Anna Teresa de Keesmaeker / Vortex temporum / Quand la danse décrypte l'architecture musicale

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Anne Teresa de Keersmaeker :

Quand la danse décrypte l’architecture musicale…

 

Il y a des chorégraphes qui laissent la musique ruisseler sur le corps de leurs interprètes avant de s’en emparer juste au moment où elle pénètre par les pores de leur peau pour se transformer en mouvement. Il y en a d’autres au contraire qui la dissèquent et la recomposent géométriquement par le truchement des danseurs dès sa conception, à l’instant précis où elle est émise par l’instrument, avant qu’elle ne prenne son envol jusqu’à nos oreilles. Anne Teresa de Keersmaeker est de ceux-là. Son but : rendre visible la musique, lui donner formes et couleurs selon son inspiration et ses goûts. Que l’on se souvienne de Rain (2001) ou de Drumming (1998), deux œuvres dans lesquelles elle avait réussi en quelque sorte à matérialiser la musique minimaliste de Steeve Reich. C’est ce même procédé qu’elle a utilisé – tout en l’approfondissant – avec Vortex temporum, une œuvre « spectrale » du musicien français Gérard Grisey dont on ne découvre la construction mathématique qu’à la lecture de la partition. En effet, sur le plan acoustique, chaque son peut être décomposé en un son fondamental et en divers sons harmoniques d'intensité variable, accompagnés ou non par les bruits provoqués par leur mode d'émission, un coup d'archet par exemple. L'observation du profil spectrographique des notes émises au moyen de sonagrammes permet l'obtention de schémas ou de lavis sur lesquels le compositeur va pouvoir travailler et qu'il va modifier à sa guise. Tout l'art de la chorégraphe va donc consister à exacerber la relation entre le corps du musicien et son instrument au moment où le son est émis. Et ce qui a fasciné Anna Teresa de Keersmaker dans Vortex temporum, locution que l'on peut traduire par "Le tourbillon du temps", c'est, dit-elle, "la  façon dont cette musique (re)compose le temps, comment elle passe d'un temps codé, régulier, pulsé (celui exposé sur une partition musicale) à une sorte de temporalité liquéfiée où la pulsation vacille et se dissout". D'où l'élaboration d'une chorégraphie basée tantôt sur des cercles et des spirales enchevêtrés qui s'interpénètrent, se contractent et se dilatent harmonieusement dans l'espace, se magnifient ou s'apaisent avant de se dissocier pour mieux se recomposer l'instant d'après, tantôt sur des mouvements pendulaires, des torsades et des roulades au sol, embarquant les musiciens dans leur mouvement. Fascinant.

J.M. Gourreau

Vortex temporum / Anna Teresa de Keersmaker, Théâtre de la Ville, du 26 avril au 7 mai 2014

 

Anna Teresa de Keersmaker / Vortex temporum / Théâtre de la Ville / Avril 2014

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