Anne Nguyen / Promenade obligatoire / Mouvement perpétuel

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Photos P. Gramard



Anne Nguyen :


Mouvement perpétuel

 

Anne Nguyen  ne renie pas ses origines, ni du côté scientifique, ni de celui de Terpsichore: Elle s'est en effet spécialisée dans la break dance et le hip-hop, elle s'y tient et en explore toutes les facettes, tout en y insérant les mathématiques et la géométrie. Et elle s'en sert de main de maître pour illustrer son propos. Promenade obligatoire est une œuvre géométrique linéaire au sein de laquelle elle utilise tout particulièrement une danse très proche du hip-hop faisant partie des funkstyles, le popping, technique basée sur la contraction, le blocage puis la décontraction de certains muscles, en rythme et parfait accord avec les accents de la musique. Si les mouvements qui en résultent évoquent parfois ceux d’un robot, ils ne sont toutefois pas dénués d’une certaine grâce, et c’est cela qui fait leur charme, tout particulièrement lorsque plusieurs muscles sont concernés. A son origine, à la fin des années soixante dix, le popping était une danse essentiellement spectaculaire qui tirait son intérêt de la virtuosité des interprètes ; elle peut aujourd’hui délivrer des messages, tout comme le hip-hop d’ailleurs, comme le montre Promenade obligatoire : cette œuvre dépeint et questionne un pan de notre société pris au piège dans le tourbillon infernal de l’existence, des êtres condamnés à se diriger tous dans la même direction, à éviter ou surmonter les embûches parsemant leur parcours, apprenant à cheminer puis à vivre ensemble. Mieux que toute autre technique, le popping a magnifiquement  servi le propos de la chorégraphe, exprimant les hésitations, les interrogations, les ruptures de l’Homme face aux aléas de la vie, une « succession d’états évanescents » comme le précise la chorégraphe, mais il exprime aussi la répétitivité et la synchronisation de certains de nos gestes et de nos actes quotidiens.

L'œuvre, très prégnante, va donc se traduire par la traversée continue du plateau, de jardin à cour, par les huit danseurs, soit isolément, soit par deux, trois, quatre, voire tous ensemble. Ce, bien sûr, à des rythmes différents, obéissant aux injonctions de l'obsédante partition sonore de Benjamin Magnin, les interprètes, tous remarquables, décomposant leurs gestes avant de les reprendre en les modifiant progressivement, à l'image du chronophotographe d'Etienne-Jules Marey. Un enchaînement de mouvements rapides et brefs, de gestes impulsifs cassés, de plus en plus sophistiqués mais cependant effectués avec une très grande souplesse, exerçant une indéniable fascination sur les spectateurs. A certains moments, cette course donne l'impression de celle d'un skieur de fond, à d'autres, de la gestuelle mécanique d'un automate programmé pour exécuter un acte précis plus ou moins répétitif. La marche hypnotisante d’un peuple prisonnier de lui-même, un mouvement perpétuel obsédant magnifiquement servis par la danse.

J.M. Gourreau

Promenade obligatoire / Anne Nguyen, Théâtre 71, Malakoff, 13 et 14 novembre 2013.

 

Anne Nguyen / Promenade obligatoire / Malakoff / Novembre 2013

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