Anthony Egéa / Tétris / Quand le jeu devient danse / Grande Halle de La Villette

Anthony Egéa :

 

 

Quand le jeu devient danse

 

 

Ce n’est certes pas le chorégraphe le plus connu parmi la gent du hip-hop, bien qu’il y ait fait ses premières armes en 1984. Mais il a toujours cherché à confronter son vocabulaire à divers langages et c’est en cela que réside son originalité. Tétris en effet est une œuvre insolite qui allie la danse classique au hip-hop et à la break dance, apportant à la première les énergies propres à la seconde.

Un titre d’ailleurs bien trouvé puisque le tétris est un des jeux vidéo les plus populaires au monde, conçu par l’informaticien russe Alex Pajitnov en 1985. Ce jeu consiste à déplacer et à faire tourner des pièces constituées de quatre petits carrés accolés dans diverses positions dès leur apparition sur l’écran puis leur descente du haut de celui-ci de façon à ce qu’elles s’emboîtent les unes avec les autres pour former des lignes. C’est sans doute ce qu’a cherché à réaliser Anthony Egéa en sortant ses danseurs de l’écran bleu roi sis au fond de la scène pour les faire évoluer sur le plateau au sein d’un univers primitif et tribal, géométrique et saccadé. Jeu qui, en outre, par ses combinaisons d’enchaînements rapides, ses tourbillons et ses multiples intrications constituait un univers fascinant.

Curieusement cependant, sa mise en scène me fit penser à certaines œuvres d’Uwe Scholz, voire également au Sacre du printemps de Maurice Béjart : trois parties dans ce ballet, la première faisant intervenir les femmes avec une soliste, la seconde les hommes avec un soliste également, la troisième étant bien évidemment dévolue au couple. Au début du spectacle, les danseuses entourant la soliste (Juliane Bubl) percutent nerveusement le sol de leurs pointes tout en développant de leurs bras des figures d’une grande originalité. Menés par Alvaro Rodriguez Pinera, les garçons ne sont à leur tour pas en reste, réalisant des enchaînements plus proches du hip-hop que de la danse classique, toujours en déséquilibre, prenant souvent leur appui non sur les pieds mais sur les épaules, les coudes ou la tête. Il en résulte une danse hybride, virtuose, très acrobatique mais fort agréable à l’œil. La troisième partie qui met en valeur le couple reste avant tout spectaculaire mais évolue dans la lenteur, mettant en avant la beauté de la chorégraphie. Une œuvre sur une musique de Franck II Louise qui n’aurait pas souffert d’être un peu plus longue et qui illustre et rehausse l’enseignement qu’Anthony Egéa reçut tant de l‘Ecole de Rosella Hightower à Cannes que du Dance Theater d’Alvin Ailey à New York.

J.M. Gourreau

 

Tétris / Anthony Egéa, Grande Halle de la Villette, dans le cadre du Festival Hautes Tensions, Avril 2011.

Commentaires (1)

1. linker dsi (site web) 12/07/2011

Je suis un grand fan de breakdance pourtant j'ai du mal avec les mises en scène mais l'idée du tetris me plaît... Déformation professionelle sans doute... ;-) Merci pour le billet

Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau