Anne Nguyen / bal-exe / Bataillon de soldats au rapport

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                       Ph. C. Boisnard                                                    Ph. J. Gros-Abadie                                                    Ph. F. Goualard

Anne Nguyen:

Bataillon de soldats au rapport...

 

D'aucuns auraient trouvé l'idée saugrenue. D'autres - et j'en fais partie - la trouvent parfaitement originale. Quoiqu'il en soit, il fallait oser le faire... Ce n'est en effet pas n'importe qui qui oserait utiliser l'allegro de la Sonate N° 2 pour violon seul de Bach pour accompagner du hip-hop. Et encore, pas n'importe quel hip-hop : du "popping", traduisez, un hip-hop déstructuré dont le principe de base est la contraction et la décontraction des muscles en rythme. Si vous préférez, une danse robotisée que l'on pourrait assimiler à celle de la poupée de Coppélia. Et lorsque vous la truffez de pointes d'humour, le résultat, un "bal mécanique sur musique de chambre" est plutôt désopilant. Eh bien, tout le spectacle concocté par Anne Nguyen et intitulé bal.exe, son opus 7 en l’occurrence, est basé sur ce principe : huit danseurs vont se lancer dans un ballet d’un style un peu particulier, celui de robots entrainés d’abord un court instant par la clarinette de Gilles Leyronnas, interprète d’une variation sur Disco Toccata de Guillaume Connesson, (musicien virtuose français, auteur d’une bonne quarantaine de pièces tant classiques que contemporaines et, entre autres d’un ballet, Lucifer), puis par l’allegro de la sonate de Bach et par la Sonate du Rosaire N°16, dite l’Ange gardien d’Ignaz von Bieber, avant de terminer sur le célèbre Quintette pour clarinette et cordes en si mineur op. 115 de Brahms. Un ballet réellement surprenant, dont la gestuelle drolatique, énergique et rapide, totalement mécanisée, baptisée « looping pop » par la chorégraphe, emporte d’emblée l’adhésion car, malgré son exubérance, elle ne jure ni ne s’oppose aux accents de la musique classique utilisée. Ce qui d’ailleurs peut paraître étonnant car cette chorégraphie anguleuse et saccadée inspirée des arts martiaux, donc dénuée de tout sentiment mais en recherche constante du contact physique, faite de gestes cassés, désarticulés ou désaxés et de mouvements en rupture d’équilibre constante, donne naissance à une danse trépidante, s’exécutant sur place, voire au sein d’un espace très restreint.

Tout serait parfait dans le meilleur des mondes si cette danse, extrêmement répétitive,  pouvait être adaptée à toutes les musiques. Ce fut le cas pour les trois premiers morceaux choisis par Anne Nguyen, alertes, gais et relativement brefs, mais malheureusement pas pour le quatrième, le Quintette pour clarinette et cordes de Brahms, beaucoup plus long - 36 mn - et fort justement catalogué comme « mélancolique » par la chorégraphe. Si l’on veut caricaturer, le popping s’accommode parfaitement d’une marche militaire, voire de partitions de virtuosité. Mais beaucoup plus mal d’œuvres musicales au romantisme exacerbé comme ce merveilleux quintette de Brahms, prodigieusement exécuté en live, il faut le souligner, par les musiciens de l’orchestre régional de Basse-Normandie. Et l’on ne pouvait par moments s’empêcher de fermer les yeux pour mieux se laisser envahir par le spleen qui émanait de cette remarquable exécution.

J.M. Gourreau

Bal.exe / Anne Nguyen, Théâtre 71, Malakoff, 1er et 2 avril 2014. 

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