Alonzo Kings Lines Ballet / Rasa / The radius of convergence

 

Photo Marty Sohl

Alonzo King Lines Ballet :

 

 

 

 

Isolement et solitude ou leçon de faire valoir ?

 

 

Originaire de San Francisco Alonzo King est encore peu connu en France. Ancien danseur de la troupe d’Alvin Ailey, ce chorégraphe, fervent admirateur de Balanchine, fonde sa compagnie en 1982 et acquit très vite une notoriété internationale grâce à sa perception du mouvement, son sens du rythme et l’originalité de ses pièces, extrêmement sophistiquées au demeurant, dans le travail des bras notamment. The radius of convergence en est un exemple frappant. Créée en 2008, ce ballet pour dix danseurs, sous-tendu par le destin et la fatalité, étonne par sa complexité :  prises isolément, les variations de chacun d’entre eux, faites de gestes amples, expressifs et rapides, très alambiqués mais d’une étonnante fluidité, sont d’une saisissante beauté dans leur fulgurance. Cependant Alonzo King semble avoir volontairement trop souvent disposé ses danseurs sur scène en les juxtaposant isolément, sans chercher de réelle cohérence aux ensembles, ce qui donne parfois à l’œuvre une impression de manque d’unité. Toutefois ce ballet, d’essence classique, est d’une très grande musicalité, mettant en valeur la beauté intrinsèque des corps de ses interprètes baignés par les lumières chaudes et enveloppantes d’Axel Morgenthaler. « Il faut se laisser porter par la vision, l’émotion et l’audition » explique le chorégraphe !

Ce même parti pris dans la construction de l’œuvre se retrouve dans Rasa, ballet d’une très grande originalité lui aussi, réglé en 2007 sur une partition musicale totalement envoûtante de Zakir Hussain : ce fils du légendaire joueur de tabla Ustad Alla Rakha, considéré comme un « trésor national » en Inde, est lui aussi passé maître dans cet art. La partie centrale de ce ballet est constituée par un pas de deux quasi hypnotique d’une sensualité extrême, exécuté par deux prodigieux danseurs, Laurel Keen et Brett Conway. C’est non seulement une très grande tendresse qui sourd de cet émouvant corps à corps mais surtout la peur sous-jacente -  et communicante - de perdre l’Autre, et cet impérieux besoin de partage qui conduit ces deux êtres à s’agripper l’un à l’autre, à fusionner l’un dans l’autre sans que rien ne puisse jamais les en séparer. Quelle contraste avec les deux autres parties de ce ballet, au demeurant très beau lui aussi, mais qui donne l’impression d’un concours de virtuosité dans lequel les danseurs enchaînent chacun des variations plus difficiles les unes que les autres, comme s’ils voulaient se mettre en valeur, se faire valoir vis-à-vis de leur public.

 

J.M. Gourreau

 

The radius of convergence et Rasa / Alonzo King, Alonzo King Lines Ballet, Opéra de Massy, Mars 2010.

 

 

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