Aurélien Bory / Sans objet / Le vain combat de l'Homme et du robot

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Aurélien Bory 

 Photos A. Bory

   

Le vain combat de l’Homme et du robot 

 

Idée intéressante que celle d’avoir voulu confronter le robot à l’Homme. Car bien que la machine soit née de son imagination, ce dernier va t’il toujours pouvoir établir un dialogue avec elle, la maîtriser, voire la dominer, surtout lorsqu’elle est détournée de sa fonction initiale, entre autres lorsque le rapport entre l’Homme et le robot n’est plus fonctionnel, devenant sans objet ? Aurélien Bory a tenté de répondre à cette question en mettant en scène un robot de l’industrie automobile des années soixante-dix avec lequel il a cherché à se mesurer.

Le rideau s’ouvre sur une pièce monumentale recouverte d’un drap noir que deux hommes retirent comme lors d’une inauguration, dévoilant une gigantesque machine, sorte de mante religieuse aux reflets pourpres, ou de dragon soufflant de la vapeur par ses naseaux. Une partie de cache-cache s’engage entre eux lorsque la machine se met en marche, jeu don-quichottesque dont l’issue ne s’avère pas toujours à l’avantage de l’Homme. Celle-ci en effet a tendance à s’emballer, démantelant le plancher pour reconstruire un nouvel univers avec les éléments dispersés. Ses mouvements étant limités car elle ne peut que tirer et pousser, l’Homme en profite pour instaurer avec elle une sorte de relation ludique, qui n’est pas sans évoquer le monde de Joseph Nadj. On ne s’ennuie pas une seconde car l’univers ainsi créé, souvent fort drôle, voire ubuesque, fait travailler l’imagination, la détournant de la question initiale à laquelle il sera d’ailleurs difficile de trouver une réponse. Pour l’heure, le chorégraphe s’en tirera par une pirouette, son robot se désintégrant dans un vacarme de crépitements, perforant le rideau de scène de multiples trous par lesquels passera la lumière, évoquant les ciels étoilés de Philippe Genty.

Dans cette œuvre sur l’inutilité, le robot est traité comme un acteur à part entière, un élément qui n’a pas seulement une fonction décorative mais aussi celle de partenaire doté d’une force surhumaine lui permettant de déplacer les éléments du décor. Il n’a bien sûr pas de cerveau mais le chorégraphe pose bien la question de savoir ce qu’il adviendra lorsque ces machines, dont la sophistication aura été poussée à l’extrême, pourront faire le choix entre diverses propositions, ayant tendance à s’humaniser…

 

J.M. Gourreau

 

Sans objet / Aurélien Bory, Théâtre des Abbesses, Paris, Février-Mars 2010.

 

Sans objet a été créé au Théâtre National de Toulouse en octobre dernier.

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