Angelin Preljocaj / Retour à Berratham / A la recherche de Katia

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Photos J.C. Carbonne

 

Angelin Preljocaj :

A la recherche de Katja

 

Comme nombre de chorégraphes, Angelin Preljocaj aime se couler dans le texte de quelques écrivains qu’il affectionne particulièrement, les intégrant même au sein de son œuvre. Après Pascal Quignard, après Jean Genet, c’est au tour de Laurent Mauvignier auprès duquel il avait d’ailleurs déjà puisé son inspiration il y a trois ans dans Ce que j’appelle oubli. Retour à Berratham (publié aux Editions de Minuit) repose à nouveau sur un texte de ce dramaturge auquel il commande « une tragédie épique ». Très vite, la discussion entre les deux hommes tourne autour d’un sujet universel, qui est et qui restera malheureusement perpétuellement d’actualité: la guerre et ses ravages. La décision est vite prise : « l’histoire débute là où une pièce de guerre se terminerait », nous dit Laurent Mauvignier.

L'œuvre que nous présente Preljocaj, bien que fort sombre, n'en est pas moins d'une puissance incommensurable et d'une beauté bouleversante. Comme l'on pouvait s'y attendre, elle se déroule dans un lieu dévasté par la guerre et les bombardements, un lieu hanté et recolonisé par quelques uns de ses habitants en quête de quelque souvenir d'un passé révolu, disparu à jamais sous des ruines encore fumantes. Dans un coin une carcasse de voiture brûlée, témoin de la violence des combats. Dans un autre, une gigantesque étoile dépouillée, symbole d'une nation démantelée, exsangue. A ses pieds, six femmes en tunique chair, chœur antique, annonciatrices par leur chute sur le sol de la tragédie qui va se dérouler par le menu sous nos yeux, par le texte et par l'image, celle-ci s'avérant non pas illustratrice du texte mais indispensable complément. Au cœur de cette foule errante, désœuvrée, désespérée, se cristallise bientôt l'image d'un homme en quête de ses parents, de sa sœur mais surtout de sa femme disparue, un être touchant dans sa candeur qui aura vécu non seulement les affres de la guerre mais aussi violences conjugales et répudiation dès la mise au monde de son indésirable enfant. Mais la solitude et le dénuement changent parfois bien les choses et l'homme, assailli de remords, revoit comme dans un rêve les bons et mauvais jours de son couple brisé, leur mariage bien sûr mais aussi celui où, dans un moment de lâcheté incommensurable, il jettera toute nue en pâture à la foule haineuse celle qui avait été l'objet de ses premières amours. Une scène aussi fascinante  que touchante qui révèle la nature sauvage, violente et égoïste de certains personnages lorsqu’ils sont placés dans des conditions particulières comme celle de domination ou de profond désespoir. Il la retrouvera bien sûr morte, la guerre terminée. L'œuvre sera ainsi truffée de passages chorégraphiques d'une grande force et parfaitement signifiants, palliant la diction parfois défaillante des comédiens rendant le texte trop souvent inaudible. Bref, une œuvre conjuguant amour et violence, fort bien mise en scène, et magnifiquement interprétée par les onze danseurs de la compagnie mais qui aurait mérité le soutien de comédiens mieux intégrés aux danseurs.

J.M. Gourreau

Retour à Berratham / Angelin Preljocaj, Théâtre National de Chaillot, du 29 septembre au 23 octobre 2015.

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