Angelin Preljocaj / Suivront mille ans de calme

Angelin Preljocaj :

 

 

Visionnaire

 

Pour nombre de ses admirateurs, Angelin Preljocaj est le chorégraphe de la chair. Mieux que personne, il sait faire parler les corps, soutirer l’essence du mouvement naturel, en extraire l’animalité, autant les motivations profondes de la vie qui les anime que leurs pulsions frénétiques. Bien que d’une lecture pas toujours facile, Suivront mille ans de calme en est à nouveau la preuve éclatante. Cette fois, c’est en temps que visionnaire qu’il s’attaque à l’Apocalypse de Saint Jean, poème biblique annonçant la fin du monde. Peut-être pour tenter de rendre l’Homme plus sage, pour lui montrer ce qui l’attend. D’entrée de jeu, le ton est donné. Les images qu’il nous assène sur la puissante musique électronique de Laurent Garnier déferlant comme un tsunami sur les danseurs évoquent la chute de Rome mais, aussi, la vie d’aujourd’hui. Leur incommensurable violence met immédiatement le spectateur dans le bain. Leur force est contrebalancée par un duo intercalé entre deux séquences, dansé sur la Sonate au Clair de lune de Beethoven par deux femmes qui apportent la douceur, l’espoir  et la paix, accalmie en écho au chaos originel qui révèle au premier tableau un être humain bestial, impétueux et sauvage. 

L’œuvre est une suite de 22 tableaux qui s’enchaînent logiquement mais implacablement. Curieusement, la révolution sera amorcée et menée par les femmes qui vont crier ensemble leur révolte mais aussi leur pulsions, bien sûr entendues par les hommes qui vont y répondre dans une chorégraphie frénétique, sensuelle et impétueuse jusqu’à l’épuisement. La plupart des scènes seront de la même force, ne laissant au spectateur aucun répit. La gestuelle est souvent sauvage, impulsive, saccadée ; le langage, direct et cru, sans détours. L’une des scènes les plus fortes mais aussi les plus belles est celle où l’homme, un instant dominateur, va plaquer avec une violence non contenue sa comparse sur le mur, à la manière de Jan Fabre qui « épinglait » ses danseuses sur les façades de la scène. L’apocalypse cependant n’arrive pas subitement mais s’opère progressivement, subrepticement pour aboutir à l’élaboration d’un nouvel univers où il est dit que Satan sera enchaîné. Les derniers tableaux dans lesquels les danseurs lavent les drapeaux des différents pays pour les purifier en les débarrassant des souillures accumulées au fil des ans par les guerres et exactions de toutes sortes sont particulièrement poignants. Et l’œuvre se terminera sur l’image idyllique de deux agneaux rédempteurs venant ramener la paix

L’originalité de cette création réside également dans le fait que le chorégraphe a fait appel non seulement aux artistes de sa compagnie mais également pour moitié à des danseuses et danseurs du Bolchoï, d’essence entièrement classique qui ont si bien assimilé – non sans peine, on s’en sera douté – le style de Preljocaj, que le spectateur ne pouvait pas distinguer les uns des autres. Une véritable performance quand on connaît leur passé culturel…

J.M. Gourreau

Suivront mille ans de calme / Angelin Preljocaj / Biennale de Lyon et Théâtre National de Chaillot, du 1er au 24 Octobre 2010.

Tournée :

-         Aix en Provence, du 17 au 24 novembre,

-         Saint Quentin en Yvelines, du 9 au 11 décembre,

-         Grenoble, du 14 au 18 décembre,

-         Caen, du 21 au 23 décembre,

-         Versailles (Opéra royal), du 27 au 30 décembre.

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