Andrea Miller / Wonderland / De joyeux drilles ?

                    Photo G.C. Duggan                                                 Ph. R. Washington                                                    Ph. G.C. Duggan


Andrea Miller :

De joyeux drilles ?

 

Est-ce vraiment au pays des merveilles qu'Andrea Miller convie le spectateur ? En apparence, cela pourrait être le cas. Car si l'on n'y prête pas une réelle attention et que l'on se laisse hypnotiser par les transcendantes évolutions des danseurs qui masquent le propos de la chorégraphe, on pourrait considérer uniquement Wonderland comme un spectacle ludique au sein duquel une bande de joyeux drilles, livrée à elle-même, s'ébat avec insouciance, à l'instar de facétieux gamins cherchant à se faire valoir les uns auprès des autres dans une cour de récréation... Certaines attitudes toutefois laissent à penser que ces joutes ne sont pas toujours innocentes et que, sous cette apparente désinvolture empreinte de poésie et de sensualité charnelle, se cache en réalité un univers sauvage et impitoyable, au sein duquel chacun des êtres qui le composent et qui vivent instinctivement ensemble profite de toute occasion et de tout moyen pour acquérir la suprématie et le pouvoir. D'où la mise en scène de comportements extrêmement divers tels que joie et tendresse mais aussi égocentrisme, libération des instincts, dissidence, mépris envers les autres, besoin de domination, indifférence face au mal... lesquels transparaissent avec plus ou moins d'acuité au fil du spectacle.

C'est une installation de l'artiste chinois Cai Guo-Qiang, Head on, représentant une meute de loups dans un mur de verre qui fut la source d'inspiration de l'œuvre d'Andrea Miller, une jeune chorégraphe américaine dont c'est le premier spectacle en France. Sur le plan strictement chorégraphique, Wonderland fait appel à plusieurs langages, la danse moderne bien évidemment mais aussi la danse classique dont elle a pu mesurer la portée lors des quelques années qu'elle a passé auprès d'Ohad Navarin au sein de la Batsheva Dance Company. Elle a également fait appel à plusieurs reprises, mais dans une moindre mesure, à l'art des circassiens. D'où un spectacle peut-être un peu trop alambiqué mais qui fascine de par la fluidité et la richesse de son vocabulaire ainsi que par la virtuosité de ses interprètes, et par ce qu'il laisse transparaître de prime abord et que l'on attribue à l'animal, le loup en l'occurrence, sans se rendre compte que, finalement, c'est nous, humains qui sommes en cause. Un portrait satyrique mais parfaitement réel de notre société au sein de laquelle nos comportements sauvages et bestiaux profondément enfouis remontent à la surface, agissements calqués sur ceux des animaux avec lesquels nous partageons notre univers...

J.M. Gourreau

Wonderland / Andrea Miller, Théâtre National de Chaillot, du 4 au 7 décembre 2013.

 

Andrea Miller / Wonderland / Théâtre national de Chaillot / Décembre 2013

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