Angelin Preljocaj / Empty moves (parts I, II & III) / Mouvement perpétuel

Angelin Preljocaj :

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Photos J.C. Carbone

Mouvement perpétuel

 

La devise d'un sportif n'est-elle pas de dépasser ses limites pour aller toujours plus loin? ll semble que c'est ce que Preljocaj ait tenté de mettre en œuvre au travers de sa dernière création, Empty moves (parts I, II & III), une pièce abstraite d'une linéarité étonnante dont la durée avoisine 1h45 ! Il ne se passe rien de bien tangible dans ce spectacle, tout au plus quelques séquences de la vie quotidienne ou exercices d'école, voire de yoga, enchaînés bout à bout toujours sur le même rythme et qui semblent n'exister que pour la beauté du mouvement qui les sous-tend. Mais il faut souligner la performance tant physique qu'intellectuelle des interprètes qui doivent mémoriser une gestuelle riche et variée mais finalement assez neutre et qui ne repose quasiment sur aucun support musical, l'œuvre n'étant soutenue que par une partition de John Cage, Empty words, évoquant le bruitage émanant d'un match de football. En fait, ce hourvari résultait de la fureur des auditeurs à l'écoute d'un texte de Henry David Thoreau, La désobéissance civile, "arrangé" et lu imperturbablement sur un ton monocorde durant deux heures par le compositeur en 1977 à Milan. L'œuvre conçue par Preljocaj, bien que provocatrice et dénuée de toute émotion, n'en est pas moins remarquable par sa richesse inventive et son interprétation: elle fait en effet appel à quatre danseurs à l’écoute les uns des autres, qui évoluent souvent deux par deux mais aussi tous ensemble, voire, vers la fin, isolément ou sous forme d'un trio donnant la réplique à un danseur. Or, même dans l'exécution de mouvements très sophistiqués, leur maîtrise s'avère tellement parfaite que l'on pourrait croire avoir affaire à des danseurs et leur double dans un miroir... C'est peut-être là ce qui est le plus remarquable dans cette pièce, disons-le, trop longue, et qui aurait sans doute gagné à être raccourcie d'un bon tiers. Ne comporte t'elle pas en effet trois parties composées à des époques différentes, même si l'on ne relève aucune scission entre chacune d'elles ? Mais telle n'était pas la volonté du chorégraphe qui, se démarquant de sa ligne de conduite habituelle, a plongé son public dans une sorte de torpeur ou de fascination dont il n'est sorti qu'à l'issue de la représentation...

J.M. Gourreau

Empty moves (parts I, II & III) / Angelin Preljocaj, Théâtre de la Ville, du 17 au 28 février 2015.

 

 

Angelin Preljocaj / Empty moves (parts I II & III) / Théâtre de la Ville / Février 2015

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