Ann Van den Broek / Memory loss / Métaphysique de la démence

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Ann Van den Broek :

Métaphysique de la démence

 

Ann van des broekCe n’est pas un voyage des plus joyeux auquel nous convie la chorégraphe néderlo-flamande Ann Van den Broek.  Mais il faut parfois oser regarder les choses en face, même si elles ne sont pas toujours agréables à contempler car elles font partie de la vie. Memory loss, dernier volet du tryptique The memory loss collection* consacré aux maladies qui affectent la mémoire, embarque le spectateur dans un établissement dévolu aux patients atteints de la maladie d’Alzeimer. Si Ann Van den Broek a toujours été fascinée par la nature humaine et ses comportements, le chaos intérieur, l’inassouvissement des êtres dans leur vie quotidienne et leurs pulsions, cette fois, c’est l’image de sa mère atteinte de la maladie d’Alzeimer qu’elle a accompagné dans sa phase terminale et qu’elle a cherché à évoquer dans un spectacle multimédia, peut-être plus théâtral que chorégraphique : elle y met en scène les errances de 16 personnages livrés à eux-mêmes au sein d’un dispositif d’enfermement, auquel ils peuvent parfois s’échapper mais qui finit toujours par les rattraper.

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Photos M. Staelens

 

 

Comme à son habitude, le dispositif théâtral ainsi que les installations sonores et lumineuses restituent parfaitement l’ambiance d’un univers qu’elle a tout particulièrement étudié et qu’elle décrit mathématiquement par le geste, l’image, le verbe et le son d’une manière saisissante, en créant une atmosphère poignante qui met le spectateur en condition : celui de l’égarement d’êtres livrés à eux-mêmes, de la perte de leurs repères, les amenant au repli : ils se frôlent, se croisent sans se reconnaître, errent sans but dans un univers en noir et blanc, glacial et impersonnel. Réalité et illusion se croisent et se confondent. Mais les éléments mis en scène sont parfaitement conformes à la réalité, fruits d’une observation minutieuse des malades et des résultats des recherches scientifiques les plus récentes, portées à connaissance et exposées sur un écran par les interprètes eux-mêmes, profondément ancrés dans leurs personnages. Leur langage gestuel est certes minimaliste mais lourd de sens. Le résultat est fascinant, leurs émotions rejaillissant sur les spectateurs subjugués.

J.M. Gourreau

Memory loss / Ann Van den Broek, Théâtre de la Cité internationale, Paris, du 22 au 24 septembre 2021, dans le cadre de « New Settings », un programme de la Fondation d’entreprise Hermès.

*Les deux premiers volets de ce tryptique, The Black piece et Accusations ont été respectivement présentés dans ce même théâtre en mars 2017 et en avril 2019.

 

Ann Van den Broek / Memory loss / Théâtre de la Cité internationale Paris / Septembre 202

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