Ali et Hèdi Tabet / Rayahzone / Une belle leçon de courage et de fraternité

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Photos Dan Aucante

 

Ali et Hèdi Tabet :

 

Une belle leçon de courage et de fraternité

 

 

Mettre en scène sur un plateau de danse un unijambiste virtuose n’est désormais plus l’apanage de José Montalvo ou de Dominique Hervieu : les étonnantes prouesses du jeune circassien unijambiste Hèdi Tabet ne sont en effet pas sans évoquer celles du hip-hoppeur de la création d’Orphée : on pourrait même penser que Rayahzone a été créé rien que pour le mettre en valeur, lui faire oublier son infirmité, lui permettre de surmonter ses épreuves : en effet, alors qu’il venait d’atteindre ses 18 ans, ce jeune circassien, formé à l’Ecole du cirque de Bruxelles, découvre qu’il est atteint d’un cancer des os. On devra l’amputer d’une jambe. A peine dix ans plus tard, on le retrouve sur les planches avec son frère dans un spectacle conçu et créé en commun avec un autre circassien – danseur, Lionel About, et un musicien tunisien spécialiste des musiques traditionnelles orientales et arabes. Leur but : confronter danse, cirque et musique dans l’évocation d’un instant de la vie quotidienne dans la patrie de leur père, la Tunisie.

Nous voilà donc transportés dans la courette d’une modeste demeure dans un quartier populaire tunisien qui, comme nombre de maisons maghrébines, est en perpétuelle construction, les travaux étant stoppés quand l’argent vient à manquer, et ne reprennent que lorsque surviennent des jours meilleurs. Sous le soleil, la vie peut parfois être calme et nonchalante, bercée par une attachante musique soufie mais elle peut aussi être pleine d’allant et d’entrain malgré une apparente et réelle pauvreté, qui n’empêche cependant pas ébats et jeux. L’œuvre est pleine de trouvailles plus originales les unes que les autres, pleine de mystères aussi, voire de surréalisme. Ainsi notre unijambiste s’est-il affublé, au début de la pièce, d’un crâne de dromadaire, peut-être pour rappeler que le soleil, sous ces latitudes, peut aussi engendrer sécheresse et mort. Tout n’est d’ailleurs pas si rose que cela dans ce monde, la folie pouvant survenir aux instants où l’on s’y attend le moins, comme on peut le voir dans un passage particulièrement émouvant, rythmé par des tambours et chants d’une gravité et d’une profondeur divines. C’est aussi cela que nous fait découvrir ce très beau spectacle, la musique rituelle et les chants poignants permettant d’accéder à un état de transe, d’où leur confinement dans des cercles réservés autrefois aux initiés, et les multiples interdictions de se produire dont ils ont été frappés au cours de l’histoire de ce pays. Considérée dans son entité, cette œuvre est une magnifique leçon de solidarité, de courage et de fraternité, servie par des interprètes de grand talent.

 

J.M. Gourreau

 

Rayahzone / Ali et Hèdi Tabet, Théâtre de Suresnes Jean Vilar, 9 au 11 mars 2012.

Prochaines représentations :

-         13 mars 2012 : Douai

-         15 mars 2012 : Flers

-         16 mars 2012 Château-Gontier

-         22 mars : Coutances

-         24 mars 2012 : Niort

-         28 mars 2012 : Boulazac

-         30 mars 2012 : Oloron-Sainte-Marie

-         03 avril 2012 : Istres

-         06 avril 2012 : Draguignan

-         10 et 11 avril 2012 : Bordeaux

-         26 avril 2012 : Lannion

-         03 et 04 mai 2012 : Oullins

-         15 mai 2012 : Châlons-en- Champagne

-         17 mai 2012 : Brive-la-Gaillarde

Ali et Hèdi Tabet / Rayahzone / Suresnes / Mars 2012

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