Alban Richard et l’ensemble l’Abrupt – Percussions de Strasbourg, Théâtre National de Chaillot, du 13 au 15 février 2013.

Alban Richard / Pléiades / Théâtre National de Chaillot / Février 2012

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