Andrès Marin / D. Quixote / Plus déjanté tu meurs

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Photo B. Mengelle

Andrès Marin:

Plus déjanté, tu meurs...

 

Si vous vous imaginiez voir un spectacle de flamenco traditionnel, c'est raté... Pourtant, vous ne serez pas déçus : cela fait quelques années déjà qu’Andrès Marín bouscule les us et dérange les habitudes. A l’inverse d’un Israël Galván, plus traditionnel mais aussi plus connu dans notre pays, ce "trublion" sévillan n’a de cesse de faire évoluer son art vers de nouveaux horizons tout en conservant et promulguant son extraordinaire maîtrise du zapateado. Pour l'ouverture de la 3ème biennale d'art flamenco, il nous offre, en création mondiale, une œuvre d'art total on ne peut plus déjantée, mixant avec brio théâtre, musique, danse et chant dans le plus pur style flamenco sur un thème typiquement espagnol : quelle allégorie, plus que celle du mythe de Don Quichotte, immortalisé par le poète et dramaturge Miguel de Cervantes, pouvait en effet lui procurer l’occasion de satisfaire cette envie ? Bien évidemment, ce n'est pas tout à fait le chevalier à la triste figure que l'on va retrouver sur ce plateau, bien qu'il ait gardé toute sa niaiserie et sa gaucherie ; bien évidemment, ce n'est pas au 17ème siècle que Marin va nous embarquer mais au 21ème siècle, comme nous le montre la première image de D. Quixote : celle d'un danseur chevauchant non une rossinante mais un "gyropode-hoverboard", ce skateboard électrique fort à la mode aujourd'hui. Ce danseur nous invite à effectuer un voyage en sa compagnie dans un paysage abracadabrant au sein duquel une rampe de skateboard voisine avec une tente des plus modernes. A l'intérieur de celle-ci, on va découvrir, grâce à une caméra interne qui projette ses images en direct sur un écran extérieur, sa Dulcinée en burka rose, un Sancho Pança, alias Abel Harana, engoncé dans un sac de couchage, lequel tentera à grand-peine de s'en extirper par bonds et reptations alternés... Don Quichotte quant à lui apparaît sous l'apparence d'un escogriffe dégingandé, Andrès Marín lui-même, casque médiéval sur les oreilles et tee-shirt arborant le dossard N° 10, celui de l’attaquant et du meneur de jeu en football... S’il lui arrive aussi de chausser des godasses à crampons dans sa prestation de zapatéado - ce qui, entre nous, n’est sans doute pas sans poser quelque difficulté - on le rencontre l’instant d’après en tenue de boxeur ivre de vengeance en train de se ruer sur son adversaire et… de se faire voler dans les plumes ! C’est également sous forme de dessin animé humoristique en N. & B. qu’on le retrouvera livrant un combat dérisoire à l’issue duquel l’animal savourera son triomphe en jouant de la guitare de ses sabots… Bref, fiction et réalité se côtoient et s'entremêlent, évoquant toute l’impuissance du redresseur de torts dans l’incapacité de rétablir l’ordre des choses.

Cette œuvre d’une très grande originalité, qui met bien évidemment en avant la prodigieuse technique et l’inventivité du chorégraphe-interprète, doit également sa singularité, sa fantaisie et son extravagance au metteur en scène et dramaturge Laurent Berger qui s’est acoquiné pour la circonstance à Andrès Marín. C’est en effet à lui que l’on doit la scénographie, les décors et les canciones dont la pièce est émaillée ainsi que, avec peut-être moins de bonheur, cette avalanche de projections de publicités des années soixante qui interfèrent avec la compréhension de cette création, truffée d’allusions aussi diverses que variées. Soulignons encore l’excellence de la musique originale interprétée par Daniel Súarez aux percussions, Batio Barnabas au violoncelle et au théorbe, Jorge Rubiales à la guitare électrique, sans oublier Rosario La Tremendita dont la beauté, la chaleur et la profondeur de la voix resteront à jamais gravées dans nos mémoires.

J.M. Gourreau

D. Quixote / Andrès Marín,  Théâtre National de Chaillot, du 7 au 10 novembre 2017, dans le cadre de la 3ème biennale d’art flamenco.

 

Andrès Marin / D. Quixote / Théâtre National de Chaillot / Novembre 2017

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