Art Dan Thé : Raphaël Cottin et T.R.A.S.H., Vanves, Février 2008.

Art Dan Thé :

 

De tout, pour tous les goûts

 

Quelle chance pour toutes ces jeunes compagnies d’avoir à leur service un programmateur envoûté par Terpsichore qui passe la quasi-totalité de son existence à sillonner la France à la recherche de nouveaux talents… Soutenu par sa municipalité, notre globe-trotter de la danse, José Alfarroba, car c’est de lui dont il s’agit, les programme ensuite en son théâtre de Vanves désormais quasiment toute l’année… En effet, le festival Art Dan Thé qui, à ses débuts, s’étalait timidement sur quelques semaines, est devenu aujourd’hui une manifestation incontournable qui se déroule presque sans discontinuer d’octobre à juin, période de vacances exceptées… Véritable tour de force quand on sait que certains théâtres n’ont pas l’heur de  programmer de danse du tout !

 

Pour tous les goûts, sous toutes les formes.


L’éclectisme est de mise à Vanves mais la jeune danse contemporaine prend le pas sur les autres formes. Certains chorégraphes encore peu connus, tel Raphaël Cottin, sortent des sentiers battus. A son programme, deux œuvres, Le divin Comédien, sur une partition musicale pour guitares, voix et traitement du son en temps réel de Jean-Philippe Dauphin. L’argument de cette pièce apparaissait comme une gageure : Que faire, lorsque l’on a épuisé tout le possible… Le chorégraphe gagna pourtant son pari, en partie grâce aux images vidéo donnant à voir l’extrême, lorsqu’il n’y a plus d’autre issue pour celui qui s’est laissé enfermer par elles que de changer d’univers. Le relais était alors pris par la gestuelle du danseur, volontairement lente et minimaliste, ce qui avait pour effet d’exacerber son sens émotionnel. Sensations d’humilité et d’impuissance, encore accentuées par une musique parfaitement adaptée au propos, et par la douceur des éclairages de Thierry Pélissier et de Jean-Baptiste Delahaye.

Cette poignante atmosphère se retrouvait dans le trio Matthieu 18, 20, création quasi religieuse, d’ailleurs axée sur le verset 20 du chapitre 18 de l’Evangile selon Saint Matthieu : « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux ». Un argument sans doute plus facile à traiter que le précédent mais rendu fascinant par l’extraordinaire écoute et tension entre les interprètes, l’atmosphère de calme et de paix qui s’en dégageait pour, finalement, générer une bienfaisante sensation de sérénité. N’est-ce pas précisément  là le but que le chorégraphe cherchait à atteindre ?

 

Les enfants terribles de la danse

 

On se demande, à l’issue de leur performance, comment ils parviennent à s’en sortir indemnes. Car les danseurs de T.R.A.S.H. se tabassent, se fracassent sur les murs et s’écrasent au sol pour mieux se relever par la suite. Et cela, sans arrêt pendant une heure. Si, au début, une sensation de malaise envahit le spectateur, sa curiosité, son goût pour le voyeurisme finit par l’emporter, et la seule question qu’il se pose alors est de savoir jusqu’où les danseurs vont grimper dans l’échelle de la violence.  S’il éprouve parfois la peu confortable sensation de se trouver dans un asile au milieu d’êtres démoniaques livrés à leur sexualité et à leur instinct de domination ou, au contraire, de soumission, à d’autres, il est pris par le dessin des danseurs dans l’espace car tout est minutieusement et harmonieusement réglé, rien n’étant laissé au hasard. Et c’est alors merveille de voir les corps distiller leur prodigieuse énergie en s’entrechoquant judicieusement pour éviter de se blesser ou en s’évitant avec adresse. Vous avez dit des brutes ?

 

                                                                                                  J.-M. Gourreau

 

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About to file for Chapter 11 - Photo J.M. Gourreau

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