Aurélien Bory / Plexus / L'oiseau en cage

                        Ph. Aglaé Bory                                                   Ph. Mario Del Curto                                                  Ph.Mario Del Curto

Aurélien Bory :

 

L'oiseau en cage

 

Aurélien Bory se spécialiserait-il à l'instar d'un peintre dans l'art du portrait ? En 2003 puis en 2006 déjà, il mettait en scène le chorégraphe Pierre Rigal respectivement dans Erection puis Arrêt de jeu. Deux ans plus tard, il poursuivait sa lancée en brossant dans Questcequetudeviens un émouvant portrait de la danseuse de flamenco Stéphanie Fuster. Plexus, créé à Lausanne en 2012, est à nouveau une évocation de la personnalité et de l'art d'une artiste chorégraphique, Kaori Ito, qui, tout comme Stéphanie Fuster, a séduit le chorégraphe, entre autres pour avoir quitté son pays natal dans le seul et unique but de danser. Cette jeune artiste japonaise aborda en effet la danse classique à Tokyo dès l'âge de 5 ans et y poursuivit ses études jusqu'à ses 18 printemps. En 2000, elle part pour les Etats-Unis et intègre la section danse de l'université Purchase de New-York pour se perfectionner. On la retrouve quelque temps plus tard dans Iris de Découflé puis comme interprète chez James Thierrée dans Au revoir parapluie, Raoul et Tabac rouge. Sa première chorégraphie, Noctiluque, date de 2008. Sa dernière, Asabi, créée en 2013, est aujourd'hui produite par les Ballets C.de la B. Un parcours qui ne pouvait que capter l'attention d'un portraitiste, fut-il chorégraphe.

Ce qui attire l'attention dans les pièces d'Aurélien Bory, ce sont davantage ses mises en scène que ses chorégraphies. On l'a vu avec Sans objet, présenté sur ce même plateau en février et mars 2010 : une partie de cache-cache grandiose entre l'Homme et la machine, un jeu don-quichottesque dont l’issue ne s’avérait pas toujours à l’avantage de l’Homme (cf. "Le vain combat de l'Homme et du robot" dans ces mêmes pages en mars 2010). Il en est de même pour Plexus : une œuvre tout aussi grandiose dans laquelle le penchant du chorégraphe pour la géométrie, le cirque et l'acrobatie éclate à nouveau. La scène est occupée par un immense cube délimité verticalement sur trois de ses faces par plusieurs rangées de cordes métalliques descendant des cintres, structure géométrique magistralement découpée par les lumières d'Arno Veyrat et que n'aurait certainement pas désavouée Saburo Teshigawara. Au centre, la danseuse Kaori Ito elle-même, prisonnière de cet espace dont les vibrations ont pour effet d'extérioriser les sentiments qu’elle livre à son public, toutefois un peu difficiles à saisir. Tour à tour lionne en cage résignée, araignée escaladant ses fils avec célérité et souplesse à la rencontre d'une proie frémissante, ou, à l'inverse, petit être fragile et solitaire empreint d'une nostalgie indicible, elle laissa sourdre à certains moments des sentiments plus subtils, évoquant peut-être son enfance dans son pays natal. De très beaux passages scénographiques émaillent l'œuvre d'une magie indicible évoquant l'art d'un Philippe Genty ou d'un James Thierrée, entre autres celui où la danseuse semble léviter à l'horizontale au beau milieu des cordes (idée reprise de la pièce Azimut) ou, encore, l'avant dernière scène dans laquelle Kaori Ito s'envole dans les airs tel un elfe pour un dernier voyage, ne laissant derrière elle que la trace fugitive de sa longue traine flottant au gré des vents.

J.M. Gourreau

Plexus / Aurélien Bory, Théâtre des Abbesses, Paris, du 4 au 17 janvier 2014.

Aurélien Bory / Plexus / Théâtre des Abbesses / Janvier 2014

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