Ann Van den Broek / The black piece / Des ombres errantes dans la nuit

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Photos MaartenVan den Abeele

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Ann Van den Broek :

Des ombres errantes dans la nuit

 

C'est une œuvre pour le moins surprenante qui ouvre ces rencontres internationales de Seine-Saint-Denis, une œuvre modulable pour cinq interprètes "et plus", nous dit la chorégraphe, une œuvre  qui se déroule quasiment dans le noir durant une heure trente, non seulement sur scène mais aussi dans la salle, dont les allées latérales sont investies par les performers, on ne saura jamais trop pourquoi. Des petites marques phosphorescentes disséminées un peu partout tracent des chemins lumineux, leur évitant de rater éventuellement une marche. Au delà du noir - qui, pour Ann Van den Broek, intrigue et attire l'attention, et dans lequel elle cherche à nous emmener - The black piece est une pièce surréaliste qui a le pouvoir de stimuler les sens. Peut-être pourra t'on trouver là l'origine de la présence fugitive des danseurs dans la salle, tapis dans l'ombre, émettant plaintes, feulements et râles tout à côté des spectateurs ?

Ce qui se passe sur scène est totalement déroutant. Au début du spectacle, rires sardoniques et bruits de pas et de papier froissé brisent le silence, tandis qu’un personnage mystérieux parcourt le plateau plongé dans l'obscurité quasi-totale, une lampe de poche à la main, à la recherche d'on ne sait trop quel objet. Ses pérégrinations l'amènent à mettre en lumière sur le sol des chaussures, des lunettes (on en aurait d'ailleurs bien besoin...), des ciseaux, une chaise, une carte postale, un câble d’alimentation... et, aussi, les pieds d'une créature de rêve juchée sur de hauts talons qu'il va, bien sûr, poursuivre... Mais ne vous en faites pas pour autant, cela ne le mènera nulle part... Au fil de ses errances, il rencontrera cependant des visages inconnus de personnages occasionnellement hystériques qui le laissent parfaitement indifférent. Et tout à l’avenant. Parfois un flash de lumière inonde le plateau nu, vous aveuglant par la même occasion. Images déroutantes et parfois intimes, lesquelles se retrouvent en partie projetées sur un écran au fond du plateau... Une caméra-espion baladeuse dévoile en effet l’invisible resté dans le noir, mettant en lumière l’intime, la face cachée de l’être qu’elle découvre inopinément, transformant du même coup le spectateur en voyeur. Cependant, toutes les images projetées n’ont pas nécessairement été filmées sur le plateau… Celle par exemple d’une radiographie de poumons d’un malade d’ailleurs fort mal en point. Ou encore, celle d’une femme à barbe qui se « racle » les poils avec une paire de ciseaux. On nage en plein délire !

Et la danse dans tout cela ? En partie éclipsée au profit d'une mise en scène kafkaïenne et délirante qui animera cependant les corps à de rares moments, en les faisant vibrer poings sur la poitrine ou talons frappant le sol dans une atmosphère psychédélique et déjantée, libérant leurs pulsions et fantasmes sur la chanson de Gregory Frateur, sans que l'on en discerne réellement la raison. A mi chemin entre la séduction et la mort par overdose.

J.M. Gourreau

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The black piece / Ann Van den Broek, Nouveau Théâtre de Montreuil, 5 et 6 mai 2015, dans le cadre des Rencontres chorégraphiques Internationales de St-Denis.

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