Andrea Sitter & Flora St. Loup / I am not an angel / Un insolite duo

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Photos J.M. Gourreau

 

Andrea Sitter et Flora St. Loup :

Un insolite duo

 

Pour ceux qui suivent le parcours d’Andrea Sitter, sa dernière pièce, créée avec Flora St. Loup, I am not an Angel, aura pu autant ravir qu’étonner par son ton badin, espiègle et facétieux. Certes, le penchant d’Andrea Sitter pour l’humour et la dérision sourd dans la plupart de ses œuvres, notamment dans La reine s’ennuie (2004), Im Kopf, (2007) ou Bosso Fataka (2017) ; mais il s’y trouve le plus souvent sous forme de « piques », d'éclats épars au sein de ses pièces, comme pour les enrichir, leur donner une autre vie. Comment cette artiste romantique, empreinte d’une ineffable douceur, d’une poésie et d’une délicatesse à nulle autre pareilles, a-t-elle pu sortir de sa réserve et se lâcher au point de se commettre avec sa comparse Flora St. Loup dans une farce aussi spirituelle que drolatique?

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Les rencontres impromptues font parfois bien les choses. C’était il y a environ un an et demi, à Vienne (Autriche), dans le salon de Flora. Les deux artistes de la même génération se découvrent de nombreux talents et points communs : mêmes penchants pour l’humour et la comédie - mais aussi la tragédie -, même culture littéraire et poétique franco-germanique, mêmes goûts pour la musique et la danse. Il est vrai que Flora tout comme Andrea se passionne pour les formes les plus diverses de l’art dès l’âge de 5 ans, la première surtout pour le piano et le chant qu’elle peaufine à la Sorbonne à Paris puis au Mozarteum de Salzbourg, la seconde pour la danse qu’elle aborde à Munich avant de découvrir Alwin Nikolaïs, Pina Bausch et Carolyn Carlson… L’envie, le besoin de partager leur ambivalence culturelle, française et germanique, les étreint. Il en nait très vite la dramaturgie de cet « opéra biplace » dansé, plein d’esprit, d’humour acide et de mordant : une brève allusion à l’éventuel retour sur notre bonne vieille terre d’un ange qui aurait été expulsé du paradis et qui retrouverait son apparence humaine, avec ses qualités certes mais aussi ses démons…, allégorie mise en scène avec une candeur, une perfidie, une malice rare qui, loin de nous attrister, nous divertissent et nous font bien rire… A bien y réfléchir cependant, ces facéties et ces travers déclinés avec sincérité sur le ton de la dérision, lesquels évoquent l’enfance et son cortège de bêtises, la recherche de l’amour, de ses rituels et de ses conséquences profondément humaines, sont le reflet de l’exacte vérité. Ainsi faut-il voir Andrea, à l’issue du spectacle, sectionner avec une délectation et une rouerie diabolique les capitules des fleurs du bouquet qu’elle tient à la main, lesquels tombent sur le sol comme les têtes de l’échafaud ou les sexes de malfrats que l’on châtre, ce sous les vocalises aussi faussement  pathétiques que déchirantes de sa comparse…

Non, cette chorégraphe-poétesse-danseuse n’est pas un ange, comme elle l’annonce tout de go dans le titre de cette création* ; sa comparse compositrice-pianiste-vocaliste non plus, d’ailleurs... Mais qui peut vraiment se targuer de l’être ?

J.M. Gourreau

I am not an angel / Andrea Sitter & Flora St. Loup, Paris, Le Regard du Cygne, 16 novembre 2018, création dans le cadre du Festival « Signes d’automne ».

*En fait le titre de cette œuvre est celui d’une composition musicale de Flora St. Loup écrite pour le Chemin des anges, créée à Vienne en 1999.

 

Andrea Sitter & Flora St. Loup / I am not an angel / Le Regard du Cygne / Novembre 2018

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