Anne Nguyen / Kata / La breakdance à sa juste valeur

Kata 04 little shaoKata 08 little shaoKata 01 little shao

Photos Little Shao

 

Anne Nguyen:

La breakdance à sa juste valeur

 

C'est délibérément qu'Anne Nguyen artiste associée au Théâtre de Chaillot, s'est écartée d'une danse narrative pour en présenter les mécanismes, la structure, la richesse et la technicité : Kata est en effet une œuvre de breakdance* qui laisse médusé devant la beauté et la variété des formes démultipliées par les ombres que génèrent les éclairages, ainsi que par la virtuosité et la richesse du vocabulaire de ses exécutants, leur maîtrise et leur engagement. Aucun message dans cette pièce de danse pure qui laisse le spectateur inventer sa propre histoire, entrer dans la transe des interprètes, s'approprier l'énergie qu'elle dégage, très proche de celle d'un rituel. L'œuvre est en fait une succession de courtes séquences (des battles) juxtaposées ou imbriquées pour un ou plusieurs interprètes dans lesquelles la chorégraphe "cherche à réconcilier les notions de liberté, de plaisir, de progression technique et de dépassement de soi propres au hip-hop avec une écriture scénique poussée, exigeante, qui questionne la place de l’être humain dans le monde actuel".

Kata 07 little shaoKata 05 little shaoKata 02 little shaoKata est une pièce très proche des arts martiaux dont la chorégraphe s'est nourrie, la capoeira entre autres, mais aussi le Jiu-jitsu brésilien, le Viet Vo Dao et le Wing Chun. Son nom fait référence aux katas, mouvements coordonnés et codifiés à partir des joutes d'anciens combattants dont les noms sont aujourd'hui tombés dans l'oubli. On retrouve cette gestuelle dans différents arts japonais comme le judo, le karaté, le karatéou encore l'aïkido (lequel, d'ailleurs, ne s'enseigne quasiment que sous la forme de katas, que ce soit à mains nues ou aux armes), ainsi qu'au théâtre dans le nô, le kabuki ou, encore, le bunraku. Dans les arts martiaux, le kata représente un combat réel contre un adversaire qui, éventuellement, peut être imaginaire. Dans cette huitième création que nous offre Anne Nguyen, ces joutes exécutées en parfaite harmonie et en étroit contact avec le partenaire étaient parfois nimbées d'une émotion traduisant l'état d'esprit dans lequel se trouvaient les danseurs lors de leur exécution, ce qui les rendait moins froides et moins "techniques", mettant en valeur leur(s) interprète(s). Ce fut le cas notamment pour la seule fille de ce groupe de huit danseurs, Valentine Nagata-Ramos, dont certaines attitudes évoquaient celles de mantes religieuses, voire d'autres insectes. A d'autres moments, ces katas me faisaient songer à certains jeux, entre autres celui de Pokemon GO, ou aux combats et luttes d'autrefois dans les arènes, lesquels n'étaient cependant pas toujours pacifiques... Kata reste donc une pièce très visuelle, dans la lignée et le style de celles réalisées précédemment par Anne Nguyen, volontairement écartée de son éventuelle mise au service d'un imaginaire, ce que d'aucuns ont pu regretter.

J.M. Gourreau

Kata / Anne Nguyen, Théâtre de la danse Chaillot, du 11 au 20 octobre 2017.

*style de danse développé à New-York dans les années 70, caractérisé par son aspect acrobatique et ses figures au sol. Un danseur de breakdance est appelé breakdancer, Bboy ou b-boy (pour un homme), Bgirl ou b-girl (pour une femme).

 

Anne Nguyen / Kata / Théâtre national de Chaillot / Octobre 2017

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau