Anna Halprin / Parades & changes, replays / Centre Pompidou

Photos J. Delatour

Anna Halprin :

 

 

 

 

Contemporaine avant l’heure

 

 

Créé en 1965, Parades & changes de Anna Halprin a longtemps été interdit aux Etats-Unis en raison de son indécence. On y voit en effet six danseurs en costume de cérémonie se déshabiller totalement sans aucune pudeur à quelques mètres du public en le fixant ostensiblement, puis se rhabiller presque aussitôt et recommencer ce strip-tease l’instant d’après, quasiment dans les mêmes conditions mais face à face, comme s’ils se trouvaient devant un miroir. Il est aisément compréhensible que cela ait pu choquer à l’époque. Hair ne verra le jour que deux ans plus tard. Aujourd’hui, ce genre de prestation est devenu tellement courant dans l’art de Terpsichore que cela ne gène ni n’offusque plus personne. Mais, replacé dans son contexte, ce spectacle précurseur s’avère d’un très grand intérêt car il permet de se rendre compte que les chorégraphes contemporains n’ont bien souvent fait que reprendre les idées de leurs prédécesseurs…

C’est ainsi également que, au tout début du spectacle, avant même que le noir ne se fasse dans la salle, un homme, tel un chef de chœurs, exhorte quelques personnages dispersés parmi les spectateurs à haranguer le public de slogans dadaïstes, les dirigeant et les maîtrisant comme le ferait un chef d’orchestre vis-à-vis de ses musiciens. Idée surprenante pour l’époque qui, elle aussi, a bien fait son chemin depuis.

Au troisième volet de l’œuvre, on retrouve les danseurs, toujours dans le plus simple appareil, aux prises avec du papier kraft déroulé transversalement en travers du plateau. Et, comme on pouvait s’y attendre, ils vont s’y enrouler mais, aussi, jouer avec, s’y lover, s’y cacher, s’y noyer, pour finir par le mettre en pièces et en lancer les morceaux en l’air de façon plus ou moins continue, à l’image d’un volcan en éruption qui cracherait ses scories et sa lave en fusion. En outre, les jeux de lumière, qui donnent à la couleur des corps celle du papier, fondent le tout ensemble dans une harmonieuse mêlée.

La dernière partie du spectacle amène les danseurs à étaler puis disperser sur scène différents objets plus hétéroclites les uns que les autres : tuyaux d’arrosage, casque de chantier, parapluie, perruque, chaînes, panier à salade, bouée, K-way, seau… Tout ce capharnaüm finit par être endossé par deux d’entre eux qui, transformés en bibendums, traverseront les rangs des spectateurs pour sortir de la salle puis du Centre, où ils seront filmés, les images étant retransmises par vidéo sur un écran situé en fond de scène. Ebahissement évident des badauds  qui se sont parfois approchés de très près pour voir ce qu’il pouvait bien y avoir sous ces châteaux branlants, déclenchant une avalanche de rires dans la salle…

Là encore, cette idée fut maintes fois reprise par la suite, indiquant finalement que les concepts les plus originaux ne naissent pas sous les pas d’un cheval…

 

                                                                                                                               J.M. Gourreau

 

 

 

Parades & changes, replays / Anna Halprin, Morton Subotnick, Anne Collod & guests, Centre Pompidou, Janvier 2010.

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