Alfonso Barón & Luciano Rosso / Un Poyo Rojo / Parade de coqs

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Photos Ishka Michocka et Alejandro Ferrer

Alfonso Barón & Luciano Rosso :

Parades de coqs

 

Est-ce du lard ou du cochon ? Du théâtre ou de la danse ? Du mime ou de l’expression corporelle ? Difficile à dire car Un Poyo Rojo, c’est tout à la fois… Une comédie dansée mise en scène par Hermès Gaido, pleine d’audace et de fantaisie, où l’on passe du coq à l’âne mais qui se laisse boire comme du petit lait. En tous les cas, les facéties, pitreries et autres clowneries du même acabit de ces deux auteurs-comédiens-danseurs que sont Alfonso Barón & Luciano Rosso nous amusent bien. Il faut dire que ces pince-sans-rire argentins décalés et pleins d’esprit (mais pas de verve car ils ne prononcent au cours du spectacle que quelques onomatopées du type rugissement, agrémentées toutefois de chansonnettes et de bribes de débats radiophoniques totalement incongrues…) ont aussi le diable au corps et le feu aux fesses. Ils nous servent, durant une heure, un menu pas piqué des hannetons au cours duquel ils passent, avec un plaisir évident, de la condition humaine à la condition animale sans autre forme de procès. Frères ou amants*, c’est à celui qui en fera le plus, à tour de rôle, peut-être pour épater l’autre, voire le séduire. Quoiqu’il en soit, prouesses, grimaces, contorsions, glissades, prises de catch ou de judo s’enchainent à une vitesse époustouflante et, à chaque nouvelle minute, on se demande ce que ces boute-en-train désopilants pleins d’humour et d’humanité vont bien encore pouvoir nous servir !

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Photos Paola Evelina, Alejandro Ferrer et Ishka Michocka

Tantôt affables, tantôt sauvages, leurs jeux tiennent du main-à-main, de l’acrobatie, de l’art du clown et du théâtre mais aussi, bien sûr, de la danse. Une danse sauvage contemporaine mâtinée de classique et de hip-hop signée Nicolas Poggi, va comme j’te pousse, sans prétention, toujours ludique, pleine d’invention et de rebondissements, agrémentée de prouesses de haut vol. A certains moments, il semble que l’on se trouvât dans des vestiaires sportifs, à d’autres, on se retrouvait catapulté dans la basse-cour d’une ferme au beau milieu des coqs, des poules et des poussins, des chiens et autres bestioles du même acabit… En argentin, poyo rojo signifie coq rouge. Si ces pince-sans-rire ne sont pas rouges à proprement parler, à divers moments, ils prennent l’allure de coqs avant le combat, les ergots aiguisés, dressés l’un contre l’autre, le regard plein de suffisance : ils se bécotent, paradent pour, l’instant d’après, s’affronter en bombant le torse, s’enlacer, s’étreindre avec violence pour mieux se repousser, s’empoigner, se mordre, se jeter à bas, se terrasser… Un univers grotesque peut-être mais très sensuel, toutefois aussi cocasse que dépaysant ! Cette pièce, créée au Laburatorio de Buenos-Aires en 2008, avait déjà été présentée avec ces deux mêmes artistes durant un mois en septembre-octobre 2016 au Théâtre du Rond-Point à Paris et dans le festival "off" d’Avignon cet été. Ils reviennent s’ébattre sous nos latitudes durant une quinzaine de semaines cette fois, pour le plus grand plaisir de tous…

J.M. Gourreau

Un Poyo Rojo / Alfonso Barón & Luciano Rosso, Théâtre Antoine, Paris, du 7 février au 30 mai 2018.

*A l’issue de la représentation, les deux protagonistes ont fait savoir au public qu’ils n’étaient ni amants, ni concubins. On n’aurait jamais pu le croire…

 

Alfonso Barón & Luciano Rosso / Un Poyo Rojo / Théâtre Antoine Paris / Février à mai 2018

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