Angelin Preljocaj / Ce que j'appelle oubli / Réflexions sur un fait divers

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 Photos J.C. Carbonne

Angelin Preljocaj :

 

Réflexions sur un fait divers

 

La danse peut-elle renforcer la portée d’un fait divers qui, de par sa banalité, pourrait passer presque inaperçu, malgré toute son horreur ? Il est vraisemblable que le touchant récit de Laurent Marignier soit resté quasiment lettre morte sans l’intervention d’Angelin Preljocaj qui décida de le porter sur la scène après être tombé sur l’exergue de son texte : « Ce que le procureur a dit, c’est qu’un homme ne doit pas mourir pour ça »… L’œuvre évoque en effet l’histoire réelle d’un miséreux tabassé à mort en 2009 par quatre vigiles d’un supermarché de Lyon pour avoir dérobé et bu sur place une canette de bière sans passer à la caisse. Le texte de l’écrivain (publié aux éditions de Minuit en 2011), volontairement déclamé sur un ton assez monocorde, est déjà en lui-même poignant; l’apport théâtral et chorégraphique de Preljocaj le rend plus touchant  encore. Non qu’il mime les faits mais il les renforce et les sublime en montrant la bestialité et l’inhumanité passive des forces de répression. Un huis-clos insoutenable d’une incommensurable violence. Si le texte remarquablement déclamé par le comédien Laurent Cazenave écœure et révolte par son implacabilité et son insupportable froideur, la danse est la goutte d’eau qui fait déborder le vase, renforçant la bestialité et le sadisme de l’Homme dominateur. Certes, la gestuelle est aussi froide que le texte et magistralement adaptée à la situation mais, mis à part le fait qu’il n’était peut-être pas inutile de rapporter et de dénoncer cette barbarie dans le but fort louable d’éviter qu’elle ne se reproduise par la suite, était-il vraiment utile d’en accentuer théâtralement la portée par des images symboliques aussi fortes que crues, accentuant le sentiment de honte et de culpabilité qui nous étreignait chaque minute davantage tout au long du spectacle ? Si la volonté du chorégraphe était de mettre en avant et de nous faire à nouveau prendre conscience de la violence qui règne dans notre monde afin de la partager, il y est parvenu au delà de ses espérances…

J.M. Gourreau

 

Ce que j’appelle oubli / Angelin Preljocaj, Théâtre de la Ville et Cent-Quatre, Paris, mars 2013.

Angelin Preljocaj / Ce que j'appelle oubli / Théâtre de la Ville / Cent Quatre / Mars 2013

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