Angelin Preljocaj / Still life / Ghost / Vanitas vanitatum, omnia vanitas

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Still life / Photos Jean-Claude Carbonne

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Angelin Preljocaj :

Vanitas vanitatum, omnia vanitas

 

Angelin preljocaj"Vanité des vanités, tout n’est que vanité"… Ces paroles ambiguës traduites du latin sont les premiers mots de l’Ecclésiaste, livre de la Bible hébraïque rédigé par un certain Qohelet, fils de David, ancien roi d’Israël. Dans cet ouvrage vraisemblablement autobiographique, le roi Salomon disserte sur les vanités du monde. Un précepte que Prejocaj s’est également approprié et qui est le thème de Still life (Nature morte en anglais), la dernière de ses œuvres inspirée par l’art pictural. Après La fresque, pièce dans laquelle le chorégraphe transposait sur scène le conte traditionnel chinois La peinture sur le mur, tableau évoquant le parcours poétique de deux voyageurs qui découvraient une peinture sur la paroi murale d’une auberge, et dans laquelle ils allaient finir par s’introduire (voir ma critique dans ces colonnes au 1er  décembre 2016), Angelin Preljocaj nous invite cette fois à voyager au sein de ces natures mortes au nom ésotérique de "Vanités", particulièrement en vogue au XVIIe siècle. Les objets représentés sur ces peintures et repris par le chorégraphe dans son œuvre - bougies allumées, sabliers, globes terrestres, crânes humains, vieux grimoires, instruments de mesure, fleurs coupées dans un vase - sont souvent le symbole d’activités humaines dont les éléments évoquent le temps qui passe : la fragilité de l’existence, la destruction, la guerre et le triomphe de la mort… Mais qui sont aussi l’image de la vacuité des passions, de la puissance de l’argent, de la précarité des richesses, de la futilité des plaisirs, de l’aspect dérisoire de la vie… Un type d’art qui se développe d’abord au sein de l’Ecole de Leyde avec des peintres comme David Bailly ou, encore, Philippe de Champaigne et Pieter Steenwijck : ceux-ci consolident et fixent un genre qui a pour but de faire réfléchir celui qui contemple l’œuvre sur la nature passagère et "vaine" (d’où le nom de vanité) de la vie, face à l’inéluctabilité de la mort qui nous guette et nous tend ses rets. Un ballet certes macabre, mais qui a l’heur de transporter le spectateur dans un monde étrange et fascinant, celui du mystère et de la sorcellerie, un monde également bien évoqué par une chorégraphie signifiante, riche, à mi chemin entre la danse classique et la danse contemporaine, nimbée d’une atmosphère de clairs-obscurs et de contrejours particulièrement propres au rêve ou à la réflexion. L’œuvre, sur une musique signée Alva Noto et Ryuichi Sakamoto, est en outre entrelacée de superbes pas de deux : elle s’avère magistralement interprétée par six danseurs parfaitement rompus au style très original de son auteur, une écriture empreinte d’une pointe d’érotisme et d’une sensualité exacerbée.

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Ghost / A. Preljocaj - Ph. J.M. Gourreau

Ghost, donné en ouverture de la soirée, est une très (trop ?) courte pièce créée par Preljocaj à l’occasion du bicentenaire de la naissance de Marius Petipa, l’auteur de très nombreux ballets romantiques, entre autres, Le lac des cygnes, La bayadère, Casse-noisette et Cendrillon. Un petit bijou de délicatesse et de fantaisie non dénué d’humour qui replace le spectateur à l’époque de la création du Lac, en 1895, au sein duquel, comme dans un rêve, un danseur vient troubler la quiétude de cinq danseuses en s’immisçant innocemment dans leurs ébats. Cet aller-retour dans le passé, entre la France et la Russie, clin d’œil au siècle du romantisme sur des partitions signées E. Cooley et O. Blackwell judicieusement insérées à la musique de Tchaïkovski est, là encore, magnifiquement dansé par des artistes à l'apogée de leur art.  

J.M. Gourreau

Bailly david self portrait with vanitasVanite de philippe de champaigne 1602 1674All is vanity charles allan gilbert 1873 1929

             Vanité aux portraits, par David Bailly (1651)                 All is vanity de Charles-Allan Gilbert (1892)           Vanité, par Philippe de Champaigne (XVIIè siècle) 

 All is vanity, gravure à l’encre de l'artiste américain Charles Allan Gilbert (1873 - 1929) que l’on appelle un Memento mori ("Souviens-toi que tu vas mourir")

                                         représente une jeune fille et son reflet dans un miroir mais aussi un crâne symbolisant la mort qui apparaît en arrière-plan.                                                                                                                                                                        

Still Life et Ghost / Angelin Preljocaj, Cent quatre, Paris, du 17 au 21 avril 2019.

Still Life a été créé le 21 septembre 2017 au Pavillon noir d’Aix-en-Provence et Ghost dans ce même lieu le 20 novembre 2018.

 

Angelin Preljocaj / Still life / Ghost / Cent Quatre / Avril 2019

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